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	<title>poétique &#8211; Alice de Castillon &#8211; Autrice</title>
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	<description>Courtes histoires à lire entre deux pauses</description>
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	<title>poétique &#8211; Alice de Castillon &#8211; Autrice</title>
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	<item>
		<title>La tombe du temps</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/la-tombe-du-temps/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 10:31:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[poétique]]></category>
		<category><![CDATA[romance]]></category>
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					<description><![CDATA[Mon buste contre ton torse, imberbe, fraise amidonnée, me caresse sous le froufrou des dentelles. Ton nez camus flaire l&#8217;affaire, pluie d&#8217;or et d&#8217;argent. Nos caissettes débordent. Jouissance entre tes longs doigts d&#8217;artiste. L&#8217;amour m&#8217;ensorcelle, mes robes tournoient, éclat opalescent. Nos reflets éclaboussent, ricochent. Abondance, magnétiques attraits, le monde à nos pieds. Puis sourires d&#8217;aisance, [&#8230;]]]></description>
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<p>Mon buste contre ton torse, imberbe, fraise amidonnée, me caresse sous le froufrou des dentelles. Ton nez camus flaire l&rsquo;affaire, pluie d&rsquo;or et d&rsquo;argent. Nos caissettes débordent. Jouissance entre tes longs doigts d&rsquo;artiste. L&rsquo;amour m&rsquo;ensorcelle, mes robes tournoient, éclat opalescent. Nos reflets éclaboussent, ricochent. Abondance, magnétiques attraits, le monde à nos pieds.</p>



<p>Puis sourires d&rsquo;aisance, de bienséance, masque de fer dans des atours de velours. Chute démoniaque, perruque mitée, le vide s&rsquo;engouffre dans nos coffres. Force centrifuge, évacuation du monde. Disparition. Désillusions. Mais l&rsquo;amour, bouclier, rempart du mal et de la trahison nous drape, nous enserre. Nus sur des planches de bois disjointes, rien que nous deux. Boire à la vie, au renouveau. Des plaisirs de chairs et de rêves. Nos projets nous transportent, chevauchée débridée, confiance, fanfaronnade. Reconquête. Des braises, rebâtir notre monde.</p>



<p>Tourne, tourne mes jupes à froufrous, tourne dans le bal des ors. Le meilleur et le pire, puis à nouveau le meilleur. Deux, trois enfants, perpétuité de notre amour. Tristesse et mélancolie, la jalousie nous harcèle tour à tour, mais ne mord. Quelques cicatrices, vite effacées sous nos ardents baisers.</p>



<p>Carrousel du temps, tâtonne, rejoint le fil du ruisseau paisible. Se perd dans le pré, s&rsquo;éclipse, s&rsquo;évanouit. Enterré à jamais les questions sans réponses, les heurts et les bonheurs. L&rsquo;amour est nous, pour l&rsquo;éternité et un jour. Sans folie, sans étincelles superficielles. Juste nous. Ton cœur contre mon cœur.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>L’atelier des brumes</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/latelier-des-brumes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 10:30:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[merveilleux]]></category>
		<category><![CDATA[poétique]]></category>
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					<description><![CDATA[— Ce sont ses cris. — Comme presque chaque matin. — Quand il n&#8217;est pas là. — Il n&#8217;est pas souvent là. — La voilà qui s&#8217;échappe. — Elle vient vers nous. *** Les yeux barbouillés de brouillard, Adriana dévala les quatre marches du perron. Il s&#8217;en fallut de peu qu&#8217;elle se prenne les bottines [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>— Ce sont ses cris.</p>



<p>— Comme presque chaque matin.</p>



<p>— Quand il n&rsquo;est pas là.</p>



<p>— Il n&rsquo;est pas souvent là.</p>



<p>— La voilà qui s&rsquo;échappe.</p>



<p>— Elle vient vers nous.</p>



<p class="has-text-align-center">***</p>



<p>Les yeux barbouillés de brouillard, Adriana dévala les quatre marches du perron. Il s&rsquo;en fallut de peu qu&rsquo;elle se prenne les bottines dans ses nombreux jupons blancs. Elle renifla, s&rsquo;essuya au revers de sa manche de satin rose, redressa le buste et courut loin, loin, tout au fond du jardin. Là où le gazon s&rsquo;entremêlait au sous-bois, là où la cascade se nichait, loin, loin de sa féroce gouvernante.</p>



<p>— Adriaaana&nbsp;! Où êtes-vous&nbsp;? Revenez, Mademoiselle, revenez tout de suite&nbsp;!</p>



