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	<title>satirique &#8211; Alice de Castillon &#8211; Autrice</title>
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	<description>Courtes histoires à lire entre deux pauses</description>
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	<title>satirique &#8211; Alice de Castillon &#8211; Autrice</title>
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		<title>Les machines des nyctalopes</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/les-machines-des-nyctalopes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 10:14:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[satirique]]></category>
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					<description><![CDATA[— Et flûte&#160;! C&#8217;était le troisième ongle qu&#8217;Elena se cassait, sans compter celui qu&#8217;elle avait rongé jusqu&#8217;aux cuticules. Bien entendu, sa manucure ne viendrait pas avant Dieu sait combien de temps. Depuis deux jours, elle était coincée dans ce cagibi de quarante mètres carrés avec son mari et ses deux enfants. Aucune virée shopping possible. [&#8230;]]]></description>
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<p>— Et flûte&nbsp;!</p>



<p>C&rsquo;était le troisième ongle qu&rsquo;Elena se cassait, sans compter celui qu&rsquo;elle avait rongé jusqu&rsquo;aux cuticules. Bien entendu, sa manucure ne viendrait pas avant Dieu sait combien de temps. Depuis deux jours, elle était coincée dans ce cagibi de quarante mètres carrés avec son mari et ses deux enfants. Aucune virée shopping possible. De quoi se bouffer toute la corne. Elle se sentait mourir à petit feu. D’ordinaire, il ne se passait guère plus de vingt-quatre heures entre deux de ses visites chez <em>Chanel</em>, <em>Dior</em> et quelques autres. C’était sa thérapie. Indispensable à son bien-être.</p>



<p>Matthew, son imbécile de mari engloutissait des océans de <em>Grey Goose</em>. Elle s&rsquo;était rabattue sur le <em>Cristal Roederer</em>. Mais les bouteilles encore pleines jouaient à cache-cache avec les vides. Et les gosses qui ne cessaient de se taper dessus en long et en large. Pourquoi <em>nanny</em> avait-elle refusé de rester avec eux&nbsp;? Où s&rsquo;était-elle planquée, d&rsquo;ailleurs&nbsp;? Aura-t-elle eu le temps de rentrer chez elle dans le Bronx&nbsp;? Après tout, peu importait. Elle en trouverait une autre dès qu&rsquo;ils pourraient sortir de leur <em>panic room</em>.</p>



<p>Dix, au maximum, lui avait promis Matthew. C&rsquo;était le nombre de jours qu&rsquo;il pouvait tenir grâce aux plats préparés et à la réserve d&rsquo;eau. Mais la vodka se ferait rare avant. Et pas de set de manucure ni sauna ni cryothérapie. Elle devra penser à avertir l&rsquo;intendant qu&rsquo;il puisse prévoir tout cela pour la prochaine occupation. Elle en frémit d&rsquo;avance. D&rsquo;ailleurs, la menace ne semblait pas être réelle. Jusqu’à présent, il n’y avait eu que des échauffourées et des bousculades dans la rue. Elle ne voyait pas pourquoi ils ne sortiraient pas maintenant. Elle en avait assez. Assez.</p>



<p>Elena se planta devant la porte blindée et le doigt en l&rsquo;air s&rsquo;apprêta à composer le code de déverrouillage. Matthew lui hurla des insanités. S&rsquo;en suivit une discussion houleuse, — qui avait raison, — l&rsquo;homme a toujours raison, — c&rsquo;était lui le chef, — elle, elle n’avait aucune notion du danger. Mais pourquoi ne pourrait-elle pas faire ce qu’elle voulait au moins une fois dans sa vie. Ce fut à ce moment précis qu&rsquo;elle vit sur leurs écrans de contrôle plusieurs silhouettes pénétrer dans l&rsquo;immeuble. Hypnotisés, Matthew et Elena surveillèrent leur progression grâce aux diverses caméras infrarouges. Une vingtaine de personnes armées d’un impressionnant arsenal, de coutelas et de <em>Tasers</em> fouillaient le noir avec leurs lampes frontales. Chaque étage était évalué, noté et sécurisé. Les logements étaient vides, leurs occupants avaient déguerpi à moins qu&rsquo;ils n&rsquo;aient, comme eux, trouvé refuge dans leur <em>bunker</em> caché au sein même de leur appartement.</p>



