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	<title>science-fiction &#8211; Alice de Castillon &#8211; Autrice</title>
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	<description>Courtes histoires à lire entre deux pauses</description>
	<lastBuildDate>Wed, 25 Mar 2026 19:14:22 +0000</lastBuildDate>
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	<title>science-fiction &#8211; Alice de Castillon &#8211; Autrice</title>
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		<title>L’auberge des templiers</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/lauberge-des-templiers/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 10:32:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
		<category><![CDATA[science-fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[Ses pas menus résonnent sur les dalles du sentier. Ils cliquettent, tantôt guillerets, tantôt inquiets. Où va-t-elle au juste&#160;? Dans le labo, à l&#8217;autre bout du parc, là où les lumières, coloris francs, brillent raides et glaciales. Un monde à l&#8217;opposé de l&#8217;auberge dont elle a fermé la porte d&#8217;une main pourtant certaine. Oui, il [&#8230;]]]></description>
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<p>Ses pas menus résonnent sur les dalles du sentier. Ils cliquettent, tantôt guillerets, tantôt inquiets. Où va-t-elle au juste&nbsp;? Dans le labo, à l&rsquo;autre bout du parc, là où les lumières, coloris francs, brillent raides et glaciales. Un monde à l&rsquo;opposé de l&rsquo;auberge dont elle a fermé la porte d&rsquo;une main pourtant certaine. Oui, il le faut, elle a choisi. Cette cure detox, elle en a besoin. Elle en a rêvé ces derniers mois, étirés dans la poussière du quotidien, dans l&rsquo;ennui, le brouhaha des commérages, les entourloupes à tricoter, les manigances du petit chef et les revenchardises des collègues. Cette pause, elle l&rsquo;a méritée. Pas donnée pour autant. Les Templiers sont réputés. Elle n&rsquo;aurait pas confié son âme à n&rsquo;importe qui.</p>



<p>Ses pas ralentissent un tantinet, s&rsquo;arrêtent à côté de ce banc. Elle s&rsquo;y affale. La vieille ferme retapée, îlot de zénitude, terre d&rsquo;asile pour les égarés, clignote de milles flammes. Le tenancier voue un culte aux bougies. Purification de l&rsquo;air, apaisement des esprits, clame-t-il. Elle serait bien restée vautrée sur les pelisses devant l&rsquo;âtre, à boire du chocolat chaud et les yeux plissés à suivre les volutes des chandelles. L&rsquo;auberge est certes accueillante, mais elle n&rsquo;est pas là que pour ça. Ses genoux se tortillent, embarquent son bassin dans une torsion à quatre-vingt-dix degrés. Le banc craque sous ses fesses. Elle a rendez-vous dans l’immeuble moderne de cinq étages, à l&rsquo;autre bout du parc.</p>



<p>Un instant, elle croit y lire le mot «&nbsp;parking&nbsp;». Illusion fugace ou révélation&nbsp;? Le mirage se floute. En quelque sorte, c&rsquo;est bien cela&nbsp;: un garage pour les âmes en détresse. Une pause dans sa vie stressée. Oui, c&rsquo;est bien ce qu&rsquo;elle est venue chercher, trêve de tergiversation. Ses pas reprennent leur cours, rassérénés.</p>



<p>Un papillon orangé cavale d&rsquo;un buisson à l&rsquo;autre. Derrière lui suit une ombre qui la salue, automate au regard vide. Un patient, pense-t-elle. Elle en a déjà croisé quelques-uns depuis son arrivée ici. Ça fait un peu peur, au début. Mais l&rsquo;on sait à quoi s&rsquo;attendre. Et puis, le parc est sécurisé. Personne ne peut entrer ou s&rsquo;égarer à l&rsquo;extérieur. Que deviendraient ces gens lâchés dans la nature&nbsp;? Elle frissonne. Et si leur esprit ne leur était jamais rendu&nbsp;? Oh, elle a bien rencontré des ex-détoxés lors de ces séances organisées par les Templiers pour promouvoir leurs fameux séjours&nbsp;! Mais sont-ils tous revenus&nbsp;? Un frisson parcoure ses jambes, la fait trébucher. Elle s&rsquo;accroche à une souche, marque un temps d&rsquo;arrêt. Et que font-ils des âmes&nbsp;?</p>



<p>Elle réalise que dans l&rsquo;euphorie du moment, elle a signé le chèque sans vraiment s&rsquo;être posé toutes les questions. La présentation était léchée. Tout semblait clair. Des photos très travaillées du labo, des schémas, des explications à la pelle pour que l&rsquo;on oublie l&rsquo;essentiel. Et puis, cette belle maison dans son écrin de verdure, son salon convivial, la baie vitrée, les poutres blanchies à la chaux, les couettes douillettes, un hôtel boutique, dix chambres et un gérant aux petits oignons. Les corps séjourneront ici, leur essence de vie restera dans l&rsquo;un des tiroirs de l&rsquo;immeuble moderne juste en face. Au «&nbsp;parking&nbsp;». Une semaine ou dix jours sans penser, sans ressasser le passé, sans s&rsquo;angoisser sur l&rsquo;avenir. Les Templiers ont leur réputation pour eux, gardiens du temple depuis des siècles. Son temple à elle, dans quelques minutes.</p>



<p>Ses pas l&rsquo;entraînent, presque sans qu&rsquo;elle puisse les freiner. Elle quitte le petit bois et se retrouve en pleine lumière devant le laboratoire. Ses lignes droites rassurent. Pas de chichis, rien d&rsquo;inutile. La science au service de l&rsquo;Homme. La porte vitrée s&rsquo;ouvre sur un hall d&rsquo;une blancheur clinique. Elle s&rsquo;arrête. Que vont-ils faire de son âme&nbsp;? Stockée dans un coffre, bien au chaud dans ce bâtiment ultra-sécurisé, prétend la brochure. En vérité&nbsp;? Personne ne le sait vraiment. Personne en tout cas ne peut lui assurer qu&rsquo;elle ne sera pas perturbée, disséquée, utilisée, vilipendée, envoyée ailleurs le temps de sa cure, échangée lors de la réintégration dans son corps. Ou pire, perdue, vendue. Ne subsistera d&rsquo;elle qu&rsquo;une coquille vide condamnée à errer dans ce parc, dormir et manger comme un automate dans cette auberge de luxe.</p>



<p>— Madame Duchanel&nbsp;? Entrez donc nous vous attendons.</p>



<p>L&rsquo;hôtesse, sourire plastique scotché commercial, s&#8217;empare de son bras et la guide à l&rsquo;intérieur. Elle se redresse, ses pieds s&rsquo;affermissent. Oui, c&rsquo;est ce dont elle a besoin. Oublier son passé, ses soucis, ses ennuis.</p>