<p>La petite fille calfeutra ses oreilles dans la paume de ses mains. Non, elle ne rentrerait pas. Tant que son père n&rsquo;annoncerait pas sa visite, tant qu’il ne viendrait pas la sauver, elle se cacherait. Mais où&nbsp;? Elle n&rsquo;osa pas s&rsquo;enfoncer entre les grands cèdres. Leurs branches, terminées par de longues griffes pointues, tournoyaient au-dessus de sa tête, frôlaient les rubans de ses anglaises lui arrachant des grelots étouffés.</p>



<p>— Mademoiselle&nbsp;! Revenez immédiatement. Je compte jusqu&rsquo;à trois&nbsp;!</p>



<p>Affolée, Adriana plongea entre deux topiaires. Sa gouvernante, qui était sortie à son tour, parcourait les allées du jardin d&rsquo;un pas très énervé. Sa voix tournait à l&rsquo;aigre. Si elle la retrouvait, elle aurait droit à la cravache ou au martinet puis elle serait jetée au cachot pendant deux jours et deux nuits. Au pain sec et à l’eau.</p>



<p>La petite fille se ratatina jusqu&rsquo;à ne former qu&rsquo;une boule de chiffons. Mais ses dents claquèrent sans qu&rsquo;elle puisse y remédier. Soudain, elle sentit sur sa joue droite une chaleur douce qui apaisa ses tensions. La même chose se produit sur sa joue gauche. Elle daigna entrouvrir les paupières et vit deux nébuleuses de formes indéfinies qui irradiaient d&rsquo;une lueur orangée. À cet instant, elle entendit à l&rsquo;intérieur même de son corps deux faibles voix qui chuchotaient&nbsp;:</p>



<p>— Ne t&rsquo;inquiète pas, nous sommes là pour t&rsquo;aider&nbsp;!</p>



<p>— Tu sembles déjà rassérénée, ta mâchoire ne crisse plus&nbsp;!</p>



<p>Elle n&rsquo;osa pas ouvrir la bouche de peur de dévoiler sa présence. Mais elle pensa très fort en elle-même&nbsp;:</p>



<p>— Mais, mais… qu’est-ce donc&nbsp;? Que, qui…</p>



<p>À sa grande stupéfaction, ils confessèrent dans le creux de son cœur&nbsp;:</p>



<p>— Nous sommes des Lutins, éléments de la nature, des créatures <em>élémentaires</em>. Mais nous prêtons main-forte aussi aux Hommes&#8230;</p>



<p>— … et aux petites filles&nbsp;!</p>



<p>— Mais seulement si elles nous le demandent&nbsp;!</p>



<p>Ils gloussèrent malicieusement. Adriana les supplia alors de faire disparaître la gouvernante et d&rsquo;appeler son père afin qu&rsquo;il vienne la délivrer.</p>



<p>— Ho, ho, jeune demoiselle, nous ne sommes pas des magiciens, nous n&rsquo;avons pas de tels pouvoirs.</p>



<p>— Oui, mais nous pouvons contribuer à te dissoudre dans le paysage.</p>



<p>— Ah, mon frère, tu as raison, ça, nous pouvons le faire.</p>



<p>Ni une, ni deux, les Lutins s&rsquo;entretinrent avec les animaux du jardin qui amenèrent feuilles mortes, branchettes et brins d&rsquo;herbe. Ils sollicitèrent ensuite les Elfes qui soulevèrent une délicate brise balayant le butin jusqu&rsquo;à la camoufler de la tête aux pieds.</p>



<p>La fillette n&rsquo;osait plus respirer. Elle les remercia en silence puis enchérit&nbsp;:</p>



<p>— Peut-être vous serait-il possible de créer aussi une légère brume, quelque chose qui fasse perdre à ma gouvernante son sens de l’orientation&nbsp;?</p>



<p>— Nous, Lutins, nous n&rsquo;avons pas cette capacité. Mais les Sylphes oui&nbsp;! Nous allons de ce pas relayer ta demande.</p>



<p>La douce chaleur s&rsquo;éloigna de ses joues. Un sentiment de tristesse fugace pesa sur son âme. Elle espérait retrouver au plus vite ses nouveaux amis. Elle avait tant de questions&nbsp;!</p>



<p>À l&rsquo;évidence, les Sylphes mirent du cœur à l&rsquo;ouvrage. Ces entités de l’air tissèrent une trame complexe. Ils empruntèrent le souffle de la terre, les perles de rosée et les exhalaisons des insectes volants. Leurs corps énergétiques gonflèrent alors cette délicate dentelle qui déploya sa beauté.</p>