<p>Lorsque les assaillants entrèrent dans leur demeure, Elena retint sa respiration et se fit toute petite. Matthew ricana&nbsp;: «&nbsp;Ils ne peuvent pas t&rsquo;entendre, c&rsquo;est insonorisé, inviolable. Regardons ce qu&rsquo;ils veulent et attendons, on ne peut rien faire d&rsquo;autre de toute façon.&nbsp;» Matthew fronça les sourcils. L&rsquo;un d&rsquo;entre eux mesurait les pièces et dessinait le plan sur son bloc-notes. Elena finit par s&rsquo;asseoir et tenta de clouer le bec aux mioches. Que pouvait bien signifier tout ce ramdam&nbsp;? Mais la réflexion n&rsquo;était pas l&rsquo;une de ses qualités premières. Elle s&rsquo;endormit.</p>



<p>Son cher époux la réveilla en lui donnant des tapes sur les cuisses.</p>



<p>— Les connards, ils refont toute la déco&nbsp;!</p>



<p>— Quoi, qui, où suis-je&nbsp;?</p>



<p>— Les vandales, ils sont repartis et revenus avec du matos et des ouvriers. Ils construisent des murs dans les chambres, ajoutent des salles de bain. Et ça, dans tout l&rsquo;immeuble&nbsp;! Viens, regarde l’écran, on peut les suivre à la trace. Et en plus, ils ont remis en marche l’électricité.</p>



<p>— Pourquoi des salles de bain&nbsp;? On en a déjà huit, c&rsquo;est pas suffisant&nbsp;?</p>



<p>— Ils foutent tout en l&rsquo;air&nbsp;! Notre belle pièce de réception, ils la cloisonnent. Avec ça, ils abîment le parquet à chevrons et les moulures design que l&rsquo;on avait fait venir de Paris. Crevures&nbsp;!</p>



<p>— Eh bien, Matthew, qu&rsquo;attends-tu&nbsp;? sort de là et va leur dire de déguerpir&nbsp;!</p>



<p>— <em>Darling</em>, regarde cette caméra. Prends le joystick et vise notre porte de sortie&nbsp;! D’ailleurs, je ne sais pas comment ils l’ont découvert, les salopards&nbsp;!</p>



<p>Une armoire à glace, kalach’ dans les bras protégeait un serrurier qui posait des barres de sécurité sur leur unique issue. Ils étaient faits comme des rats dans leur propre forteresse. Leur seul espoir&nbsp;: que la police ou l&rsquo;armée viennent à leur secours et délogent les envahisseurs. Ils passèrent les jours suivants le nez collé sur les caméras de surveillance.</p>



<p>Un type étrange s&rsquo;installa dans la loge du gardien. Il arriva en tirant un lunatique caddie de supermarché débordant d&rsquo;un bric-à-brac hétéroclite&nbsp;: une lampe à pétrole qui semblait cassée, un gobelet de plastique sale, un immense carton, de gros sacs obèses, une couronne de princesse en toc, un plaid moisi, un réchaud à gaz. Elena faillit s&rsquo;étrangler quand elle le vit punaiser des feuilles de papier journal jaunies sur les murs. Pourquoi ce type ne faisait-il pas appel à un décorateur&nbsp;? C&rsquo;était du grand n&rsquo;importe quoi. La lentille de la caméra zooma sur l&rsquo;une des pages&nbsp;: des graphies mystérieuses qui ne ressemblaient pas à de l’anglais. Matthew lui apprit qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;arabe. Enfin, il le supposait. Le sang d’Elena se glaça&nbsp;: un terroriste, c&rsquo;était un terroriste&nbsp;! Et il s&rsquo;était installé, pile ici, dans leur immeuble cossu de la <em>Fifth Avenue</em>&nbsp;!</p>



