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	<title>psychologique &#8211; Alice de Castillon &#8211; Autrice</title>
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	<description>Courtes histoires à lire entre deux pauses</description>
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	<title>psychologique &#8211; Alice de Castillon &#8211; Autrice</title>
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		<title>Les sortilèges de dieu</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 10:27:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[psychologique]]></category>
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<p>La crotte de pigeon avait éclaboussé le haut du pare-brise et perlait par paquets vert marron striés jaunasse. Bien entendu, il n&rsquo;y avait plus de détergent dans le réservoir et l&rsquo;essuie-glace chuintait sur la vitre en étalant la merde partout. Elle chercha un espace vierge de toute souillure et ce n&rsquo;est qu&rsquo;au prix de quelques acrobaties et une ecchymose — le frein à main lui avait harponné la fesse — qu&rsquo;elle dénicha un œilleton susceptible d&rsquo;y coller son nez. De là, elle voyait le balcon du salon et la fenêtre de la cuisine, de ce qu&rsquo;elle supposait être la cuisine d&rsquo;Hélène, de cette fourbasse, sa rivale. Le mot, à peine formé dans son esprit, plongea dans son cœur et la haine se gonfla à nouveau, chassa tout ce qui pouvait encore s&rsquo;y trouver. Elle se souvint d&rsquo;un jour de printemps, il y a dix-huit ans, sur le point de donner naissance à son premier fils, où elle fut prise d&rsquo;une frénésie ménagère&nbsp;: la maison devait être nette pour accueillir ce nouvel être. Les bibelots accumulés lors des vacances en amoureux, les attrape-rêves et même les livres, tout fut entassé, vaille que vaille dans un grand carton destiné à Emmaüs. Des choses neuves, plus douces, une cargaison d&rsquo;amour avaient pu alors prendre place sur les étagères. Aujourd’hui, l&rsquo;inverse venait de se produire dans son âme&nbsp;: les belles choses, les tendres souvenirs, tout cela avait été balayé d&rsquo;une seule parole&nbsp;: «&nbsp;Je te quitte&nbsp;!&nbsp;». La haine, la vengeance, des trucs rugueux qui font mal avaient investi les lieux. Elle s’agrippa au couteau à viande avec fermeté.</p>



<p>L&rsquo;homme qu&rsquo;elle avait aimé depuis le lycée, qu&rsquo;elle n&rsquo;arrivait pas — encore — à ne plus aimer, devait se trouver là-haut. Dans ce deux pièces de misère, dans cet immeuble laid, dans ce quartier de banlieue sans intérêt. Auparavant, il n&rsquo;aurait daigné s&rsquo;aventurer ici. Trop banal, trop <em>looser</em>, de ces endroits envahit par cette classe moyenne très moyenne, dans ses choix, ses amours, ses passions, trop pépérisant, pas assez raffiné. Et pourtant, il était là-haut avec cette ignoble voleuse d’hommes, à boire du champagne, tous deux nus dans des draps de soie froissés. Entre les amas écrasés du pigeon, elle ne pouvait qu&rsquo;imaginer ce lit, la couleur de la literie. Mais elle en était certaine, il lui avait offert une parure luxueuse. En lin peut-être&nbsp;? Non, quelque chose de velouté comme devait l&rsquo;être sa petite culotte bordée de dentelle qui mettait en charme ses atouts fraîcheurs. Vingt ans à peine, la garce. Une gamine aux joues pleines, aux longs cheveux auburn. Quelque part entre la vamp et l&rsquo;innocence.</p>



<p>À la réflexion, la fille lui importait peu. Elle ne représentait qu’une vulgaire parenthèse dans sa vie de couple. Peut-être même qu’il y en avait eu d’autres auparavant. Celle-ci n’avait après tout qu’une envergure un peu plus large. Un temps mort à combler. Quelque chose dans la norme biologique de l’homme. Avec un tout petit «&nbsp;h&nbsp;». Cet enfoiré qui n’a pas su restreindre ses pulsions primaires, qui bouleversait son existence à elle&nbsp;! Elle, victime de ce foutoir. Elle n&rsquo;avait rien vu venir.</p>