<p>La petite fille, qui avait tenté un œil hors de son bouclier végétal, contempla la vapeur d&rsquo;eau s&rsquo;élever du sol et gagner tout le jardin. Les premiers rayons du soleil s’entrechoquèrent sur les particules en suspension et irradièrent de toute part. La brume opalescente en devint aveuglante.</p>



<p>— Adriana&nbsp;! Revenez, on n&rsquo;y voit goutte&nbsp;! Vous risquez de vous tordre une cheville ou de vous briser les os. Revenez, vous dis-je&nbsp;!</p>



<p>Elle entendit sa gouvernante passer et repasser à plusieurs reprises à proximité du topiaire qui l&rsquo;abritait. Puis, elle distingua une irrésistible mélodie cristalline qui s&rsquo;égrenait au-dessus des rosiers. Elle ressentit le besoin impérieux de se lever et de suivre l’envoûtante musique. Mais la chaleur orangée ressurgit contre ses deux joues et elle perçut, à l&rsquo;intérieur de son être, la voix de l’un des Lutins&nbsp;:</p>



<p>— Ne bouge pas, petite, ce sont les Ondines qui attirent ta gouvernante vers l&rsquo;étang. Attends encore un peu.</p>



<p>Quelques secondes plus tard, un grand cri résonna dans la brume, suivi d’un plouf retentissant&nbsp;:</p>



<p>— Adria&#8230; glouglou&#8230; na&nbsp;! Au sec&#8230; glouglou&#8230; ours&nbsp;!</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Le rictus d&#8217;un volcan</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/le-rictus-dun-volcan/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 10:16:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[introspectif]]></category>
		<category><![CDATA[poétique]]></category>
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					<description><![CDATA[Une borie, tas de pierres amoncelées au fil du hasard, se dressait à deux pas du Petit Chaperon Rouge. Deux longues enjambées et elle pourrait trouver refuge dans cette rustique masure. Elle venait de parcourir mille lieues dans ce paysage quasi lunaire sous un soleil diffus qui écrasait l&#8217;air d&#8217;une lumière aveuglante. Elle aurait dû [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Une borie, tas de pierres amoncelées au fil du hasard, se dressait à deux pas du Petit Chaperon Rouge. Deux longues enjambées et elle pourrait trouver refuge dans cette rustique masure. Elle venait de parcourir mille lieues dans ce paysage quasi lunaire sous un soleil diffus qui écrasait l&rsquo;air d&rsquo;une lumière aveuglante. Elle aurait dû avoir très chaud, mais ce n&rsquo;était pas le cas. Les collines pelées d&rsquo;où s&rsquo;échappaient quelques touffes de thym et de sarriette serpentaient monotones, sans offrir la moindre ombre rafraîchissante. Elle ne transpirait pas, elle n&rsquo;avait pas soif, alors même qu&rsquo;elle courrait à perdre haleine pour se dérober au loup. Ce maudit canidé se tenait à sa droite, de l&rsquo;autre côté du ruisselet verni. Il serait sur elle en deux foulées.</p>



<p>L&rsquo;atmosphère confinée lui pesait sur ses mollets raidis. Surtout le gauche qui semblait bloqué en l’air, presque à l’horizontale. Son bras droit, tendu devant elle, la faisait souffrir aussi. Une envie de changement la prit soudain aux tripes. Cette vie si insipide, ce scénario si prévisible et surtout ce décor si imperturbable, elle n’en pouvait plus. En réponse magique à son désir, une gigantesque fleur bleue apparut sur sa gauche, au-delà des valons, au-delà de son univers. Elle n’était pas très douée en botanique. Était-ce une gentiane&nbsp;? Non, une digitale, peut-être&nbsp;? Aucune certitude. Le Petit Chaperon Rouge eut le loisir de l&rsquo;observer sous toutes les coutures. Le genre d&rsquo;horreur en papier mâché que sa grand-mère aurait pu avoir chez elle. Pas tout à fait la diversion espérée.</p>



<p>Elle jeta son regard sur le sommet tout pointu, à l&rsquo;arrière de la borie. Il la narguait depuis bien trop longtemps avec son sourire crispé de vieille femme édentée. Cette montagne, par exemple, ne pourrait-elle pas arrêter de crachoter de la neige sèche à intervalle régulier&nbsp;? Ça varierait un peu son ordinaire. Hélas, l&rsquo;éruption quotidienne n&rsquo;allait pas tarder. Le sol gronda, elle tremblota sur sa base et capta l&rsquo;œillade amusée du loup qui semblait dire&nbsp;: «&nbsp;Eh oui ma petite, tu ne perds rien pour attendre&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>Elle se retrouva quelques secondes la tête en bas et l&rsquo;estomac dans les gencives puis tout le paysage se redressa. Son ennemi, la langue toujours pendante, n&rsquo;avait pas bougé d&rsquo;un <em>iota</em>. Pourtant, cette fois-ci, aucun <em>crachoti</em> ne sortit du volcan. Un instant d&rsquo;hésitation et le Petit Chaperon Rouge se sentit ballottée de gauche à droite avec une fougue insoupçonnable. Elle faillit vomir, mais ne perdit pas pour autant sa pause d’éternelle fugitive.</p>