<p>Errer sans but, pour que ses angoisses ne reviennent plus jamais la hanter.</p>
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		<item>
		<title>Le passage des lumières</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/le-passage-des-lumieres/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 10:30:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[absurde]]></category>
		<category><![CDATA[science-fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[Un dernier coup de reins, et son quota atteint, il pourrait enfin se reposer. Cinq minutes que Ssaxy s&#8217;échinait sans grande passion, l&#8217;œil vissé sur cette horrible suspension hétéroclite. Les fils métalliques vacillaient sous le souffle des participants. Ils vibraient sous leurs cris rauques, se trémoussaient sous la brise des va-et-vient lascifs, brillaient quand l&#8217;un [&#8230;]]]></description>
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<p>Un dernier coup de reins, et son quota atteint, il pourrait enfin se reposer. Cinq minutes que Ssaxy s&rsquo;échinait sans grande passion, l&rsquo;œil vissé sur cette horrible suspension hétéroclite. Les fils métalliques vacillaient sous le souffle des participants. Ils vibraient sous leurs cris rauques, se trémoussaient sous la brise des va-et-vient lascifs, brillaient quand l&rsquo;un d&rsquo;entre eux parvenait à la jouissance.</p>



<p>Allez, il devait se motiver, l’issue approchait. Ssaxy reprit le contrôle de son corps, se concentra sur l&rsquo;image holographique qu&rsquo;il avait choisie pour cette session&nbsp;: une fille, jeune, filiforme, jambes interminables, buste menu et volumineuse crinière bouclée d&rsquo;un roux cuivré. Il resserra le rythme, s&rsquo;accrocha aux poignées de cuir, poignées d&rsquo;amour, se laissa envahir par ses fantasmes. Cela devenait de plus en plus difficile. Son temps était compté, il en était conscient. Quel serait son prochain job&nbsp;? Il rêvait d’un plan peinard, entre trombones et séminaires dans les lunes. Comme s&rsquo;il avait le pouvoir de décision&nbsp;! Veine chimère.</p>



<p>Il secoua la tête. Ne pas se disperser, sa verge se ramollirait et tout serait à recommencer. Pourtant, le vagin en élastomère silicone à réticulation était, paraissait-il, aussi doux, aussi chaud et humide que la version originale. Peut-être aurait-il dû sélectionner un autre hologramme&nbsp;? Mais son préféré — une brunette à lunette — ne semblait plus fonctionner. Il avait espéré qu&rsquo;un peu de changement l&rsquo;aurait lutiné. Malgré les pilules bleues qu&rsquo;on le forçait à avaler, il avait la forme en berne. Autour de lui, ses collègues avaient presque tous terminé. L&rsquo;on entendait que quelques bruyants soupirs, un cri ici ou là. La suspension, témoin de leur production, ne vibrait presque plus. Il devait se bouger les fesses s’il ne voulait pas finir bon dernier.</p>



<p>Il ferma les yeux, fit place nette dans sa tête. Toile blanche. Des éclairs bleutés zébrèrent sa vision. Un frisson électrique transperça son épine dorsale. Un halo d&rsquo;or d&rsquo;une brève intensité éclaboussa sa trame. Ses cuisses le brûlaient. Un astre rougeoyant emplit son torse, se dispersa autour de lui. La température grimpa d&rsquo;un degré. Ssaxy crispa les paupières. <em>Ça venait</em>. Plus rien ne pouvait le retenir. Il stoppa net, jouit de cet instant de plénitude, les muscles tendus en arc. Des vibrations sourdes remontèrent le long de ses jambes, de ses bras. Son cou pulsa, son bas ventre devint bois. Une dernière saillie, il buta contre le fond du réceptacle avec toute la puissance contenue en lui. Son corps, supernova, explosa en mille et une étincelles. Il ne put voir la suspension s&rsquo;éclairer comme Vega tant il était encore pris dans la tourmente. Mais il sut qu&rsquo;il avait accompli sa mission à la perfection.</p>



<p>Ssaxy reprit son souffle, ouvrit les yeux et contempla avec stupéfaction le compteur électrique&nbsp;: trois mega watt&nbsp;! Il venait de pulvériser le record absolu.</p>



<p>Ragaillardi, Ssaxy retourna à son <em>pod</em> un sourire extatique rivé sur ses lèvres. Il se glissa avec délice dans un bain chaud parfumé et rechargea ses batteries pour la session du lendemain. Comme toujours, il eut une pensée émue pour ses collègues qui s’échinaient à la Centrale à Énergie Sexuelle. Sans eux, la vie sur Dörving et ses deux lunes n’aurait vraiment rien d’enviable.</p>
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		<item>
		<title>L’île de l&#8217;espace</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/lile-de-lespace/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 10:17:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[introspectif]]></category>
		<category><![CDATA[science-fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[Anaïs déploya ses petits bras trop maigres, prête à s&#8217;enfuir. Elle les agita, mimant l’envol d’un oiseau. Qu&#8217;attendaient-ils là-haut&#160;? Pour ne pas flétrir cette aura de zénitude qui l&#8217;enveloppait, elle glissa sur le faux sable devant l&#8217;hologramme de plage ensoleillée. Ses jambes, deux baguettes fragiles, la soutenaient dans une danse évanescente. Tout était grâce chez [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Anaïs déploya ses petits bras trop maigres, prête à s&rsquo;enfuir. Elle les agita, mimant l’envol d’un oiseau.</p>



<p>Qu&rsquo;attendaient-ils là-haut&nbsp;?</p>



<p>Pour ne pas flétrir cette aura de zénitude qui l&rsquo;enveloppait, elle glissa sur le faux sable devant l&rsquo;hologramme de plage ensoleillée. Ses jambes, deux baguettes fragiles, la soutenaient dans une danse évanescente. Tout était grâce chez Anaïs, même en cet instant ultime. Ses cheveux lisses, d&rsquo;un blond presque transparent lui avaient donné autrefois un air de madone enfantine. Avant qu&rsquo;elle ne les perde par poignées. En ce jour décisif, elle avait dissimulé son crâne dénudé sous un turban sophistiqué. Elle y avait accroché perles et diamants, rien que des choses précieuses. Sa silhouette longiligne et souple, son port de tête altier avaient fait d&rsquo;elle une icône de la mode, une égérie pour les marques de luxe. Avant que la santé ne l&rsquo;abandonne. Que le monde ne la déserte. Elle n’était plus que l’ombre de la resplendissante elle-même. Une fleur fanée avant l’âge. Une femme coupée de sa féminité, ses seins l’ayant trahie. Par deux fois.</p>



<p>Si dans l’ensemble le voyage organisé par l’agence <em>UnikTourSpace.com</em> avait été parfait en tout point, ce rivage fictif ne l’illusionnait guère. Quel ersatz de beauté par rapport à ce qui prévalait à l’extérieur&nbsp;! Vite, qu’ils fassent vite&nbsp;! La dame en noir n’attendrait pas. Le trajet avait été assez éprouvant. L’apesanteur subie dans la navette spatiale <em>Lynx Mark&nbsp;II</em> qui l’avait amené jusqu’ici avait bousculé ses traitements médicaux. Son corps n’était plus qu’un vaste cocktail chimique&nbsp;: corticoïdes, antalgiques, psychotropes, antispasmodiques&#8230; Car la mort l&rsquo;accompagnait depuis près de six ans déjà. Elle était devenue sa complice dans un rapport amour-haine&nbsp;: <em>je te veux, viens me chercher, je n’en peux plus&nbsp;! Va-t’en, laisse-moi encore vivre&nbsp;!</em> Jusqu’au jour où elle avait contacté cette agence spécialisée dans les vols suborbitaux pour ce voyage un peu particulier. Anaïs plongea les yeux dans les vagues frémissantes de l’hologramme. Un parfum d&#8217;embrun, quelques gouttelettes iodées lui frappèrent le visage. Sa vieille amie, maîtresse des ténèbres, en profita pour lui tendre la main. Anaïs y glissa la sienne. Elle était prête.</p>