<p>Ces dernières années, la tête engoncée dans les soucis de sa marmaille, son horizon s&rsquo;était rétréci, aux zones&nbsp;: école / activités extrascolaires / café des mamans. Elle avait bien tenté de se relancer sur le marché du travail, mais elle n&rsquo;avait peut-être pas mis toute la conviction nécessaire. Se rehausser au niveau des jeunasses dont la dextérité à l&rsquo;ordinateur frisait l&rsquo;impertinence, se retrouver à l&rsquo;ombre d&rsquo;un boss paternaliste alors qu&rsquo;elle avait amassé en elle toutes les prérogatives de l&rsquo;autorité, non merci. Et puis, surtout, l&rsquo;idée de perdre ses microsecondes de liberté qu&rsquo;elle arrivait à grappiller entre les recoins d&rsquo;une journée emplie de bulles crayonnés de l&rsquo;enfance. L&rsquo;image d&rsquo;une mère crevant une à une ses bulles, tassant leur contenu dans un sac à dos susceptible être transporté à droite, à gauche. Une mère qui pourrait ainsi récupérer l&rsquo;air et l&rsquo;espace pour aller se faire exploiter dans un bureau. Cette horrible idée de compresser le temps qu&rsquo;elle consacrait d’ordinaire à sa progéniture. Tout cela l&rsquo;avait horripilé. Elle n&rsquo;avait donc pas aiguisé ses dents ni remonté sa jupe sur ses cuisses ou affûté son curriculum vitae. Pourtant, elle avait été froissée quand les refus s&rsquo;étaient empilés dans sa boîte aux lettres.</p>



<p>Elle devinait que cette Hélène devait parader en petite tenue sur son balcon, le matin, un café aux lèvres, orgueilleuse de jeunesse. Elle travaillait peut-être dans l&rsquo;une de ses grandes tours de verre, pas très loin, dans ce quartier d&rsquo;affaires chic où tous les employés trottaient d&rsquo;un pas fiévreux. Rien à voir avec le rythme des mères dans les bacs à sable. Elle ne pouvait soutenir la comparaison avec cette pétasse.</p>



<p>Ankylosée d&rsquo;être restée de trop longues minutes étirées en italique, elle se reprit une position plus normale sur le siège du conducteur. La boue brunâtre avait commencé à sécher sous le mistral. Elle réitéra le balayage des essuie-glaces. Quelques morceaux s&rsquo;agglutinèrent sur le caoutchouc et formèrent petit à petit une boule dense, emportant avec elle d&rsquo;autres particules. La vitre était encore bariolée, mais la crasse s&rsquo;était éclaircie. Elle n&rsquo;arrivait toujours pas à percer l&rsquo;intérieur de l&rsquo;appartement où devait batifoler son mari, mais sa vision se fluidifiait. Elle fit tourner le couteau à viande sur son pouce. La pointe était aiguisée à souhait.</p>



<p>Elle était née sous une mauvaise étoile, le sort s’acharnait sur elle. Elle attirait les merdes comme un parachierie. N&rsquo;avoir pas été capable de retrouver un travail n&rsquo;avait somme toute été qu&rsquo;un élément parmi d&rsquo;autres. Sa vie avait été piquetée de confettis d’agacements. Pas des gros trucs, mais des ennuis qui s’enchaînaient sans discontinuer. À croire que les éruptions de la colère divine entraînaient des dommages collatéraux dont elle écopait. Comme si elle recevait les micros brisures d’une vitre explosée dans le lointain. Juste quelques éclaboussures sans gravité. Mais à la longue, c’était épuisant.</p>



<p>Élever ses enfants n’avait pas été une sinécure. Entre les dents de l’aîné, la dépression du second, les notes en chute libre de sa fille, elle n’avait guère pu respirer. Une embrouille résolue, et hop&nbsp;! une autre se profilait à l’horizon. Une succession sans fin. Alors, quand son homme lui avait déclaré, d’une voix pressurisée, qu’il l’a quittait, sa réaction première — son unique réaction — fut de glapir&nbsp;: «&nbsp;A non&nbsp;! pas <em>encore</em> une tuile&nbsp;? ça suffit, j’ai eu ma dose&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>Les enfants avaient tous dépassé les caps difficiles et même si la dernière était sur le paillasson de l’adolescence, elle pressentait que les choses ne s’annonçaient enfin pas trop mal. Elle avait réussi à lever la tête de son microcosmique tourbillon. Son panorama s’élargissait et le monde extérieur s’entrouvrait peu à peu. Alors non, pas ça, pas maintenant&nbsp;!</p>