<p>Le calme revint. Le sol cessa de trembler. Elle glissa un œil vers son inséparable adversaire, figé à jamais à quelques centimètres d’elle. Rien ne viendrait perturber l’immobile scène.</p>



<p class="has-text-align-center">***</p>



<p>D’un triste soupir, le vieil homme reposa sa boule à neige à côté de sa nouvelle acquisition, une jacinthe fort bleue et fort artificielle. «&nbsp;Encore une de foutue&nbsp;!&nbsp;»</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>La compagne des mystères</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/la-compagne-des-mysteres/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 10:15:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[merveilleux]]></category>
		<category><![CDATA[poétique]]></category>
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					<description><![CDATA[La vieille patiente là, sur le pavé, rue Picpus, son étal à ses pieds. Comme chaque matin de chaque année depuis des lustres. Sur le tréteau de bois fatigué, trois boîtes de fer. De celles qui contenaient jadis les biscuits de grand-mères. Le dessus, couleur sépia portraiture des femmes voluptueuses, nues, très baroques sous leurs [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>La vieille patiente là, sur le pavé, rue Picpus, son étal à ses pieds. Comme chaque matin de chaque année depuis des lustres. Sur le tréteau de bois fatigué, trois boîtes de fer. De celles qui contenaient jadis les biscuits de grand-mères. Le dessus, couleur sépia portraiture des femmes voluptueuses, nues, très baroques sous leurs voiles de mousseline.</p>



<p>Il l’épie, à l&rsquo;abri de son rideau de dentelle au crochet, assis sur son éternel fauteuil râpé. Comme chaque matin de chaque année depuis tout autant de lustres. Il estime tous les recoins de ses rides, les parcelles d&rsquo;expressions, petites touches de sa vie. Il pourrait décrire chacune de ses dix robes, aubergine, prune, bordeaux, informes choses qui lui couvrent jusqu’aux mollets. Ses deux paires de chaussures — peu servies — la promènent de son éventaire à l&rsquo;entrée de son immeuble, trois pas derrière elle. Trois noms en face des sonnettes. Il en a déduit qu&rsquo;elle s&rsquo;appelait Madame Martin. Il n&rsquo;en sait pas plus. N&rsquo;a jamais cherché à percer le mystère des trois coffrets.</p>



<p>Parfois, un badaud s&rsquo;arrête devant sa maigre camelote. La conversation s&rsquo;engage. Il ne peut que deviner ce qui se dit. Son ouïe le trahit depuis déjà fort longtemps. <em>Vous vendez quoi&nbsp;? Qu&rsquo;y a-t-il dans ses boîtes&nbsp;?</em> Il ne connaît pas les réponses. Jamais elle n&rsquo;a montré le contenu aux curieux. Elle tend la main, empoche quelques piécettes, soulève le couvercle en protégeant les côtés de ses doigts. Ne jamais en laisser entrevoir la teneur. Il la regarde marmonner aux biscuits, attendre une réaction invisible, reprendre son soliloque, attendre. Un ou deux instants plus tard, elle rabat avec fracas la chape et adressant à son acheteur un large sourire édenté, lui donne ce qui semble être une réplique satisfaisante puisqu&rsquo;il repart d&rsquo;un pas guilleret.</p>



<p>Il aurait aimé pour pouvoir descendre dans la rue, s&rsquo;arrêter devant l&rsquo;étal de Madame Martin, découvrir ses trésors. Ses boîtes sont devenues son obsession. Ses boîtes et leurs secrets qui rendent les gens heureux. Car il s’emmerde à mourir, sans distraction autre que les manigances de Madame Martin. Car il se tortille dans le vide de sa vie, cloué dans son fauteuil roulant, avec pour tout aide une infirmière grognon qui passe en coup de vent deux fois par jour.</p>



<p class="has-text-align-center">***</p>



<p>Madame Martin n&rsquo;est plus. Il ne l&rsquo;a pas vue pendant trois longs jours. Puis, des gens sont entrés dans son immeuble et en sont ressortis avec ses meubles. Des tas de vieux meubles de bois très foncé et tarabiscoté. Des coussins et des chats. Et les trois boîtes. Les gens ont embarqué le mobilier, les coussins et les chats, mais ont laissé les trois reliquaires sur le trottoir, à côté des poubelles. Dès que les déménageurs ont tourné le dos, il a interpellé une gamine qui rôdait, lui promettant perles et merveilles si elle lui remettait les coffrets.</p>