<p>Les travaux de réaménagement prirent fin au neuvième jour. Elena avait failli plusieurs fois s&rsquo;évanouir devant la médiocrité des matériaux utilisés et le style choisi&nbsp;: une bête peinture blanche recouvrait les banales plaques de plâtres montées à la va-vite. Pas du blanc coquille d&rsquo;œuf, opalin, saturne, ou céruse, non, juste du blanc violent dans sa vulgarité. Mais dans quel monde vivait-on&nbsp;? Prisonnière de son propre fortin, Elena avait fini par se bouffer tous les ongles. La réserve d&rsquo;alcool avait fondu comme neige au Sahara et Matthew errait dans un état comateux sous l’influence combinée du <em>Prozac</em>, <em>Xanax</em> et <em>Prilosec</em>. Les seuls à s&rsquo;en sortir, c&rsquo;était les gamins. Ils s&rsquo;accommodaient de l&rsquo;exiguïté des lieux, des mets insipides réchauffés du micro-ondes et de la liberté que leurs parents leur accordaient. Ils avaient à peu près tout détruit dans le <em>bunker</em> et s&rsquo;amusaient à construire des trucs bizarroïdes avec les pièces du puzzle&nbsp;: morceaux de plastiques, reste de nourriture, bouteilles vides.</p>



<p>Le dixième jour arriva et Elena se pomponna comme elle put. Difficile sans l&rsquo;aide de sa <em>maid</em>.</p>



<p>— À quelle heure vont-ils venir nous ouvrir&nbsp;?</p>



<p>Matthew partit dans un colossal éclat de rire. Elle crut qu&rsquo;il allait avoir une crise cardiaque. Son visage était devenu cramoisi et des larmes jaillissaient tels des geysers de ses yeux injectés de sang. Un hoquet intempestif prit le dessus. Entre deux hics, elle entendit «&nbsp;pauvre fille&nbsp;», «&nbsp;naïve&nbsp;», «&nbsp;mourir ici&nbsp;» et d’autres idioties. Elle se rassit, tapotant sur l&rsquo;accoudoir. Elle attendrait qu&rsquo;il se ressaisisse, elle n&rsquo;était pas à deux minutes près. Du coin de l’œil, elle observa le nouvel occupant de la loge du gardien. Elle devait admettre qu’il s’était pas mal débrouillé pour décorer – tout seul – son unique pièce dans une ambiance brocante-vintage-surréaliste. Elle préférait le minimalisme, mais pourquoi pas, après tout.</p>



<p>Elle se leva d’un bond, une foule compacte entrait dans l’immeuble. Quelques types, dossard fluo, les guidaient. L’un d’entre eux fit déguerpir le pauvre gars de la loge à coups de pied dans l’arrière-train. Au même instant, un couple et leurs enfants entrèrent dans leur appartement. Puis d&rsquo;autres et d&rsquo;autres encore. Elle les vit prendre possession des lieux, poser quelques objets personnels, s&rsquo;asseoir sur des lits de fortune. Elle compta une dizaine de familles. Son hâle se fanait peu à peu.</p>



<p>— Matthew, ces gens-là, ça veut dire quoi&nbsp;?</p>



<p>— Ça veut dire, ma chère, que l&rsquo;on s&rsquo;est fait avoir comme des couillons.</p>



<p>— Mais&#8230;</p>



<p>— L’autre jour, quand le gouvernement a annoncé l&rsquo;état d&rsquo;urgence…</p>



<p>— Catastrophique&nbsp;! J’étais sur le point de sortir déjeuner au <em>Pierre</em>.</p>



<p>— Il nous a incités à nous mettre en sécurité, tu te rappelles&nbsp;? Et bien, il mentait. Sous la contrainte. C’est clair comme de l’eau <em>Bling H²O&nbsp;</em>! À mon avis, les anars’ ont pris le pouvoir. Et leur première mesure, c’est l’expulsion des milliardaires, des <em>happys fews</em>, de leurs <em>penthouses</em>.</p>



<p>— Pour quoi faire&nbsp;?</p>



<p>— Elena, t’as rien vu&nbsp;? Ils ont créé plusieurs appartements dans nos six cents mètres carrés. Ils ont fait de même dans tout l&rsquo;immeuble et selon toute probabilité, dans tous les immeubles de standing de notre quartier.</p>



<p>— Mais à quoi ça sert tous ces studios&nbsp;?</p>



<p>— Réfléchis, <em>damned</em>&nbsp;! C&rsquo;est pour loger tous ces gens. Tous ceux qui n&rsquo;ont pas de toit à New York, des sans-abri, des émigrés, que sais-je&nbsp;?</p>