<p>Son mari à peine sorti, elle s’était ruée à sa poursuite, le filant avec discrétion. Elle patientait là, en bas de cet immeuble sans grâce, depuis près de deux heures. Elle ne tenait pas tant à rencontrer cette Hélène. Si elle ne voyait rien, ne savait rien, cela voulait-il dire que cela n’existait pas&nbsp;? Son homme lui reviendra, elle en était certaine. Ce n&rsquo;était qu&rsquo;une passade, la crise de la quarantaine, l&rsquo;appel de la chair fraîche, un souvenir à revivre avant qu&rsquo;il ne soit trop tard. Bien. Elle lui laisserait ce bain de jouvence.</p>



<p>Non ce qu’elle souhaitait, c’était à tout prix renverser la vapeur. Les crachotis du ciel, ces dommages collatéraux, elle allait les faire converger vers cette pouffe. Des petites tracasseries, rien de bien méchants, juste assez pour rendre l’existence plus grumeleuse. Hélène en serait irritée et ça se répercuterait sans doute sur sa vie amoureuse. Elle commencerait par bousiller sa boîte aux lettres et lacérer son courrier. Très ennuyeux de perdre des factures. Quant à remplacer la boîte, c’était le cirque administratif assuré. Elle imaginerait la suite au fur et à mesure. Mais elle songeait d’ores et déjà à altérer la crème de jour de cette idiote afin d’égayer ses joues peau de pêche de disgracieux boutons rouges.</p>



<p>Elle sortit de la voiture, racla le pare-brise avec un Sopalin et armé de son couteau à viande, se dirigea vers l’entrée de l’immeuble.</p>
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		<title>Vingt secondes…</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/vingt-secondes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 05 Feb 2026 16:28:50 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[ironique]]></category>
		<category><![CDATA[psychologique]]></category>
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					<description><![CDATA[Ces sales bestioles s&#8217;infiltrent par millier dans la cave. Ils connaissent bien ma phobie des araignées, ces connards, abrités derrière leurs écrans. La caméra fixe la sueur qui dégouline de mon front, mon rictus en biais, mes poings serrés. Dix secondes&#8230; Où se cache cette foutue clé ? La lumière baisse. Le plafond, les murs et&#8230; [&#8230;]]]></description>
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<p>Ces sales bestioles s&rsquo;infiltrent par millier dans la cave. Ils connaissent bien ma phobie des araignées, ces connards, abrités derrière leurs écrans. La caméra fixe la sueur qui dégouline de mon front, mon rictus en biais, mes poings serrés. Dix secondes&#8230; Où se cache cette foutue clé ? La lumière baisse. Le plafond, les murs et&#8230; argh ! le sol se tapissent de noir velu. C&rsquo;est l&rsquo;invasion. Six, cinq secondes&#8230; Je vois enfin la clé, allonge le bras : trop loin ! L&rsquo;un des monstres me barre le passage. Gong ! Les autres candidats filent à l&rsquo;épreuve suivante. Et moi ? À l&rsquo;aide !</p>
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		<title>La citadelle des fragments</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/la-citadelle-des-fragments/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 05 Feb 2026 11:41:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[drame]]></category>
		<category><![CDATA[psychologique]]></category>
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<p>Vert&nbsp;! c&rsquo;est ça, vert. Jamais ce mot n&rsquo;aurait dû sortir de sa bouche, elle avait tenté de le ravaler aussitôt, fermant ses lèvres avec la paume de ses deux mains&nbsp;; l&rsquo;avait-il entendu&nbsp;? À l’évidence. Il entendait tout, notait tout sur son petit carnet noir. Pourquoi ce mot avait-il jailli avec la brutalité d’une explosion, un bouchon de champagne qui saute, une bouteille qu&rsquo;on aurait trop secouée et pop&nbsp;! le mot avait été expulsé sans qu&rsquo;elle puisse y faire grand-chose pour le retenir. Dans deux minutes, il allait lui répéter le mot&nbsp;: vert&nbsp;? espérant ainsi la pousser à s&rsquo;expliquer. Mais elle ne dirait rien, rien de plus. Il fallait absolument garder tous ces mots interdits bien enfuis au fond de son âme, citadelle imprenable, fermée à double tour, avec une clé qu&rsquo;elle avait perdue et que personne ne devrait retrouver, même pas lui avec ses grands airs d&rsquo;intello et son carnet noir. Surtout pas lui. Voilà, ça y est, il avait répété le mot, attendait avec patience qu&rsquo;elle reprenne&nbsp;; mais reprendre quoi au juste&nbsp;? elle ne savait même pas pourquoi elle avait prononcé ce mot-là, pourquoi pas «&nbsp;jaune&nbsp;» ou «&nbsp;bleu&nbsp;»&nbsp;? Elle savait juste qu&rsquo;elle n&rsquo;aurait jamais dû le laisser s&rsquo;évader. Jamais.</p>



