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	<title>sénescence &#8211; Alice de Castillon &#8211; Autrice</title>
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	<description>Courtes histoires à lire entre deux pauses</description>
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	<title>sénescence &#8211; Alice de Castillon &#8211; Autrice</title>
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		<title>Le suicide des centenaires</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 10:32:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[sénescence]]></category>
		<category><![CDATA[social]]></category>
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<p>C&rsquo;était Mathilde qui avait eu l&rsquo;idée du jeu. Le premier qui voyait un chapeau à fleurs pinçait l&rsquo;autre. Après de longues minutes désertiques, ils durent accepter l&rsquo;évidence, de nos jours, plus personne ne portait ce genre de couvre-chef. Lucien suggéra alors les chaussures à bout pointu. Mais leur vue décadente à tous les deux rendit le repérage athlétique. Ils se penchaient, mains en visière, ou se tordaient en tous sens, sans véritable succès. Plusieurs passants s&rsquo;inquiétèrent de leur état et Lucien dut les rassurer avec patience. Non, merci, tout allait bien, ils prenaient juste un peu le soleil. Bien sûr, il se rendait compte de l&rsquo;image étrange, voire inquiétante, qu&rsquo;ils projetaient&nbsp;: deux vieillards assis sur les premières marches du parvis, épouvantails à moineaux, moulin à vent rhumatisant.</p>



<p>Leur cas s&rsquo;aggrava lorsqu&rsquo;il proposa à sa dulcinée de troquer les godillots contre des vêtements bleus. C&rsquo;était à qui pinçait le plus vite&nbsp;! C&rsquo;était à croire que tous les hommes étaient repeints en marine. Quant aux femmes, elles rivalisaient d&rsquo;azur ou de turquoise sur de discrets myosotis ou de fines lignes serrées. Lucien riait à la joie de sa pétulante Mathilde. Mathilde pleurait d&rsquo;un rire éperdu, devant son joyeux Lucien. Ils avaient retrouvé, pour un instant, l&rsquo;insouciance de l&rsquo;enfance, où un rien vous emmène au septième ciel des petits bonheurs partagés. Les regards appuyés de quelques personnes trop bien pensantes enflammaient leurs éclats hystériques. Qu&rsquo;il était bon d’éparpiller les convenances aux quatre coins&nbsp;!</p>



<p>Mais le jeu ennuya vite Mathilde. Il l&rsquo;aida à se relever et main dans la main, chacun en appui sur une canne, ils s&rsquo;enfoncèrent dans la jungle urbaine. La foule évitait avec soin ce vaisseau qui laissait derrière lui un sillage d&rsquo;incrédulité. Car ils s&rsquo;étaient mis à chanter. Fort haut et fort cacophonique. Lucien bourdonnait tandis que Mathilde déraillait dans les aiguës. L&rsquo;un et l&rsquo;autre frappaient leur canne à contre-rythme de cette mélodie connue d&rsquo;eux seuls.</p>



<p>De temps à autre, son amoureuse interpellait un passant. La bouche collée au visage de l&rsquo;enquiquiné, elle lui postillonnait un&nbsp;: «&nbsp;Vous avez l&rsquo;heure s&rsquo;il vous plaît&nbsp;?&nbsp;» Son dentier chuintait et elle le repositionnait d&rsquo;un doigt énergique. Avant même que le pauvre éberlué ait eu le temps de lui répondre, Mathilde éclatait d&rsquo;un rire perçant. Lucien la tirait alors vers lui, imprimait un doux balancier à leurs deux mains jointes, tandis que son amoureuse chantonnait&nbsp;: «&nbsp;Il est l&rsquo;heure de faire des bêtises, rien que des bêtises, la la la&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>La devanture de <em>Häagen-Dazs</em> leur fit ralentir le pas. Il proposa à sa douce un petit plaisir arrosé de champagne. Mathilde, prise d&rsquo;un élan que seul son estomac pouvait lui procurer, s&rsquo;engouffra ventre à terre dans la boutique. Elle voulut goûter à tous les parfums avant de se décider. Lucien n&rsquo;eut guère le loisir d&rsquo;intervenir tant sa vitesse le surprit&nbsp;: elle avait léché déjà les glaces de trois clients attablés quand il arriva à sa hauteur. Il prit le parti d&rsquo;en rire avec elle — tout en lançant un regard désolé, accompagné d&rsquo;un billet de vingt euros, aux personnes lésées.</p>



<p>Après moult tergiversations, il réussit à asseoir Mathilde sur un banc devant la plus grande des tables. Le serveur revint avec trente-deux cornets à une boule, un cône pour chacun des arômes. «&nbsp;Parce que tous ensemble dans une immense coupe, ça se mélange et on ne peut pas bien les sentir&nbsp;», prétendait l&rsquo;ingénue. Il les positionna, bien alignés en rang d&rsquo;oignons, sur des supports en plastique pour qu&rsquo;elle puisse glisser avec allégresse de l&rsquo;un à l&rsquo;autre. Lucien lui en piquait un peu, lorsque la glace dégoulinait de partout. Mais surtout, il la regardait avec tout l&rsquo;amour du monde. Sa Mathilde, sa femme depuis si longtemps qu&rsquo;il avait oublié le compte exact des années passées en sa compagnie. Des années de bonheur, de joie et de tristesse aussi, bien sûr. Mais toujours dans une grande complicité et beaucoup de joyeusetés. Aujourd&rsquo;hui, il avait décidé que rien ne pourrait mettre un frein à leurs lubies. Tout était permis.</p>