<p>Elles sont là, devant lui, alignées sur la table du salon. Sous le voile de la première femme peinte sur le couvercle, un nom&nbsp;: Amour. Dans les cheveux de la deuxième&nbsp;: Argent. Dans la main de la dernière&nbsp;: Santé. Il les caresse, se demande s&rsquo;il a le droit de les ouvrir, comme ça, sans sésame. Alors, il marmonne quelque chose d’opaque, juste ce qu’il faut d’occulte. Croit-il. Puis, sans plus tergiverser, il soulève avec précaution la première. Rien. Vide. Pas même une miette. Bouillonnant, il s’attaque aux deux autres. Rien. Vide. Le néant dans sa plénitude. La minote, pas tout à fait partie, à peine planquée dans l’embrasure, suggère que peut-être il devrait poser la question.</p>



<p>— Quelle question&nbsp;?</p>



<p>— J’sais pas. La vieille, elle posait toujours une question à la boîte.</p>



<p>— Et bien, vas-y, pose une question, toi&nbsp;!</p>



<p>La gosse se glisse vers la table et comme le faisait Madame Martin, place sa main sur les hanches d’Argent, prend un air inspiré et claironne&nbsp;: «&nbsp;Est-ce que maman va trouver bientôt un travail&nbsp;?&nbsp;». L’enfant redresse le couvercle et son regard semble se transfigurer. Il voit alors une lumière vive provenir de l’écrin. Il tente de piloter son fauteuil derrière la fillette, mais celle-ci referme le coffret d’un claquement sec.</p>



<p>— Eh, et moi&nbsp;! Je voulais guigner aussi&nbsp;!</p>



<p>— Tu n’as pas le droit, c’est réservé à celui qui pose la question.</p>



<p>— Comment le sais-tu&nbsp;?</p>



<p>— Ben, je sais pas. C’est juste normal, quoi. Tu poses une question, la boîte, elle te répond. T’as qu’à essayer avec une autre&nbsp;!</p>



<p>— Non, donne-moi celle-là&nbsp;!</p>



<p>Il s’en empare, grommelle vite fait «&nbsp;Est-ce que l’OM va gagner ce soir&nbsp;?&nbsp;» et louche dans l’ouverture. Rien. Toujours vide.</p>



<p>La gamine ricane un peu, récupère l’objet et réitère la demande. À nouveau, un reflet du soleil semble envahir la figure de la petite. Ses yeux zigzaguent, examinent le contenant, elle pousse même son petit doigt sur les bords, se gondole et referme le tout.</p>



<p>— Oui, ils vont gagner trois à deux.</p>



<p>— Mais qu’est-ce que tu vois là-dedans&nbsp;?</p>



<p>— La scène. Ce qui va se passer. Comme au cinéma, mais en vrai. J’ai vu les buteurs, les spectateurs hystériques dans les gradins. Le match, quoi. Mais en accéléré en fait.</p>



<p>— Et pourquoi moi je vois rien&nbsp;?</p>



<p>— J’sais pas. P’t’être parce que t’y crois pas. Quand tu ouvres, tu dois y croire. Être certain que tu vas voir quelque chose.</p>



<p>— Ah&nbsp;! Je vais essayer alors. Va-t’en, laisse-moi maintenant.</p>



<p>— J’pourrai revenir&nbsp;? Poser des questions aux trucs&nbsp;?</p>



<p>— Oui, tu peux.</p>



<p>— Dis, comment tu t’appelles&nbsp;?</p>



<p>— Henri. Et toi&nbsp;?</p>



<p>— Clara. Adessias Henri&nbsp;!</p>



<p>Il la regarde quitter la pièce en sautillant. Il sait que contrairement à Clara, il n’arrivera jamais à faire parler ces coffrets. Leurs trésors sont réservés à ceux qui ont gardé une imagination fertile. Ou aux saintes illuminées. Ou aux voyantes toquées.</p>