<p>Hier, ou était-ce avant-hier ? elle perdait souvent le fil du temps, égarée dans un monde indéfini où les repères se faisaient flous (était-ce le soir ou le matin, le déjeuner ou le dîner), la faute à tous ses cachets qu&rsquo;on la forçait à avaler « pour son bien », elle les avalait, parce qu&rsquo;elle n&rsquo;avait jamais appris à refuser ce que l&rsquo;Autorité lui imposait (c&rsquo;était le médecin, il détenait la Connaissance ; pourquoi aurait-elle discuté ses ordres ?). C&rsquo;était donc à la séance d&rsquo;hier ou d&rsquo;avant-hier, qu’un autre mot avait jailli, lui aussi, sans qu&rsquo;elle puisse le retenir : charognard. Elle n&rsquo;avait jamais vu ce genre de bestiole, ni dans la nature, ni dans un quelconque parc ornithologique, alors pourquoi ce mot, ce fragment sorti du néant, sans aucun lien avec d&rsquo;autres éléments familiers ? Le psy avait ainsi noté « charognard » à côté de « maman » et « strident »  ; il venait d&rsquo;ajouter « vert ».</p>



<p>Trop de mots évadés, trop&nbsp;! Elle avait peur, une peur viscérale qui lui tailladait le ventre de l&rsquo;intérieur, il ne fallait pas qu&rsquo;il trouve la clé, ça ne doit pas s&rsquo;échapper de là&nbsp;; Dieu l&rsquo;a dit, Dieu le veut. De toute façon, elle n&rsquo;aimait pas ce médecin, obséquieux, snob, trop sûr de lui, hautain, détestable en tout point, et d’ailleurs, pourquoi s&rsquo;habillait-il toujours en noir&nbsp;? il voulait se donner un genre, style «&nbsp;architecte de renom ascétique&nbsp;», épuré comme son œuvre, aller à l&rsquo;essentiel, vers les tréfonds de son âme. Il n&rsquo;obtiendrait pas d&rsquo;autres mots. Elle n&rsquo;avait pas confiance. Elle craignait que sa cocotte-minute fût sur le point d&rsquo;entrer en éruption, que d&rsquo;autres fragments risquaient de s&rsquo;échapper et pire, qu’un torrent de lave et de boue se répande bestialement. Et elle ne pourrait rien faire, rien, c&rsquo;était un processus autonome, indépendant de sa volonté, elle n&rsquo;était que la gardienne (une bien piètre gardienne) de ce feu bouillonnant, une excroissance d&rsquo;elle-même, un autre «&nbsp;je&nbsp;», un ruisseau à canaliser, mais oh&nbsp;! comme cela devenait insupportable. Elle se sentait faiblir de jour en jour, les séances s&rsquo;enchaînaient à un rythme endiablé, lui semblait-il, d&rsquo;une, tous les trois jours à son arrivée ici, au centre hospitalier sur la colline de Montfavet, dans l&rsquo;unité spécialisée pour les malades difficiles, disait-on avec pudeur (comme si on avait besoin de prendre des gants avec des gens comme elle), ils étaient passés à des séances quotidiennes ou même biquotidiennes, mais cela, elle n&rsquo;en était pas certaine, le temps de repos et les repas se suivaient, eux aussi, à intervalles flous&nbsp;; il faudrait qu&rsquo;elle pense à demander une pendule ou une montre. Elle percevait que son environnement flottait autour d’elle et qu&rsquo;elle n&rsquo;avait plus prise sur rien. Rien.</p>