<p>Qu&rsquo;attendaient-ils là-haut&nbsp;?</p>



<p>Le chuintement des pistons d&rsquo;ouverture du sas résonna dans l&rsquo;espace restreint de la capsule. Elle y entra, déterminée, la main toujours dans celle impalpable de la mort. Comme convenu, elle appuya sur l’énorme bouton bleu. La porte du sas se referma derrière elle et le système de gravitation artificielle s’arrêta. Anaïs déploya ses petits bras trop maigres, prête à s&rsquo;envoler. Elle plana un court instant dans la minuscule cabine. Puis tout se passa très vite. Une lumière se mit à clignoter quelque part sous elle. Elle avait dix secondes pour interrompre le processus si elle le désirait. Dix secondes pour crier STOP. Dix secondes infinitésimales pour revenir sur terre et mourir, déjà presque décomposée, sur un lit d’hôpital. Elle resta muette, serra encore plus fort la main de sa vieille ennemie. La porte extérieure de la capsule s&rsquo;ouvrit d&rsquo;un coup, la cabine se trouva soudain dépressurisée. Un puissant mécanisme la propulsa dans le vide intersidéral. Elle en perdit son turban qui flotta à ses côtés avec lenteur, long pan de tissu ondulant dans un au revoir.</p>



<p>Durant ses derniers instants, tournoyant dans le cosmos, Anaïs distingua la Station Spatiale Internationale qui l’avait hébergée. Elle devina le câble de liaison qui tractait le module multi-usage qu’elle venait de fuir, île éphémère accrochée dans l&rsquo;espace. Là-haut, dans la Station, ils devaient maintenant hisser le container afin de le récupérer. Mais tout cela n&rsquo;avait plus aucune espèce d&rsquo;importance. La petite bombe qu’elle portait fixée sur son corsage explosa au moment même où elle consommait son ultime souffle d’air. Les constellations accueillirent la supernova dans ce paradis qu&rsquo;était l&rsquo;univers infini, au cœur des particules de vie. Poussière, elle retourna en poussières d&rsquo;étoiles.</p>



<p>Tel avait été son plus cher désir.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Terre de la terre</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/terre-de-la-terre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 09:37:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[court-métrage]]></category>
		<category><![CDATA[science-fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[Script&#160;: Terre de la terre (court métrage) Distribution&#160;: Bande-son&#160;: «&#160;Chocolat&#160;» de Rachel Portman *** 1. Int/Jour &#8211; Bureau de Nathan L’œil de NATHAN (25-30 ans), fixé sur une boule à neige en verre, scrute les moindres détails du jardin de plastique. Sa main berce le globe faisant naître quelques flocons. NATHAN (VOIX OFF) Sur Terre, [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong>Script</strong>&nbsp;: Terre de la terre (<em>court métrage</em>)</p>



<p><strong>Distribution</strong>&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Nathan : <a href="http://www.hervelacroix.com/" rel="noopener">Hervé Lacroix</a></li>



<li>Julia : <a href="http://www.imdb.com/name/nm1745743/" rel="noopener">Alice Pol</a></li>



<li>Guillaume : <a href="http://www.lesagentsassocies.com/artiste.cfm/402128_115_3_Les%20ado-Rapha%C3%ABl_Aouizerate.html" rel="noopener">Raphaël Aouizerate</a></li>



<li>Le patriarche : <a href="http://www.imdb.com/name/nm0000606/" rel="noopener">Jean Reno</a></li>
</ul>



<p><strong>Bande-son</strong>&nbsp;: <a href="https://www.youtube.com/watch?v=o7De42gw0jc" rel="noopener">«&nbsp;Chocolat&nbsp;» de Rachel Portman</a></p>



<p class="has-text-align-center">***</p>



<h2 class="wp-block-heading">1. Int/Jour &#8211; Bureau de Nathan</h2>



<p><em>L’œil de NATHAN (25-30 ans), fixé sur une boule à neige en verre, scrute les moindres détails du jardin de plastique. Sa main berce le globe faisant naître quelques flocons.</em></p>



<p class="has-text-align-center">NATHAN (VOIX OFF)</p>



<p>Sur Terre, la neige tombait parfois, enveloppant les plantes dans un cocon hivernal, dormance nécessaire pour renaître au printemps, se lancer dans d&rsquo;exubérantes arabesques foliaires et enfin, fournir la semence du renouveau.</p>



<p>[…]</p>



<p>Je n&rsquo;ai pas connu cette Terre-là. L&rsquo;odeur de l&rsquo;humus, le grésillement des insectes ou la chaleur du soleil sur ma peau. Ce n’était que dans les yeux pétillants de ma grand-mère que j&rsquo;ai découvert ces délices</p>



<h2 class="wp-block-heading">2. Ext/Jour &#8211; Jardin de plastique</h2>



<p><em>La neige finit de tomber sur le jardin de plastique</em></p>



<h2 class="wp-block-heading">3. Ext/Jour &#8211; Jardin potager à l’ancienne</h2>



<p><em>Un papillon virevolte de plante en plante dans un exubérant potager sur buttes. Chaque millimètre de terre est occupé par de foisonnants végétaux : légumes, aromatiques, fleurs et laitues montées en graine.</em></p>



<p><em>Une jeune femme (30-35 ans), JULIA, coupe les têtes des modestes fleurs jaunes de salade pour les déposer dans un grand saladier.</em></p>



<p class="has-text-align-center">NATHAN (VOIX OFF)</p>



<p>Grand-mère était une espèce en voie de disparition. Alors que le monde s&rsquo;affairait autour d&rsquo;elle, accroché avec furie aux dernières technologies, aux gadgets électroniques du moment, elle jouissait de son jardin, réapprenait les valeurs ancestrales de la récolte et de l&rsquo;échange de graines, source de biodiversité et d&rsquo;adaptabilité.</p>



<p><em>Un petit garçon (7-10 ans), GUILLAUME, arrive en courant et rejoint Julia. Il plonge avec délectation ses mains dans le saladier pour en humer les inflorescences.</em></p>



<p class="has-text-align-center">JULIA</p>



<p>Elles n’ont pas d’odeur Guillaume&nbsp;! Ce sont des fleurs de laitue. Tu vois, c’est la salade qui a fleurit&nbsp;!</p>