<p>— Oh&nbsp;! Et nous alors&nbsp;?</p>



<p>— Nous&nbsp;? Ha&nbsp;! Nous, ils vont nous laisser moisir ici. On est foutu Elena. Foutu. On va crever&nbsp;!</p>



<p>— Mince alors&nbsp;! Ce soir je dois assister au <em>charity ball </em>que la Reine de Jordanie organise en faveur des enfants aveugles. Tu crois qu&rsquo;ils me permettront d’y aller&nbsp;?</p>
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		<title>L&#8217;affaire de deux cercles</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/laffaire-de-deux-cercles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 09:56:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[satirique]]></category>
		<category><![CDATA[social]]></category>
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<p>La partie de boules s&rsquo;éternisait sous un soleil qui ne faiblissait guère. Le Marcel avait dû se coltiner le Parigot qui jouait comme on joue aux billes, en s&rsquo;amusant. Il ne prenait jamais rien au sérieux et la série de pastis qu&rsquo;il venait d&rsquo;ingurgiter avec des glaçons —&nbsp; oh pauvre&nbsp;— n&rsquo;arrangeait en rien ses affaires. C&rsquo;est qu&rsquo;il avait la cuite joyeuse, le Georges. Il rigolait, il buvait, il donnait de grandes tapes dans le dos de ses acolytes en lançant&nbsp;: «&nbsp;Mais c&rsquo;est pas grave, ce n&rsquo;est qu&rsquo;un jeu&nbsp;!&nbsp;» Ils étaient menés onze à zéro et leurs adversaires criaient «&nbsp;Fanny, Fanny&nbsp;» de plus en plus fort en se tenant les côtes de rire. Le Georges souriait avec béatitude. Il devait connaître la coutume, le bougre. C’est alors que le Marcel eut une idée de génie. Il lâcha au Parisien&nbsp;: «&nbsp;Té, vé, chez nous, à Pernes, on lui caresse les nichons, à la Fanny&nbsp;!&nbsp;» Comme ses amis le regardaient d&rsquo;un drôle d&rsquo;air, il leur fit un gros clin d&rsquo;œil tout en expliquant au Georges&nbsp;: «&nbsp;Quand on perd treize à zéro, d’habitude ici dans le Comtat Venaissin et partout en Provence, on doit embrasser le cul de la Fanny, une image ou une statue, pas une vraie demoiselle, té, faut pas rêver&nbsp;! Bé, chez nous, on fait pas ça. On doit aller en cortège jusqu&rsquo;au Centre Culturel des Augustins et là, le perdant doit caresser les nénés de la nana du tableau qui est accroché dans le hall. Tu sais, le dessin de cette fille rousse à poil.&nbsp;» Les autres commençaient à comprendre et ajoutaient force détails&nbsp;: «&nbsp;Vé, celle aux yeux verts qui te traversent si bien la peau qu&rsquo;elle te la troue&nbsp;» ou «&nbsp;Et la procession, c&rsquo;est en chantant que tu dois la faire&nbsp;» ou encore «&nbsp;Voui, et il faut se mettre à genoux devant la Fanny&nbsp;». Georges intervint alors&nbsp;: «&nbsp;Oui, je vois de quel tableau il s&rsquo;agit, celui qui semble avoir été dessiné par Toulouse-Lautrec&nbsp;? C&rsquo;est drôle, je n&rsquo;avais jamais entendu parler de cette coutume auparavant. Et l&rsquo;autre cercle, il fait aussi comme ça&nbsp;?&nbsp;»</p>



<p>Il est vrai que le village de Pernes-les-Fontaines avait sa petite spécialité&nbsp;: elle comptait deux cercles de boules. Le Cercle des Boulomanes de Pernes, du bord de la Nesque, celui où d’ordinaire Georges taquinait le cochonnet et la Boule Pernoise du haut du village, plus snob, parce que fréquenté par les bourgeois qui avaient fait construire leur villa de style faux provençal sur la colline, dans la pinède. D&rsquo;ailleurs, au cercle du Bas, on n&rsquo;avait jamais compris pourquoi le Parigot n&rsquo;avait pas choisi l&rsquo;autre camp.</p>



