Le dernier voyage

Un pas, puis un autre, encore et encore, Mathilde tirait le cadavre de Solange, l’une de ses consœurs, avec courage et détermination sur ce terrain fort malaisé, encombré de pierres de toutes sortes, et même quelques montagnes, dont le Kilimandjaro à n’en point douter. Mais Mathilde était herculéenne et surtout, elle se sentait redevable envers cette pauvre fille. La moindre des choses était de la ramener à la maison pour l’enterrer avec dignité. Le voyage avait commencé sur un sol sableux, grandiose et terrible à la fois, une étendue immense dotée d’un pouvoir assoupissant qui avait étouffé leur vigilance habituelle. Un Gros Porc vermillant arriva comme une furie et dévasta tout sur son passage. Mathilde fut éjectée dans les airs, mais Solange perdit la vie en essayant, tant bien que mal, de propulser Mathilde hors des griffes de ce démon malfaisant. C’est ainsi que Mathilde traversa déserts de sable, déserts de caillasse, forêts de hautes tiges foliacées, tout en contournant moult obstacles telle cette mare qui se prolongeait à perte de vue, poussant ou tirant Solange qui égarait une patte à chaque cahot. Mathilde était presque arrivée at home quand soudain, apparut dans le ciel un gigantesque oiseau de proie vert à pois rouges, comme atteint d’un chloasma gravidique — stade ultime — qui se mit à planer erratiquement au-dessus de Mathilde et de son fardeau.

« Dis donc, chéri, tu veux pas qu’on se débarrasse de cette vieille poterie, elle est moche et elle m’enquiquine là ? D’ailleurs, on vient de prévoir une session de brocantage avec les copines ! » glapit la jardinière, une femme d’un âge très moyen, fort peu avenante, équipée de ridicules gants horticoles et qui mâchouillait du chewing-gum avec de larges mouvements de diduction, telle une grosse vache ruminante. « Et amène l’insecticide, y’a une énorme fourmilière là-dessous ! »

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