<p class="has-text-align-center">GUILLAUME</p>



<p>Mais alors, si ça sent rien, pourquoi tu les cueilles, maman&nbsp;?</p>



<p class="has-text-align-center">JULIA</p>



<p>Regarde, là, dans le calice, tu vois ces graines allongées&nbsp;? Cette salade a produit une centaine de fleurs et chaque fleur fournit une dizaine de semences. Chacune d&rsquo;entre elles pourra engendrer à son tour un plant de laitue.</p>



<p class="has-text-align-center">GUILLAUME</p>



<p>Et tu vas les semer quand&nbsp;?</p>



<p class="has-text-align-center">JULIA</p>



<p>On ne va pas les semer tout de suite. On va les conserver avec beaucoup de précautions jusqu&rsquo;au printemps prochain. Tu viens m&rsquo;aider à les mettre dans des sachets&nbsp;?</p>



<p><em>Guillaume suit sa mère à l&rsquo;intérieur de la maison.</em></p>



<p><em>Le papillon s’envole en direction du soleil.</em></p>



<h2 class="wp-block-heading">4. Int/Jour &#8211; Cellier de Julia</h2>



<p><em>La mère et le fils, tête contre tête, trient, emballent et classent les graines de laitue. Derrière eux, sur des étagères, on peut apercevoir de nombreuses boîtes en fer blanc. L&rsquo;une d&rsquo;entre elles est ouverte et contient des enveloppes identiques à celles utilisées par Julia.</em></p>



<p><em>Un vieux monsieur (70-75 ans), LE PATRIARCHE, tout de noir vêtu, barbe fournie, apparaît soudain devant eux.</em></p>



<p class="has-text-align-center">LE PATRIARCHE</p>



<p>Mes amis, ce que nous redoutions tant est arrivé. L&rsquo;heure est venue pour nous de quitter notre planète mère, la Terre. Vous le savez, malgré l&rsquo;incertitude de notre voyage, c&rsquo;est un privilège que d&rsquo;avoir été sélectionné pour partir. Ceux qui resteront ici n&rsquo;auront que peu de chance de survie.</p>



<p class="has-text-align-center">JULIA<br>(en serrant son fils dans ses bras)</p>



<p>Oui, nous savons tout cela, et nous sommes prêts. Les graines sont toutes là et tu peux donner l&rsquo;ordre d&#8217;embarquer le contenu des composteurs ainsi que toute la terre des buttes du potager. Tout ce que vous pourrez prendre. C&rsquo;est important.</p>



<p><em>Le patriarche approuve d&rsquo;un petit signe de tête et sort. Julia embrasse son fils avec la tendresse du désespoir.</em></p>



<p class="has-text-align-center">JULIA</p>



<p>Puisse Dieu nous venir en aide&nbsp;!</p>



<h2 class="wp-block-heading">5. Ext/Nuit &#8211; Ciel étoilé</h2>



<p class="has-text-align-center">NATHAN (VOIX OFF)</p>



<p>Le voyage intersidéral dura près de cinquante ans. De fort longues années que ma grand-mère mit à profit pour transmettre à son fils toutes ses connaissances. Elle fit renaître laitues, aubergines, radis, poireaux, concombres&nbsp;; tous ses trésors. Elle les fit vivre et revivre éternellement sur sa précieuse terre riche en humus, dans un écosystème artificiel et clos. Au fil des générations, les graines s&rsquo;adaptèrent à leur milieu.</p>



<p>[…]</p>



<p>Je naquis entre les étoiles et j&rsquo;appris de mon père l&rsquo;histoire de la Terre et le savoir de sa mère.</p>



<h2 class="wp-block-heading">6. Int/Jour &#8211; Jardin luxuriant</h2>



<p><em>Dans un immense jardin luxuriant, un papillon s&rsquo;ébat entre hautes tiges de maïs, plants de tomates agrippés à une tonnelle et buissons de romarin.</em></p>



<p class="has-text-align-center">NATHAN (VOIX OFF)</p>



<p>Les premières années de notre installation sur Xeon furent difficiles. Les plantes durent négocier un tournant majeur dans leur adaptabilité. Grâce à leur patrimoine génétique varié, elles surent tirer parti, avec brio, de cet environnement hostile.</p>



<h2 class="wp-block-heading">7. Ext/Nuit &#8211; Champ de dômes</h2>



<p><em>Ce paradis de verdure est protégé par un dôme majestueux, telle une boule à neige. Coupole anonyme au milieu de centaines d&rsquo;autres sphères posées sur un désert d’ocre et de basalte.</em></p>



<p class="has-text-align-center">NATHAN (VOIX OFF)</p>



<p>Le capitaine de l’expédition avait fait appel aux dernières biotechnologies pour cultiver sur Xeon la nourriture des exilés. Pourtant, aucune des graines sélectionnées avec soin et conservées dans l’azote par l&rsquo;INRA et Monsanto ne put produire autre chose que de chétives hampes grises. La science fit mourir ses enfants de faim.</p>



<h2 class="wp-block-heading">8. Int/Nuit &#8211; Dôme abandonné</h2>



<p><em>Tous les autres dômes ne contiennent que des débris végétaux, maigres chaumes, paillettes de foin. Un désert dans le désert.</em></p>



<p class="has-text-align-center">NATHAN (VOIX OFF)</p>



<p>Sur les centaines de milliers de colons, ma famille fut la seule à voir ses plantes prospérer. Hélas, l’homme reste un loup et les fils et filles de la Terre s&rsquo;entretuèrent avec une insatiable avidité.</p>



<p>[…]</p>



<p>À ce jour, je suis l’unique survivant de Xeon.</p>



<h2 class="wp-block-heading">9. int/jour &#8211; jardin Luxuriant</h2>



<p><em>Nathan erre comme une âme en peine au milieu d&rsquo;un verger croulant sous des fruits gorgés de sucre.</em></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>La morale des désespérés</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/la-morale-des-desesperes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 05 Feb 2026 11:38:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[science-fiction]]></category>
		<category><![CDATA[social]]></category>
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					<description><![CDATA[La terre aride s&#8217;étendait au-delà des collines pelées, au nord vers la forêt décimée, au sud vers la mer asséchée. Partout où il se portait, le regard ne rencontrait que désert. Désert d&#8217;Hommes, désert de vie. Pas strictement inhabité cependant. Là-haut, sur l&#8217;une de ces collines enflammées par le chaud soleil levant, une jeune femme [&#8230;]]]></description>
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<p>La terre aride s&rsquo;étendait au-delà des collines pelées, au nord vers la forêt décimée, au sud vers la mer asséchée. Partout où il se portait, le regard ne rencontrait que désert. Désert d&rsquo;Hommes, désert de vie.</p>