<p>«&nbsp;Comme je te dis, c&rsquo;est la coutume à Pernes, les deux cercles font comme ça&nbsp;», répliqua le Marcel. Quelques regards inquiets furent jetés subrepticement entre les participants. Le club du Haut étant l&rsquo;ennemi numéro un, il y avait peu de chance pour qu&rsquo;il accepte de jouer cette comédie à l&rsquo;<em>esstranger</em>. «&nbsp;Bien, bien&nbsp;», conclut Georges, «&nbsp;il ne me reste plus qu&rsquo;à perdre pour tester cette drôle de pratique&nbsp;». Et en effet, il perdit la partie.</p>



<p>Sous les hurlements des boulistes et des enfants qui s&rsquo;étaient rassemblés en masse pour voir le spectacle, Georges et Marcel furent escortés avec panache. Marcel prétendit que seul l&rsquo;un des coéquipiers devait se plier à la cérémonie et que puisque Georges était le nouveau, c&rsquo;était un honneur qui lui revenait. Le Parisien accepta de bonnes grâces, trouvant même le courage de plaisanter. C&rsquo;est vrai qu&rsquo;il prenait tout à la légère. Ça devait être une caractéristique des habitants de la capitale.</p>



<p>La grimpée jusqu&rsquo;au Centre Culturel fut scénique. Le «&nbsp;public&nbsp;» demanda à Georges d&rsquo;entonner plusieurs comptines grivoises qui firent glousser les enfants et s&rsquo;esclaffer les hommes. L&rsquo;on s&rsquo;attendait à ce qu&rsquo;il rie jaune, qu&rsquo;il rougisse ou se cache. Mais non, il s&rsquo;époumonait avec l&rsquo;allégresse des bienheureux. Plus il s&rsquo;amusait, plus les spectateurs lançaient des défis grotesques. Les femmes, qui ne participaient d&rsquo;ordinaire pas à ce genre de manifestations, sortirent sur le pas de leur porte en hochant la tête. Enfin, tant que le Parisien se régalait&nbsp;!</p>



<p>C&rsquo;était sans compter les enfants. Certains d&rsquo;entre eux prirent l&rsquo;initiative d&rsquo;aller avertir le cercle du Haut que l&rsquo;on vit descendre à la rencontre du cortège. Les deux groupes s&rsquo;arrêtèrent à dix mètres l&rsquo;un de l&rsquo;autre pour se jauger. Le silence était retombé sur les fanfarons, laissant place aux cigales et aux chuchotements des gamins. Georges s&rsquo;était tu lui aussi, ne comprenant pas bien ce qui se passait. Les deux chefs se regardèrent, prêts à en découdre. Le Marcel s&rsquo;était caché en douce derrière le Louis par peur d&rsquo;écoper des foudres de la meute. Trois bonnes minutes s&rsquo;écoulèrent sans que personne n&rsquo;osât avancer un mot. En Provence, quand personne ne parle, c&rsquo;est synonyme de deuil national. Et encore, une minute de silence c&rsquo;est déjà beaucoup.</p>



<p>Le responsable du cercle du Haut prit alors la parole en s&rsquo;adressant à Georges&nbsp;: «&nbsp;Monsieur l&rsquo;<em>esstranger</em>, chantez-nous une chanson bien de chez vous et montons ensemble voir la Fanny.&nbsp;» Ce fut le signal tant attendu. La foule poussa un immense soupir collectif qui s&rsquo;entendit jusqu&rsquo;à Marseille. Les couillonneries et les moqueries reprirent de plus belle, agrémentées des piques du nouveau groupe.</p>



<p>Si la plaisanterie avait amusé Georges jusqu&rsquo;à présent, la tournure des événements sembla fort lui déplaire. Jouer aux boules avec des péquenots, c’était amusant tant qu’il arrivait à cacher son mépris sous un sourire artificiel. Amuser la galerie, faire le clown dans les rues de la ville, pourquoi pas&nbsp;: il était si supérieur à ces ploucs&nbsp;! Mais lorsque les deux frères ennemis se liguèrent contre lui, il se sentit ridiculisé. Il crut que le mépris avait changé de camp. Il refusa de chanter, pourtant pressé par la populace. Il accepta de s&rsquo;agenouiller devant le tableau et caressa furtivement les seins de la jolie rousse pour satisfaire aux exigences de la «&nbsp;tradition&nbsp;», mais il ne riait plus. Une fois la cérémonie terminée, il quitta les boulistes et l&rsquo;on ne le revit jamais à Pernes.</p>



