Chaque jour, à la même heure, je m’alanguis sur le sable doré, une bière-limonade à portée de main, paille et rondelle de citron. Et l’immuable ombrelle de papier. Les femmes les plus belles passent et repassent devant mes yeux paresseux. À demi dénudées ou vêtues de soieries affriolantes, mes caprices sont ma liberté. L’une d’elles s’approche, sourire de déesse. Son chien, un teckel à poil court, vient me renifler. Je l’envoie paître d’un coup de paluche. Je déteste les clebs. La déesse ne cesse de sourire comme une idiote. Je n’aime pas les idiotes, elles gâchent mes rêves d’air pur. Je leste mon esprit sur la plage. Je veux y rester, m’accroche au parasol, risible mirage. Comme chaque jour, mes songes se délitent. Je rembobine, entre-aperçois le défilé des reines de beauté, le doux sable, la mer à perte de vue. Puis tout s’estompe, l’horrible clébard revient me hanter, casse-tête des illusions en trompe-l’œil.
L’heure de la promenade s’est écoulée. Adieu chimérique mélancolie ! Il est temps pour moi de regagner l’enfer de ma cellule.