<p>Pas strictement inhabité cependant. Là-haut, sur l&rsquo;une de ces collines enflammées par le chaud soleil levant, une jeune femme vêtue de bure, la taille ceinte d&rsquo;un chapelet de perles, invoquait désespérément les dieux, dans l&rsquo;air lourd de poussières d&rsquo;ocre. Ses longs cheveux bruns flottaient d&rsquo;avant en arrière, au rythme des balancements de son corps gracile et des sons gutturaux, entrecoupés de cris suraigus, sortaient des tréfonds de son être. Noa, en tant que prêtresse, devait prendre une décision essentielle. La cohésion du groupe, ainsi que sa survie à long terme en dépendaient. Les besoins de la communauté devaient passer avant ceux des individus. «&nbsp;<em>Ubu mnyama fade engqon dweni yami</em>, que les ténèbres s&rsquo;effacent de mon esprit, que la vraie voie s&rsquo;impose à moi&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>Elle-même n&rsquo;avait pas choisi d&rsquo;être Sage et Mage. Ses dons, ses capacités à sentir les émotions de ses compagnons, son empathie innée ainsi que ses antennes tournées vers les cieux, sachant capter les conseils divins, ont fait d&rsquo;elle, tout naturellement, une Sœur. Elle aurait pourtant aimé vivre dans la simplicité, comme tous les autres habitants du camp, travailler dur pour préserver le fragile équilibre du jardin d&rsquo;Eden qu&rsquo;ils avaient réussi à créer au pied de la colline. Elle aurait aimé jouir de tous ses sens, mais surtout, elle aurait aimé porter la vie. Oh&nbsp;! combien ce désir profond la tourmentait, combien ce besoin pressant lui gâchait ses nuits. Ses entrailles se resserraient lors de chaque naissance, à chaque annonce de grossesse, à la vue de tous ces ventres fertiles. Mais son rôle, à elle, était d&rsquo;apposer ses mains sur ces belles femmes pour y assurer la reconnaissance des dieux, d&rsquo;apaiser les futures mères, de masser leurs périnées distendus lors de l&rsquo;accouchement. Y chercher le bébé parfois. Et aussi accomplir les derniers rites si la mère ou le nourrisson ne survivaient pas à cette ordalie.</p>



<p>Le rôle de Noa et des deux autres Sœurs était si important pour leur peuple, qu&rsquo;il leur imposait cette virginité, tant physique que spirituelle&nbsp;: leur esprit et leur corps devaient être tout entier dédiés au service des dieux et des Hommes de la tribu. Elles n&rsquo;avaient pas le droit de se laisser distraire dans leur lourde tâche, elles ne s&rsquo;appartenaient pas. Lorsque, dans dix ou quinze ans, Noa ne pourra plus enfanter, le clan lui permettra peut-être de s&rsquo;unir, de temps en temps, avec l&rsquo;homme qu&rsquo;elle aime en secret depuis bien longtemps. À la condition, qu&rsquo;il y ait un nombre suffisant de prêtresses et qu&rsquo;elle ait formé, d&rsquo;ici là, une remplaçante aussi digne et puissante qu&rsquo;elle.</p>



<p>Méliana présentait à l’évidence des capacités prometteuses. À douze ans, elle se montrait déjà très attentive aux autres, réceptive à leurs émotions ainsi qu&rsquo;aux diverses manifestations divines sur la planète. Elle était déjà capable de guérir de petites blessures par simple imposition des mains. Avec de l&rsquo;entraînement, elle pourrait sans doute développer ses dons pour le bien-être de la communauté. Le voudrait-elle&nbsp;? Noa n&rsquo;en était pas sûre à vrai dire. Méliana avait un côté tête brûlée, individualiste qui ne cadrait pas avec ce qu&rsquo;on attendait d&rsquo;une future Sœur. Certes, elle était encore très jeune. À Noa de guider la petite fille vers la sagesse. En avait-elle la force&nbsp;? Il le faudrait bien.</p>



<p>Elle repensa à Kloé avec amertume. Ce fut son échec le plus cuisant et il s&rsquo;en était fallu de peu qu&rsquo;elle soit bannie avec la jeune fille. Le clan n&rsquo;autorisait pas les erreurs, sa survie en dépendait. Noa accentua son balancement sous l&rsquo;effet de la colère. Comment, cette idiote avait pu lui faire une chose pareille&nbsp;? Lorsque Noa l&rsquo;avait sélectionnée pour devenir l&rsquo;une des futures prêtresses, la jeune fille avait été ravie. Elle rêvait de tout ce que ce statut pourrait lui conférait de prestige et Kloé avait été très avide de prestige. Beaucoup trop. La puberté sévissant, les hormones avaient pris le dessus malgré l&rsquo;aide des préparations herboristes magiques que Noa lui intimait de prendre, Kloé s&rsquo;était laissée emporter par ses sens et son désir de connaissance charnelle. Tout se savait dans la phratrie et tout se sut à la minute où son plaisir fut consommé. Noa fut vertement réprimandée pour n&rsquo;avoir pas su contenir les effusions de la jeune femme, pour avoir manqué à son devoir de formation et d&rsquo;éducation. Quelques membres de l&rsquo;assemblée voulaient lui réserver le même sort qu&rsquo;à Kloé, mais, par chance, une future mère sur le point de donner la Vie insista pour avoir Noa auprès d&rsquo;elle. D&rsquo;autres mères se joignirent à elle et firent pencher la balance en sa faveur.</p>



<p>La tribu n&rsquo;avait pas de leader temporel. Chaque membre, jeune ou vieux, homme ou femme, avait voix au chapitre et les décisions se prenaient par consensus. Toutes les voix devaient approuver ou rejeter d&rsquo;un commun accord les choix proposés par les habitants. Ils avaient longtemps palabré pour savoir s&rsquo;il fallait ou non expulser Noa et Kloé. Le bannissement était une arme suprême, extrêmement dissuasive, très efficace pour éviter les débordements inévitables dans tout regroupement humain. L&rsquo;exclu était rejeté à l&rsquo;extérieur du jardin d&rsquo;Eden pour une durée déterminée, allant de quelques heures à quelques jours. L&rsquo;exil pouvait être conscrit à la journée ou inclure la nuit. Dans ces contrées hostiles, une expulsion de plusieurs jours pouvait être fatale aux moins aguerris.</p>



<p>Noa ne fut pas condamnée, car le peuple estimait qu&rsquo;elle était trop précieuse pour eux, surtout avec l&rsquo;arrivée imminente d&rsquo;un bébé. Mais cela lui avait servi d&rsquo;avertissement. Elle ne pourra pas se tromper une deuxième fois.</p>



<p>Quant à Kloé, son cas était plus compliqué. Elle avait trahi le code moral le plus crucial du camp. Cependant, toute jeune femme <em>a priori</em> fertile était une richesse rare pour le petit groupe qui luttait pour sa survie, qui avait un besoin vital de renouveler ses forces vives. Déchue de son rôle de prêtresse, elle pourrait toutefois être mère. Mais une mère sans moralité, sans respect des règles de la société, ne pouvait engendrer que des rebelles, des trublions. La communauté décida donc de la bannir pour la durée de deux jours et Kloé fut condamnée à errer, seule, dans les collines inhospitalières. La jeune femme ne revint pas et l&rsquo;on ne retrouva jamais son corps.</p>