<p>Mathilde se lassa de ses trente-deux glaces. Elle voulut rentrer à la maison, faire une petite sieste à l&rsquo;ombre de l&rsquo;immense platane. Alors, Lucien l&#8217;emmena au jardin municipal.</p>



<p>Elle ne le savait pas, mais ils n&rsquo;avaient plus de foyer. Depuis quelques mois, il vivait chez leur fils, dans un modeste appartement au cœur de la ville, tandis qu&rsquo;elle avait dû être placée dans une résidence médicalisée. Le platane communal ferait l&rsquo;affaire. Mathilde n&rsquo;y vit que du feu. Elle s&rsquo;étendit, bienheureuse, sur la couverture qu&rsquo;il avait pensé à apporter dans son sac à dos. Il en sortit aussi deux capsules rouges. «&nbsp;Regarde, Mathilde, je vais t’en déposer une sur la langue, ouvre bien grand, voilà&nbsp;! Et maintenant, ma chérie, croque à pleines dents. Je t&rsquo;aide un peu, mais c&rsquo;est que tu voulais, n&rsquo;est-ce pas&nbsp;? Tu me l&rsquo;avais dit, quand tu aurais perdu la boule, pas qu&rsquo;un peu, mais vraiment perdu la tête, que tu n&rsquo;avais pas envie de rester comme ça. Alors, je tiens ma promesse. Croque, Mathilde, croque et tout ça sera terminé. Nous nous retrouverons très vite, comme auparavant, amoureux, amoureux de la vie. Croque, Mathilde&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>Les sels de cyanure explosèrent dans son corps. Son estomac se vrilla, sa peau se colora en rose vibrant et sa tendre-aimée glissa ,dans un coma éternel.</p>



<p>Lucien porta à son tour la seconde capsule à sa gorge, la broya et l’engloutit, les yeux tournés vers le ciel.</p>



<p>Pour rien au monde, il n&rsquo;aurait voulu manquer son entrée au paradis, main dans la main avec Mathilde.</p>
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		<title>L&#8217;envers des centenaires</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/lenvers-des-centenaires/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 09:58:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[humour noir]]></category>
		<category><![CDATA[sénescence]]></category>
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					<description><![CDATA[À l&#8217;endroit, des petits vieux charmants, souriants de toute leur mâchoire sans dents, des mamies et des papés auréolés de rares cheveux blancs cotonneux. À l&#8217;envers, de sales gosses tous plus ou moins centenaires, têtus comme des mules, d&#8217;un égoïsme presque innocent. On a envie de prendre les premiers dans nos bras, de leur dire [&#8230;]]]></description>
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<p><em>À l&rsquo;endroit, des petits vieux charmants, souriants de toute leur mâchoire sans dents, des mamies et des papés auréolés de rares cheveux blancs cotonneux.</em></p>



<p><em>À l&rsquo;envers, de sales gosses tous plus ou moins centenaires, têtus comme des mules, d&rsquo;un égoïsme presque innocent.</em></p>



<p><em>On a envie de prendre les premiers dans nos bras, de leur dire qu&rsquo;on les aime, de les remercier d&rsquo;avoir peiné toute leur vie pour nous offrir la nôtre dans un écrin de confort.</em></p>



<p><em>Les seconds, on voudrait leur donner une chiquenaude discrète qui les enverrait incognito </em>ad patres<em>, car là, ils nous bouffent tout notre air et l&rsquo;on en peut plus de les voir si décrépis.</em></p>



<p><em>Sauf que, ce sont les mêmes. Des vieillards tantôt charmants, tantôt horripilants qu&rsquo;on a dû mettre dans cette maison de retraite pas si mal que ça. Parce qu&rsquo;on n’avait pas le choix. Parce qu&rsquo;on n’aurait pas pu langer notre propre mère, parce que replacer le dentier de son père, c&rsquo;était au-delà de nos forces.</em></p>



<p class="has-text-align-center">***</p>



<p>Ils seront tous là, ce vendredi après-midi, assis sur de sages chaises adossées contre le mur de la salle de réception de la <em>Résidence des Cigales</em>, tous pimpants et rosés, heureux d&rsquo;assister en famille au spectacle de marionnettes. Leurs arrière-petits-enfants, qui trôneront à leurs pieds comme des trophées, feront résonner la pièce de leurs rugissements de plaisir.</p>