<p>Depuis ce jour-là, les deux cercles entretinrent des rapports de bon voisinage et organisèrent même, de temps à autre, des compétitions amicales. Mais lorsque le verbe se faisait trop haut, qu&rsquo;une empoignade risquait de mal tourner, il y avait toujours quelqu&rsquo;un pour murmurer «&nbsp;Fanny, Fanny&nbsp;».</p>
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			</item>
		<item>
		<title>La daube en sauce</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/la-daube-en-sauce/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Feb 2026 12:48:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[absurde]]></category>
		<category><![CDATA[satirique]]></category>
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					<description><![CDATA[Commencez par découper 2 bouvreuils en 6 morceaux, éventuellement après les avoir plumés, vidés et étêtés (selon vos goûts personnels). Mettez-les à mariner dans une émulsion éburnéenne que vous aurez réalisée au préalable avec 50&#160;cl de lait de coco, 2 feuilles de curry (Kaloupilé), 1 petit piment rouge coupé en deux et épépiné et quelques [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Commencez par découper 2 bouvreuils en 6 morceaux, éventuellement après les avoir plumés, vidés et étêtés (selon vos goûts personnels).</p>



<p>Mettez-les à mariner dans une émulsion éburnéenne que vous aurez réalisée au préalable avec 50&nbsp;cl de lait de coco, 2 feuilles de curry (Kaloupilé), 1 petit piment rouge coupé en deux et épépiné et quelques grains de poivre.</p>



<p>Pendant que les oiseaux trempotent, défoliez un baby plant de yucca et hachez l&rsquo;équivalent de 5 grosses pognes d&rsquo;homme des bois.</p>



<p>Faites revenir 1 oignon émincé dans de l&rsquo;huile d&rsquo;olive, jetez le hachis de plante verte et déglacez avec 3&nbsp;dl de vin de pêche que vous aurez préalablement chaptalisé avec 2,5&nbsp;kg de sucre. Laissez caraméliser.</p>



<p>Retirez le gibier de la marinade et suspendez-les à la corde à linge pour les égoutter quelques longues minutes.</p>



<p>Ajoutez la purée caramélisée à la marinade et amalgamez le tout avec grâce. Donnez un bouillon et patientez pendant que ça refroidit.</p>



<p>Avec une louche, enlevez un peu de jus surnuméraire et extrapolez ce que vous pourriez en faire. Pendant que vous réfléchissez, armez-vous du journal régional (et profitez-en pour relire les promesses électorales) puis froissez-le avec soin. N’ayez pas peur, les palinodies de votre candidat local ne vous exploseront pas à la figure. Mettez ces boulettes de côté.</p>



<p>Dans de l&rsquo;huile d&rsquo;olive première pression, saisissez à vif les bestioles asséchées et déposez les morceaux dans une cocotte en céramique. Couvrez avec le reste de sauce.</p>



<p>Éliminez la coke, le hasch et la calamine du poêle à combustion lente du salon. Selon le principe du pollueur-payeur, versez le tout dans la benne à ordure du supermarché le plus proche.</p>



<p>Au fond du poêle, lancez quelques bûchettes que vous aurez taillées le matin même à la machette, déposez dessus les boulettes de papier journal et allumeeeeez le feu (!). Nichez la marmite au creux des braises et poireautez une dizaine d&rsquo;heures.</p>



<p>Lorsque la volaille atteint une dureté adamantine, servez sans attendre à votre belle-mère.</p>



<p>Bon appétit&nbsp;!</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Cristina Córdula</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/cristina-cordula/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Feb 2026 20:23:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[humour]]></category>
		<category><![CDATA[satirique]]></category>
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					<description><![CDATA[Ma chériiiiie&#160;! tu vois, c&#8217;était un sublaïme après-midi de septembre, le temps idéal pour faire du shopping, pas trop chaud, pas trop froid, juste parfait. Alors, la nana, une blonde canon, mais ca-non, je te dis, un «&#160;8&#160;» parfait, probablement la petite cinquantaine, mais franchement, je te juuuuure, on ne lui en donnerait pas plus [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Ma chériiiiie&nbsp;! tu vois, c&rsquo;était un sublaïme après-midi de septembre, le temps idéal pour faire du shopping, pas trop chaud, pas trop froid, juste parfait. Alors, la nana, une blonde canon, mais ca-non, je te dis, un «&nbsp;8&nbsp;» parfait, probablement la petite cinquantaine, mais franchement, je te juuuuure, on ne lui en donnerait pas plus que quarante. Elle avait un sac démentiel. Bref, elle est entrée chez «&nbsp;Saint-Flour&nbsp;» et a commandé un <em>latte macchiato</em>. Tu sais que Roberrrto, il fait des latte comme un dieu&nbsp;?</p>