<p>Dans un long et terrible soupir, les épaules de Noa s&rsquo;affaissèrent à ce souvenir. Elle s&rsquo;agenouilla alors sur le sol caillouteux et implora les dieux&nbsp;: «&nbsp;<em>Oku fanele ngiwu khethe</em>, dois-je choisir Méliana&nbsp;? aidez-moi à prendre la bonne décision&nbsp;!&nbsp;» Elle se prosterna ensuite trois fois en répétant un mantra très puissant, puis se coucha sur le ventre, les bras en croix, la tête dans la terre brûlée et médita ainsi plusieurs heures.</p>



<p>De retour au campement, Noa rejoignit ces deux autres acolytes et leur soumit sa conclusion pour approbation. Si toute l&rsquo;assemblée prenait part au processus de décisions ordinaires, les trois prêtresses choisissaient, seules, de sélectionner ou non, une nouvelle recrue.</p>



<p>Elles réunirent tous les habitants et Noa prit ainsi la parole&nbsp;: «&nbsp;Nous, les Trois Sœurs, Grandes Prêtresses d&rsquo;Usgo, Sage et Mage, nous avons convenu de ne pas choisir Méliana pour la former à notre image. Nous avons estimé que son rôle était de participer au repeuplement de la tribu.&nbsp;» Puis, s&rsquo;adressant directement à la jeune fille, elle ajouta d&rsquo;une voix pleine de tendresse&nbsp;: «&nbsp;Méliana, une fois atteint l&rsquo;âge et la maturité nécessaire, tu pourras t&rsquo;accoupler avec tous les hommes, jeunes ou vieux, selon tes désirs. Tu auras cependant l&rsquo;obligation, comme toutes les femmes du clan, de ne pas te réserver à un seul homme. Organisez-vous pour répartir vos faveurs de manière équitable entre tous les mâles, afin qu&rsquo;aucun ne se sente délaissé. Fréquente avec assiduité, dès maintenant, toutes les mères pour te former et apprendre d&rsquo;elles ton futur rôle de procréatrice.&nbsp;» Puis Noa termina en s&rsquo;adressant à tous&nbsp;: «&nbsp;Préparons une grande fête et célébrons ensemble l&rsquo;arrivée de Méliana, future source de Vie, dans le Cercle des Femmes&nbsp;».</p>
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		<title>L’odeur de dieu</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/lodeur-de-dieu/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 05 Feb 2026 11:34:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[introspectif]]></category>
		<category><![CDATA[science-fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[Ce qui aurait dû être un joli matin de mai n&#8217;était que grisaille et froidure. La neige était subitement tombée hier en abondance, non pas aérienne, immaculée, mais souillée, polluée. Elle avait fondu assez rapidement par endroits, comme réchauffée par ses propres radiations. Assise sur le porche de sa petite maison nichée au cœur de [&#8230;]]]></description>
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<p>Ce qui aurait dû être un joli matin de mai n&rsquo;était que grisaille et froidure. La neige était subitement tombée hier en abondance, non pas aérienne, immaculée, mais souillée, polluée. Elle avait fondu assez rapidement par endroits, comme réchauffée par ses propres radiations. Assise sur le porche de sa petite maison nichée au cœur de la forêt vosgienne, Elisabelle regardait son jardin d&rsquo;un œil vide. Les asperges qui commençaient à poindre parmi les épines de pin, les petit-pois qui il y a seulement quelques jours grimpaient fièrement le long des cannes que Nathan avait plantées çà et là pour les soutenir, les fraises qui promettaient de futures cueillettes gourmandes, tout cela n&rsquo;existait plus. Elle, qui jardinait avec passion, ne jardinerait plus jamais.</p>



<p>En tournant la tête vers sa chère forêt, son regard tomba sur un gobelet de milk-shake, ce qui lui arracha un sourd gémissement. Ce carton avait autrefois appartenu au petit voisin, mais Raphaël se l’était accaparé d&rsquo;autorité pour y transférer ses précieux cailloux —&nbsp;ses pierres précieuses, comme il disait. Il aimait les transvasements, Raphaël. Il avait toute une collection de pots de tailles différentes et pouvait s&rsquo;amuser de longues heures tout en s&rsquo;appropriant le concept des volumes. Mais Raphaël ne jouerait plus jamais avec ce gobelet. Il était parti le premier, en l&rsquo;espace de quelques heures, sans un cri, sans un murmure. Elisabelle et Guillaume n&rsquo;avaient pas compris que le ciel, qui s&rsquo;était abattu avec fracas sur leur tête, n&rsquo;avait pas fini de s&rsquo;effondrer. Que ce n&rsquo;était que les prémices d&rsquo;un désastre annoncé. Hébétés, accrochés au téléphone sans tonalité, ils avaient essayé de réanimer leur petit, de le secouer, de lui insuffler un semblant de vie.</p>



<p>C&rsquo;est enlacé, perdus dans leur immense douleur qu&rsquo;Elisabelle avait senti Guillaume faiblir. Son homme, une force de la nature, un grand gaillard tatoué qui n&rsquo;avait peur de rien, qui avait construit de ses mains leur jolie maison, qui avait débroussaillé avec amour et sueur cet espace-là devant pour qu&rsquo;Elisabelle puisse y faire pousser leur nourriture et pour que les enfants puissent se rouler dans la terre ou ériger des châteaux de sable, cet homme, son homme, défaillait. Elle l&rsquo;avait aidé à se coucher, l&rsquo;avait veillé, puis dans un éclair de lucidité la cause de leurs malheurs lui était brutalement apparue. Il avait alors susurré dans un dernier souffle&nbsp;: Fessenheim&nbsp;!</p>



<p>Nathan avait suivi peu après. Il était parti chasser en annonçant à sa mère que puisqu&rsquo;il était maintenant l&rsquo;homme de la famille, c&rsquo;était son devoir de ramener à manger. Il avait pris son carquois, quelques flèches et l&rsquo;arc qu&rsquo;il s’était lui-même fabriqué. Elisabelle l&rsquo;avait retrouvé dans la forêt à côté d&rsquo;une biche. Morte elle aussi. Mais morte bien avant que les fléchettes du petit garçon ne la transpercent.</p>



<p>Desséchée, vidée de toute vie, Elisabelle attendait impatiemment la venue salvatrice de la nuit éternelle. Elle n&rsquo;avait jamais eu peur de la mort (mais pense-t-on à la mort quand on a 30 ans&nbsp;?) car elle savait —&nbsp;oui elle le Savait avec un «&nbsp;S&nbsp;» majuscule&nbsp;— que son âme immortelle rejoindrait les autres dans une nuée divine. Lorsqu&rsquo;elle jardinait encore, les mains dans l&rsquo;humus, elle se sentait reliée à cette énergie extraordinaire. Elle s&rsquo;imaginait être un fil électrique qui aurait laissé passer le courant sacré entre la terre, son encrage, sa force et le ciel peuplé d’hommes, de femmes, d’animaux aussi, tout ce que l&rsquo;univers comporte d&rsquo;âmes illuminant l&rsquo;au-delà et formant ainsi un dieu multiple. Maintenant que son mari et ses fils avaient rejoint cette cohorte céleste, elle n’en pouvait plus d’attendre pour les retrouver. Pourquoi la mort tardait-elle tant&nbsp;? Comment après trois jours pouvait-elle être encore en vie&nbsp;?</p>