<p>Avec quelque chose comme une pointe de regret, il balance les trois caissettes à la poubelle.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Le voyage du poète</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/le-voyage-du-poete/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 10:10:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[animalier]]></category>
		<category><![CDATA[poétique]]></category>
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					<description><![CDATA[La pluie dansait dans son cou. Couchée dans le pré du père Marcel, Marguerite considérait la vie, l&#8217;œil dans le vague. Marguerite, Marguerite. Était-ce vraiment son nom&#160;? Elle aimait les mots, Marguerite. Et celui-là ne lui paraissait pas très soyeux. Cerise. Rouge et rond, doux et juteux&#160;; elle aurait tant désiré s&#8217;appeler ainsi. Une pâquerette [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>La pluie dansait dans son cou. Couchée dans le pré du père Marcel, Marguerite considérait la vie, l&rsquo;œil dans le vague. Marguerite, Marguerite. Était-ce vraiment son nom&nbsp;? Elle aimait les mots, Marguerite. Et celui-là ne lui paraissait pas très soyeux. Cerise. Rouge et rond, doux et juteux&nbsp;; elle aurait tant désiré s&rsquo;appeler ainsi. Une pâquerette lui glissa sur le nez, mais elle ne s&rsquo;en émut guère, tout occupée quelle était à ruminer. Sombres pensées du matin, de ce matin si différent des autres. Il y eut d’abord ce nouveau, un petit gars à la parole chantante. Elle avait réussi à capturer quelques sons qu&rsquo;elle savourait avec délice. <em>Parece mentira</em> et <em>esas cosas</em> étaient ses préférés. Mais Bobonne avait hurlé, comme d&rsquo;habitude, et le petit gars s&rsquo;était arrêté tout surpris. Pas sûr qu&rsquo;il survive longtemps, celui-là. Bobonne était féroce.</p>



<p>Marguerite secoua la tête, en fin de compte, la pâquerette la faisait loucher. Adriyeeeng avait terminé le travail du nouveau. En maugréant entre ses dents. Sous son apparence mal dégrossie, c&rsquo;était un doux et elle l&rsquo;aimait bien quand même. Peut-être même qu&rsquo;elle allait le regretter un jour. Il lui laissait le champ libre et lui tapotait l&rsquo;épaule quand elle tentait de reproduire ses mots qu&rsquo;elle chérissait tant. À son grand désespoir, le résultat n&rsquo;était pas à la hauteur.</p>



<p class="has-text-align-center"><em>Swept away fino in fondo unsere Zeit,</em><br><em>Irgendwie, me encanta.</em><br><em>I&rsquo;m floating… Regalami mi vida</em><br><em>Cada tarde in meinen Träumen !</em><br><em>Demented, am I ?</em></p>



<p>Parce qu&rsquo;avant le petit gars de ce matin, il y en eut tout un tas d&rsquo;autres. Des filles aussi, venus de tout l&rsquo;univers et au-delà. Chacun d&rsquo;entre eux apportait son lot de fantaisie que Marguerite s&#8217;empressait de tricoter. Mais son prénom, elle ne l&rsquo;aimait pas. Pas plus que Bobonne qui lui donnait du «&nbsp;La Grosse&nbsp;». Elle disait à Adriyeeeng&nbsp;: «&nbsp;Adriyeeeng, où est La Grosse&nbsp;?&nbsp;» ou «&nbsp;Adriyeeeng, La Grosse a encore fait une bêtise, fait quelque chose, Adriyeeeng&nbsp;!&nbsp;».</p>



<p>Cerise. Elle voulait s&rsquo;appeler Cerise désormais. Et rien ne l&rsquo;en empêcherait.</p>



<p>Les gouttes rebondissaient sur son cuir brun, ploc, s&rsquo;éclataient et s&rsquo;évanouissaient dans l&rsquo;herbe mouillée. Marguerite/Cerise se releva et décida de continuer son voyage en passant par les prés du Louis. Ce soir, elle irait s&rsquo;abriter dans sa forêt. Depuis si longtemps qu&rsquo;elle en mourrait d&rsquo;envie. La vie en plein air, à la rude, il n&rsquo;y avait que ça de vrai. Adriyeeeng viendrait peut-être à sa recherche. Elle ne savait pas si cela lui importait ou non qu&rsquo;elle ait déserté le campement. Par contre, Bobonne ne pourra rien dire. Elle ricana. Bien fait, cette horrrrriiiible bonne femme n&rsquo;avait eu que ce qu&rsquo;elle méritait.</p>



<p>Horrrrriiiible, voilà encore un mot que Cerise connaissait bien. Cette mégère le répétait sans cesse. Quand on lui avait enlevé son bébé, Cerise avait roulé le son dans sa gorge, craché dans sa couche, hurlé, <em>spaventevole</em>, <em>schrecklich</em>, <em>espantoso</em>, <em>frightful</em>. Comment cette garce avait-elle pu faire cela&nbsp;? Oh&nbsp;! ce n&rsquo;était pas elle qui était venue en personne lui prendre son nouveau-né. Mais dans la tête de Cerise aucun doute ne subsistait&nbsp;: les petites mains n&rsquo;avaient fait que suivre les horrrrriiiibles ordres de Bobonne. Même Adriyeeeng avait eu la larme à l&rsquo;œil. C&rsquo;était dire&nbsp;! Ce fut ce jour-là que Cerise — l&rsquo;éplorée Marguerite d&rsquo;alors — avait décidé de partir. À tout prix.</p>