<p>Elle s&rsquo;est installée près de la fenêtre, a mis ses jambes en valeur, oh et ses chaussures, je ne t&rsquo;ai pas parlé de ses chaussures&nbsp;? Bon, bon, une autre fois, d&rsquo;accord&nbsp;! Alors, elle était assise là à siroter tranquillement son <em>latte</em>, quand un jeune homme s&rsquo;est approché et lui a demandé l&rsquo;heure. Tu vois Cannes&nbsp;? Tu vois Hollywood&nbsp;? C&rsquo;est lui ma chérie&nbsp;! La chance, je te jure&nbsp;!</p>



<p>Et bang&nbsp;! le serveur est arrivé comme Zorro, s’est planté entre les deux et l’a renseigné. Non, mais non, mais non, mais non&nbsp;! ce n&rsquo;est pas pos-si-ble&nbsp;! Heureusement, la femme a renvoyé le serveur illico derrière son comptoir et a sauté sur l&rsquo;occasion pour inviter le demi-dieu à sa table. Mais non, pas Roberrrto, le jeune inconnu, faut suivre ma chérie&nbsp;!</p>



<p>Bon, je ne sais pas de quoi ils ont causé, mais ils semblaient bien s&rsquo;entendre. Ils sont restés des heures là, à siroter des <em>macchiato</em> et déguster des macarons. Ma chériiiie, t&rsquo;as goûté ceux framboise-romarin&nbsp;? Une tuerie, je te dis. Ceci dit, je ne sais pas comment elle fait pour rester mince avec tout ça. Elle doit avoir un métabolique spécial.</p>



<p>Et tu sais quoi, ma chérie&nbsp;? Ils sont repartis ensemble&nbsp;! Je les ai vus aller au Jardin botanique et c&rsquo;est là, bang&nbsp;! qu&rsquo;ils sont tombés sur le mari. Oui, son mari à elle&nbsp;! Hyper bien zappé, un costume de chez Julien Scavini, grand, très bien conservé. Mais bon, la coloration comme ça, noire, avec sa tête qui affiche quand même un certain chiffre au compteur, ça ne va pas, mais pas du tout&nbsp;! C&rsquo;est la cerise sur le pompon, je te jure.</p>



<p>Oh lalaaaa lalaaaaaaaaaa, mais tu ne devineras jamais qui le mari tenait dans ses bras&nbsp;? Une toute jeune femme. Mais c&rsquo;est l&rsquo;horreur&nbsp;! C&rsquo;est pas possible ses sourcaïls, c&rsquo;est la forêt amazonique. Aucun staïle, un long pull qui couvrait toute sa silhouette, un «&nbsp;H&nbsp;» probablement, alors qu&rsquo;elle aurait pu être jolie. Ah non, mais là il faudrait tout changer&nbsp;! Et son maquillage, <em>my god</em>&nbsp;! On aurait dit qu&rsquo;elle s&rsquo;était tartinée avec le reste du petit-déj. Il faut dire qu&rsquo;elle avait pleuré et que ça avait tout barbouillé. Oui, ma chérie, je sais qu&rsquo;elle avait pleuré, parce qu&rsquo;elle avait les yeux rouge&nbsp;! Même quand on ne sait pas se maquiller, on ne se met pas du rouge sur les yeux. Un premier vrai chagrin d&rsquo;amour apparemment. Pauvre petiote, heureusement que sa famille était là pour la soutenir.</p>



<p>Quoi, mais qu&rsquo;est-ce que tu avais imaginé&nbsp;? Un jour, ça va te jouer des tours ma chérie. Bien sûr, c&rsquo;était son père et sa mère. Et le jeune homme&nbsp;? son frère, évidemment. Oh lalaaaaaa lalaaaa, mais ma chériiiiie&nbsp;!</p>
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