<p>Germaine avait trottiné sur ses maigres baguettes pour prendre d&rsquo;assaut la meilleure place, en face de l&rsquo;artiste. Elle avait réservé le siège à côté d&rsquo;elle pour Roger, le seul pensionnaire mâle. Il n&rsquo;était pourtant guère attirant. Le teint gris, les yeux enfoncés dans un amas de rides, il ressemblait plus à un singe capucin qu&rsquo;à un homme, même vieux. Sa démarche donnait l&rsquo;impression qu&rsquo;il avait passé sa vie sur un bateau. Le dos voûté, la tête rentrée dans le cou, il avançait le ventre en avant, tout en tanguant. Mais Roger avait un sourire qui faisait craquer ses dames, notamment Léontine. Et ça, Germaine n&rsquo;aimait pas. Elle imaginait des scénarios dramaturgiques pathétiques pour empêcher Léontine de s&rsquo;approcher de Roger. Elle s&rsquo;était approprié le vieil homme dans le seul but de priver sa rivale de l&rsquo;unique présence masculine à peu près satisfaisante.</p>



<p>Pour tromper l’attente, Germaine reprit son ouvrage. Elle n’avait plus de famille, Germaine. Plus personne ne venait la voir, plus de petits à qui offrir une brassière ou un bonnet. Alors, elle tricotait pour ses «&nbsp;œuvres&nbsp;», les réfugiés, les sans-abri. Ces derniers temps, elle n’avançait plus guère. Les rhumatismes lui déformaient les mains et le métal des aiguilles lui glaçait les doigts. Et personne n’avait pensé à lui en proposer en bambou, bien plus confortables. Elle peinait Germaine, elle peinait.</p>



<p>Léontine fit son entrée en grinçant, suivant avec lassitude son déambulateur. Un aide-soignant voulut l’aider à prendre place, mais elle le repoussa avec une énergie insoupçonnée. Pas cette chaise-là, celle-là. Parce que de là-bas, elle pourrait voir arriver Roger et que le siège à côté était encore libre. Libre pour Roger. Léontine s’assit en grommelant&nbsp;: Germaine s’était, à nouveau, approprié la meilleure loge. Mais contrairement à elle, Léontine ne serait pas seule aujourd’hui. Quatre de ses petits-enfants n’allaient pas tarder à les rejoindre. Qu’elle était fière de ses petits, Léontine&nbsp;! Et Roger, qui aimait les mômes, sera ravi de leur compagnie enjouée. Elle risqua un coup d’œil à Germaine&nbsp;: ah, là voilà qui se remet à tricoter&nbsp;! n’avait-elle pas remarqué que son ouvrage avait perdu quelques tours depuis hier&nbsp;? Léontine ricana. Tous les soirs, elle chipait le travail de son ennemie pendant qu’elle dormait devant les jeux télévisés et défaisait ce qui avait été fait la veille. C’est qu’elle savait y faire et qu’elle voyait encore clair. Elle.</p>



<p>Lorsque Roger fit son entrée dans la salle, il constata, consterné, qu’il allait se trouver devant un choix cornélien. À sa gauche, Léontine lui faisait de grands gestes, montrant la place libre à côté d’elle. En face, Germaine criait des «&nbsp;ho, ho&nbsp;» et des «&nbsp;ici&nbsp;!&nbsp;» en pointant ses aiguilles sur le siège vacant à sa droite. Roger n&rsquo;avait jamais eu beaucoup de succès auprès des femmes. Dénué de charme, hormis son sourire, il n&rsquo;avait eu ni l&rsquo;humour qui sauve les laids ni l&rsquo;intelligence qui embellit les maigres. En fait, Roger était un frustré de l&rsquo;existence.</p>



<p>Lorsqu&rsquo;il était arrivé à la <em>Résidence,</em> un autre homme occupait les pensées de ces dames. Bien plus sémillant, plus jeune et dans l&rsquo;ensemble bien plus sympathique que Roger. Les voies du Seigneur étant impénétrables, il disparut une nuit de pleine lune. Les mamies, attristées vinrent se consoler sur l&rsquo;épaule de Roger qui prit goût à leurs attentions. Léontine fut caressante, Germaine assidue. Si bien que quand le monsieur suivant fit son entrée aux <em>Cigales</em>, Roger sut tout de suite ce qu’il lui restait à faire.</p>



<p>Il se montrait beaucoup plus hésitant face aux alternatives à sa disposition en cet après-midi de fête. Soit il choisissait Germaine et devrait supporter son fatiguant babil, soit il optait pour la compagnie de Léontine et ses affreux marmots criards. Roger soupira, balança son poids sur le pied gauche, puis droit, indécis. Les deux femmes le regardaient pleines d’espoir. Ah, qu’il était bon de se sentir aimé&nbsp;! C’était pour jouir de ces moments-là qu’il avait interverti les pilules de son ex-rival avec celles d’une pensionnaire voisine. Clouant le premier sur son lit, paralysé, envoyant la seconde dans l’autre monde. Il se prit pour le roi de la <em>Résidence</em>.</p>



<p>C’est pourquoi il décida de s’asseoir, royal, à côté de Marcelle qui rosit, toute timide, à son approche.</p>
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