<p>Elle ne put mettre son plan à exécution que ce matin, bien des jours après le douloureux événement. Adriyeeeng, qui s&rsquo;était retrouvé tout seul à faire le boulot à cause de cette maudite Bobonne — ses termes à lui — n&rsquo;avait pas crocheté correctement le portail. Cerise s&rsquo;était donc éparpillée dans le jardin, grappillant au passage tout ce qui la narguait auparavant. Quand elle avait vu la porte de la maison grande ouverte, elle s&rsquo;y était aventurée sans trop réfléchir. Ce n&rsquo;était pas dans son plan. Mais si Bobonne se trouvait à l&rsquo;intérieur, ce qui était fort probable, elle pourrait en profiter pour se venger.</p>



<p>Quelle joie, cette liberté retrouvée. Cerise contempla la vallée, gourmande de fraîcheur et d&rsquo;air pur. Un grain de sable vint cependant gâcher son plaisir. Ses mamelles gonflées à bloc, lourdes comme des bidons se balançaient entre ses jambes. À chaque pas, ça la brûlait. C&rsquo;était l&rsquo;heure de la traite et personne pour boire son lait. Et son petit qui ne reviendrait pas. Cerise, pour la première fois de la journée, ce demanda si elle avait pris la bonne décision. Mais le souvenir de son enfermement continuel, les cris de Bobonne, les tapes sur les fesses, tout cela reflua par baffes. Oh que oui, elle avait bien fait de tout plaquer. Non, elle ne regretterait rien. Elle hésita pourtant à mener plus avant dans la forêt. Elle était goulue d&rsquo;avoir tant brouté d&rsquo;herbe fraîche, un peu ballonnée aussi. Et pis, elle avait soif.</p>



<p><em>Corazón</em>, <em>Küsse</em>, <em>love</em>. Ces mots, si doux, ils lui revinrent en mémoire. Elle s&rsquo;en gargarisa, juste pour le plaisir et un peu pour chasser la fièvre qui commençait à monter en elle. Elle se coucha. Horrrrriiiible, <em>furchtbar</em>. Elle ne regrettait rien, même si elle devait mourir là, maintenant. Dans un brouillard lointain, elle perçut comme un son, un «&nbsp;hoooo-la, Marguerite&nbsp;!&nbsp;». Elle se dit que quelqu&rsquo;un devait avoir perdu une fleur. Elle ferma les yeux. Bizarre comme cette voix ressemblait à s&rsquo;y méprendre à celle d&rsquo;Adriyeeeng. Cerise crut entendre des mots jolis, des chansons qui parlaient à son cœur. Elle devait déjà être à moitié partie dans le pays des songes ou celui des anges. Au loin, embuée d&rsquo;une aura mystique, elle perçut aussi «&nbsp;mammites&nbsp;», «&nbsp;fièvre&nbsp;». Puis un chuchotement, soudain très proche, juste là dans son oreille&nbsp;: «&nbsp;Marguerite, c’est toi qui as encorné Bobonne, hein&nbsp;? Merci, Marguerite, merci&nbsp;!&nbsp;» Elle n&rsquo;eut pas la force de répondre&nbsp;: «&nbsp;Cerise, pas Marguerite, Cerise&#8230;&nbsp;»</p>
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		<title>L&#8217;amant des arts</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/lamant-des-arts/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 10:07:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[historique]]></category>
		<category><![CDATA[poétique]]></category>
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					<description><![CDATA[D&#8217;un trait vif, il esquissa les yeux fatigués de Louise. Il redonna à sa silhouette pesante, alourdie par les aléas de sa morne existence, une seconde vie. Qu’il fût attablé à la terrasse d&#8217;un bistrot de la butte Montmartre, dans les coulisses de la Gaité Rochechouart ou vautré sur les divans de La Fleur blanche, [&#8230;]]]></description>
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<p>D&rsquo;un trait vif, il esquissa les yeux fatigués de Louise. Il redonna à sa silhouette pesante, alourdie par les aléas de sa morne existence, une seconde vie. Qu’il fût attablé à la terrasse d&rsquo;un bistrot de la butte Montmartre, dans les coulisses de la <em>Gaité Rochechouart</em> ou vautré sur les divans de <em>La Fleur blanche</em>, il dessinait des corps perdus. Il ne s&rsquo;intéressait qu&rsquo;à elles. Elles, ses filles sans joie qui glissaient sur l’espérance, tel un automate, le regard sans rêve. Comme Louise, comme Rosa la Rouge qui chaque nuit, chaque jour offrait leur défroque vidée de leur âme. Il les croqua souvent, non pas rafistolées ou rajeunies, juste comme elles étaient, de simples roses un peu fanées. Il reprit son dessin. Louise n&rsquo;avait pas bougé, elle attendait toujours le passant qui la posséderait pour une heure ou deux. D&rsquo;un mouvement sûr, il ajouta une ombre qui planait sur le visage de son modèle. Elle n&rsquo;était pas de celles dont l&rsquo;éclat redorait le faste des bourgeois. Il souligna la bouche d&rsquo;un trait épais. Lippe pulpeuse. Pour apaiser les ténèbres qui louvoyaient dans ses pensées, il but une gorgée de sa mixture personnelle&nbsp;: absinthe et cognac. Le relief piqueté de pointes acérées sembla s&rsquo;aplanir. L&rsquo;alcool fit taire les ricanements qui surgissaient dans sa tête. Les bassesses de son monde s&rsquo;éloignèrent. Henri crayonna les lèvres. Non pas pulpeuses&nbsp;: généreuses. Louise, Rosa, toutes ces pauvres créatures l&rsquo;avaient accepté dans son intégrité malmenée. Demi-homme parmi ses roses piétinées, il leur rendit hommage en les dessinant, encore et encore. Qu’ils se raillent, les autres&nbsp;! Peu lui importait. Ces filles – ses filles – il les hissa au cœur de son art.</p>