<p class="has-text-align-center">***</p>



<p>Il avait proposé de l&rsquo;hyp-no-ti-ser (elle séparait chaque syllabe pour tenter de démythifier ce jargon qui lui faisait très peur). C&rsquo;était «&nbsp;pour son bien&nbsp;», pour l&rsquo;aider à comprendre pourquoi elle avait agressé avec une affolante sauvagerie ce petit curé de campagne qu&rsquo;elle n&rsquo;avait jamais rencontré auparavant. Elle-même n’en avait aucune idée. Elle avait fait sa connaissance quelques jours plutôt quand elle était accourue au chevet de sa mère mourante. L&rsquo;homme d&rsquo;Église était là, mais, toute à son chagrin, elle l&rsquo;avait à peine remarquée. Ce n&rsquo;était qu&rsquo;au cimetière, lors de l&rsquo;ensevelissement, alors qu&rsquo;il se penchait sur son front pour la bénir qu&rsquo;elle fut soudain prise d&rsquo;une folie furieuse et qu&rsquo;elle le frappa à plusieurs reprises avec l&rsquo;aspersoir. Sans aucune raison. Personne n&rsquo;avait compris, d&rsquo;ailleurs.</p>



<p>Le psy lui avait donc dit qu&rsquo;une séance d&rsquo;hypnose pouvait l&rsquo;aider à interpréter ce geste incompréhensible qui avait coûté la vie au vieux curé. Elle avait hésité, dialogué lontemps avec elle-même, pouvait-elle prendre le risque&nbsp;; ses mots secrets n’étaient-ils pas menacés&nbsp;? il l&rsquo;avait rassurée, il ne pourrait pas la faire parler contre sa volonté, que seules les choses qu&rsquo;elle accepterait de dévoiler, comme en pleine conscience, pourraient être exprimées. Il était si persuasif, qu&rsquo;elle s&rsquo;était sentie obligée d&rsquo;acquiescer et la voilà donc, là, sur ce divan, apeurée, démunie, face à l&rsquo;imposant médecin qui s&rsquo;apprêtait à l&rsquo;hyp-no-ti-ser.</p>



<p class="has-text-align-center">***</p>



<p>Ses yeux <em>verts</em>, immenses, magnétiques s&rsquo;approchent d&rsquo;elle, l&rsquo;obligeant à rester tranquille, pas bouger, rester sage, chut&nbsp;! pas crier, mais elle hurle, des cris <em>stridents</em>, pas elle, la petite fille qu&rsquo;elle peut voir, maintenant, là, étendue sur le sol au-dessus de laquelle plane un <em>charognard</em>, un vieux curé en soutane, pas celui qu&rsquo;elle a assassiné, non, un autre, plus déplaisant, mais comme l&rsquo;autre, penchée sur elle, souriant d’un air menaçant, lui tenant les bras en croix, s’agitant sur elle, en elle. Elle voit sa mère, vivante, à l&rsquo;autre bout de la pièce, <em>maman</em>, mais non, sa mère est morte, n&rsquo;est-ce pas&nbsp;? où est maman, pourquoi ne bouge-t-elle pas&nbsp;? maman disparaît, une douleur sourde lui fait réintégrer son corps, des yeux marron ont remplacé les yeux verts, mais un rapace plane encore et toujours sur elle, l’ascète a remplacé la soutane, elle voudrait crier, maman&nbsp;! mais maman n&rsquo;est plus&nbsp;; la petite fille n&rsquo;est plus&nbsp;; pas crier, non pas crier, ne rien dire, jamais. Jamais.</p>
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