<p>Isolée, loin de toutes habitations, elle ne pouvait que deviner l’ampleur des dégâts. L’hiver nucléaire qui les avait frappés si soudainement n’offrait aucune perspective réjouissante. Le sol était désormais stérile, et ce, pour une éternité. Il ne lui restait qu’une seule consolation en attendant la fin&nbsp;: jardiner pour tenter de retrouver cette connexion divine.</p>



<p>Elisabelle se leva alors, s’avança vers le potager et s’agenouilla devant quelques squelettes de radis, puis dans une ultime prière, se mit à gratter la terre avec frénésie jusqu’à sentir l’odeur de dieu.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Un chimérique repli</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/un-chimerique-repli/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 05 Feb 2026 11:13:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[drame]]></category>
		<category><![CDATA[science-fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[Avril 2034 Un chaton de peuplier virevolte autour de Gabriel qui ne peut réprimer un éternuement. Des «&#160;chut&#160;!&#160;» tout aussi sonores lui rappellent cependant que la discrétion s&#8217;impose. Le groupe de jeunes gens s&#8217;affaire à l&#8217;orée de la forêt de cèdres, un peu à l&#8217;écart des adultes et de leur excitation. Là-bas, aux abords du [&#8230;]]]></description>
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<p><strong>Avril 2034</strong></p>



<p>Un chaton de peuplier virevolte autour de Gabriel qui ne peut réprimer un éternuement. Des «&nbsp;chut&nbsp;!&nbsp;» tout aussi sonores lui rappellent cependant que la discrétion s&rsquo;impose. Le groupe de jeunes gens s&rsquo;affaire à l&rsquo;orée de la forêt de cèdres, un peu à l&rsquo;écart des adultes et de leur excitation. Là-bas, aux abords du village de fortune, les ordres fusent, secs et cassants. Le chaos s’approche et une partie de la faune a déjà déserté cette atmosphère oppressante. Un corbeau croasse, noir comme l&rsquo;orage qui s&rsquo;annonce. À l&rsquo;inverse, les ados œuvrent en silence, avec une rapidité et efficacité que seule l&rsquo;urgence associée à un immense espoir réussit à décupler.</p>



<p>— Tu crois que ça va suffire&nbsp;?</p>



<p>— Bien sûr, petite sœur, la nature joue les grandes magiciennes. Rappelle-toi les enseignements de grand-mère&nbsp;!</p>



<p>Jade reste sceptique. Mais elle perçoit que chacun de ses camarades porte en lui un enthousiasme factice, fragile échappatoire à la situation actuelle désastreuse. À douze ans, elle déjà compris que la force mentale de tout un groupe soulève les montagnes. Elle retourne à sa tâche&nbsp;: arracher à la force du poignet des touffes d&rsquo;herbe. Des monceaux de touffes d&rsquo;herbe.</p>



<p>Un sifflement, qu&rsquo;une oreille distraite aurait pu prendre pour un chuchotement de moineau, rappelle Jade et ses trois copines qui s&rsquo;étaient égaillées dans le pré. Elles tirent, poussent de gros sacs emplis de foin frais. À quelques mètres des premiers grands arbres, son frère et leurs amis ont construit ça et là des monticules de tailles et de formes différentes. Assez dispersés pour ne pas attirer l&rsquo;attention des Têtes Creuses ou même certains adultes de leur propre camp un peu trop curieux. De loin, si l’on n’y prend pas garde, ces buttes passeront sans autre pour des formations spontanées. Une sorte de fantaisie que la nature s&rsquo;octroie parfois. Des collerettes ornant le pourtour de la forêt, frisottis d’une coquette.</p>



<p>— Comment vous avez fait ça&nbsp;?</p>



<p>Gabriel prend sa sœur par la main et lui montre l&rsquo;entassement de bûches et branches de grosseurs variées qu&rsquo;ils ont posées dans une cuvette de terre fraîchement déblayée et mise de côté. Ils ont ensuite colmaté les interstices avec tout un fatras de débris sauvage&nbsp;: feuilles mortes, ramilles, champignons et même de la paille souillée que l&rsquo;un d&rsquo;entre eux avait volée dans le poulailler. Une madame merle, sans gêne, emporte déjà sa part. Son petit chez-elle doit se trouver, encore en construction, dans la haie toute proche.</p>



<p>Leur meneur les rassemble un peu à l&rsquo;écart&nbsp;: «&nbsp;Bon, le plus dur est derrière nous. Vous allez déverser l&rsquo;herbe coupée à divers endroits là et là. On récupère les sacs de transport, faut surtout pas qu&rsquo;on les voie. On retourne tous les outils au campement. Discretos, hein&nbsp;! Puis entre ce soir et demain, chacun se débrouillera pour piquer autour de chez lui toutes les graines, semences, noix, pépins, pois chiche… tout, quoi&nbsp;! Vous faites pas attraper&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>— T’façon, y a presque plus rien à manger&nbsp;! grommelle un freluquet.</p>



<p>— Tu fauches ce que tu peux, enfin&nbsp;!</p>



<p>— Et si on nous voit&nbsp;? demande une timide voix.</p>



<p>— Tu dis que c&rsquo;est pour nourrir les animaux ou que tu as faim. N&rsquo;importe quoi. De toute façon, les grands sont trop occupés à renforcer les barricades pour prêter attention à nous. On se retrouve demain ici même à l&rsquo;aube.</p>



<p>— Et si les Têtes Creuses attaquent durant la nuit&nbsp;? s&rsquo;enquiert un autre.</p>



<p>— Prie pour que cela n&rsquo;arrive pas&nbsp;!</p>



<p>Au village, les hommes affûtent leurs armes, prêts à affronter l’envahisseur. Ce peuple d’exilés, ballotté au gré des invasions barbares, se claquemure dans un ultime espoir.</p>



<p><strong>Juillet 2038</strong></p>



<p>— Vient petite sœur, allons-nous-en tant que la vie coule encore dans nos veines&nbsp;!</p>



<p>Jade, le teint pâle piqueté de disgracieuses boursouflures violacées, emprunte les pas de son frère. Elle boîte un peu, parfois. Mais aujourd&rsquo;hui, elle se sent emplie d&rsquo;une force nouvelle. Les brûlures entre ses cuisses se sont dissipées peu à peu. Ces derniers mois elle n&rsquo;a que très peu servi. Les Têtes Creuses, affaiblis par la faim se sont entretués. Leurs querelles intestines, leur soif de sang et de pouvoir les ont amenés à s’écrabouiller tout seuls. Leurs violents assauts s&rsquo;étaient ainsi raréfiés. Les prisonniers qu&rsquo;ils jugeaient encore utiles ou désirables s&rsquo;étaient eux aussi étiolés. Des esclaves, il n’en reste plus guère, huit, douze ou vingt. À peine vaillants. Mais le frère et la sœur ont entretenu en secret la flamme de l&rsquo;espoir. Grâce à elle, ils ont résisté au sadisme de leurs extorqueurs, gardant en eux cette vision du paradis terrestre qui les attendait.</p>



<p>Ils enchaînent collines pelées, paysages brûlés, villages dévalisés. Un mince ruisseau bordé de saules, survivant de cette apocalypse leur offre fraîcheur et ombrage. Quelques brins d&rsquo;herbe, un insecte rescapé ou deux. Juste de quoi les porter d&rsquo;une halte à l&rsquo;autre. Ils ne croisent aucune âme, sauf un lapin de garenne qui file à leur approche. Les oiseaux, éternels gagnants des batailles des hommes, cui-cuitent dans les maigres couverts encore à leur disposition.</p>



<p>— J&rsquo;espère qu&rsquo;ils sont tous bien morts.</p>



<p>— Les Têtes Creuses&nbsp;? T&rsquo;inquiètes sœurette, trop cons pour survivre ces saligauds. Quand il s&rsquo;agissait de piller, violer et tuer, pas de doute, c&rsquo;était les plus fort. Tu as vu comme ils ont massacré notre colonie, en avril 2034&nbsp;? Ils ont été méticuleux, ça, on ne peut pas le leur reprocher.</p>



<p>— Ouais, mais ils étaient aussi très organisés. Le goulag dans lequel ils nous ont emmenés… il avait pensé à tout&nbsp;: murs, barbelés, miradors, mitraillettes. Et leurs roquets, ces bâtards sans rien dans la caboche, qui ne savaient qu&rsquo;obéir à leurs ordres et nous hurler dessus.</p>



<p>Gabriel s&rsquo;arrête, se retourne et prend sa sœur avec délicatesse dans ses bras.</p>



<p>— Oublie tout ça. Il le faut. Nous devons recentrer nos forces vers notre futur. Les Têtes Creuses sont morts. Tous. Ils n&rsquo;avaient rien compris. Ils ne connaissaient pas les plantes sauvages, ne distinguaient pas un chardon d&rsquo;un cardon, ont eu toutes les peines du monde à cultiver une poignée de blé. Des gros bras avides de bagarres, de pouvoir et de sang, ignares des choses principales de la vie. Oublie-les ces monstres&nbsp;!</p>



<p>— Comment les oublier&nbsp;? Regarde ce qu&rsquo;ils m&rsquo;ont laissé en héritage&nbsp;!</p>



<p>Le frère caresse le ventre à peine rebondi de Jade.</p>



<p>— Ce petit, il n&rsquo;y est pour rien. Il est l&rsquo;avenir de notre humanité. Peut-être qu&rsquo;ailleurs, dans d&rsquo;autres lieux, d&rsquo;autres bébés vont naître, exhumant des cendres une nouvelle race d&rsquo;Hommes moins avide de sang. Avançons, nous devrions retrouver notre village demain.</p>



<p>Les paysages dévastés font place aux déserts qu&rsquo;ils ont traversés jusqu&rsquo;à présent. Partout le même spectacle désolant se déroule devant eux. Elle ne partage pas l&rsquo;optimisme de Gabriel. Leurs anciens quartiers ont été détruits lors de la razzia. Il y a fort peu de chance que les buttes qu&rsquo;ils avaient installées peu avant aient survécu aux animaux aussi rapaces de nourriture qu&rsquo;eux-mêmes.</p>



<p>Depuis quatre ans, les images des dernières heures précédant le raid passent et repassent dans ses yeux. Ils s&rsquo;étaient tous regroupés à l&rsquo;aube, comme leur meneur leur avait recommandé, les poches pleines de semence de vie. Chaque ado avait alors posé ses trésors sur les monticules de bûches, branchages et débris végétaux, un peu au hasard, en priant pour que la nature accomplisse ce qu&rsquo;elle savait si bien faire. Puis les plus forts d&rsquo;entre eux avaient remis l&rsquo;humus prélevé la veille. Les petits s&rsquo;étaient ensuite dépêchés de joncher la terre avec le foin arraché, formant ainsi une couverture discrète qui garderait au mieux l&rsquo;humidité. Quelques feuilles et brindilles, chétif camouflage, terminaient le tout. Que restait-il de tout cela aujourd&rsquo;hui&nbsp;? Jade se mord la lèvre pour ne pas pleurer. À quoi bon désespérer maintenant, alors que cette vision de jardin luxuriant les avait soutenus jusqu&rsquo;à aujourd&rsquo;hui&nbsp;? Un dernier effort. Et quand ils arriveront au pied leurs installations dévastées, à l’image de la Terre, il serait temps, à ce moment-là, de crever cette chimère.</p>



<p>De loin, la forêt de cèdres paraissait avoir subsisté en partie. Le frère et la sœur accélèrent le pas, aussi vite que la fatigue et les privations le leur permettent. Une tache de couleur rouge attire l&rsquo;œil de Jade. Un minuscule éclat enflammé dans un éblouissant camaïeu de vert. Un merle chante à tue-tête, encourageant leur progression. Ils courent presque. Ils arrivent, haletant, au pied des buttes. Le jardin est tel qu&rsquo;ils l&rsquo;avaient imaginé dans leurs rêves les plus fous&nbsp;: de majestueuses tiges de tomates s&rsquo;entortillent autour de hampes de maïs roides et fières, des cucurbitacées rampent vers la lumière, quelques arbustes, aubépines, églantiers, sureaux, un plant d&rsquo;aubergine égaré entre un framboisier et une ronce. Ce foisonnement de végétation à demi sauvage procure aux oiseaux et pollinisateurs une source toujours renouvelée de gîte et de couvert. Les graines s&rsquo;échangent, se dispersent, se bonifient et renaissent chaque année, plus vigoureuses, mieux adaptées.</p>



<p>Gabriel et Jade contemplent, les yeux embués d&rsquo;étoiles ce coin de paradis qu&rsquo;ils ont ensemencés sans trop y croire, il y a quatre ans. D&rsquo;un fatras de branchages, d’aspect inoffensif aux yeux des Têtes Creuses, il s&rsquo;est métamorphosé peu à peu en luxuriant jardin dans une région désertée par toute population, loin des exacerbations. Oh, comme ils avaient eu raison d’échafauder cette merveille&nbsp;! Une éclaircie utopique dans leur monde d’autrefois, en guerre perpétuelle. Certes, les ados d’alors s’étaient crus assez malins pour se noyer dans les ombres de la forêt. Ils ne connaissaient pas encore assez les Têtes Creuses et leur capacité destructrice. Le feu les avait expulsés fissa de leur cachette sylvestre.</p>



<p>Jade ose à peine cueillir une tomate bien mûre, par peur de se réveiller et se retrouver à nouveau en plein cauchemar. Mais le fruit est chaud, lourd, bien réel dans sa main. Au moment même où elle mord dedans avec volupté, le bébé lui lance pour la première fois un fougueux coup de pied.</p>
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