<p>L’histoire ne retiendra pas le nabot disgracieux, mais l’artiste qui sut rendre à ses femmes leur humanité. Son nom&nbsp;? Henri de Toulouse-Lautrec</p>
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		<title>La spirale d&#8217;ici et maintenant</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/la-spirale-dici-et-maintenant/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 10:01:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[poétique]]></category>
		<category><![CDATA[romance]]></category>
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					<description><![CDATA[C&#8217;était main dans la main que Louise et Charles prirent à l&#8217;aube le chemin de la plage. Charles déposa son marcel sur la barrière de bois blanc qui ceignait leur modeste logis de vacances. Un avertissement pour les voisins, la marque de leur territoire. Ce bout de sable serait à eux seul pour les heures [&#8230;]]]></description>
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<figure class="wp-block-image size-full"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="585" height="534" src="https://alicedecastillon.com/wp-content/uploads/Spirale.jpg" alt="" class="wp-image-383" srcset="https://alicedecastillon.com/wp-content/uploads/Spirale.jpg 585w, https://alicedecastillon.com/wp-content/uploads/Spirale-300x274.jpg 300w" sizes="(max-width: 585px) 100vw, 585px" /></figure>



<p>C&rsquo;était main dans la main que Louise et Charles prirent à l&rsquo;aube le chemin de la plage. Charles déposa son marcel sur la barrière de bois blanc qui ceignait leur modeste logis de vacances. Un avertissement pour les voisins, la marque de leur territoire. Ce bout de sable serait à eux seul pour les heures qui allaient suivre.</p>



<p>Ils marchèrent un peu, jusqu&rsquo;à ressentir le souffle de la mer sur leurs doigts. Ils laissèrent l&rsquo;odeur des algues et du sel recouvrir leur peau nue. Ils se firent face, leurs regards se faisant miroir, pour ne plus rien voir d’autre. Par un doux mouvement de balancier, telle une horloge fatiguée, ils s&rsquo;enracinèrent peu à peu sous les minuscules grains de sable. Un son, une voix abyssale, s&rsquo;éleva à l&rsquo;unisson de leurs gorges, puis se mua en un puissant mantra, appel aux forces divines. Le flux et le reflux rythmèrent ce psaume ramené du lointain, ouvrant leurs chakras, abandonnant leurs esprits aux embruns. Ils accentuèrent le bercement de leurs corps en parfaite harmonie.</p>



<p>Si de parasites pensées venaient à s&rsquo;évader que cela soit vers le futur ou vers le passé, ils les négligèrent sans aucune ostentation ne faisant place qu&rsquo;au présent, vivant. Le réel, la matière, l&rsquo;Énergie Vitale habitaient leur chair la plus intime. Ils prirent conscience de chacun de leurs doigts, de chacune de leurs veines, laissant ce flux de vie circuler entre eux pour ne former qu&rsquo;une seule entité. Unicité.</p>



<p>Leurs corps se rapprochèrent au rythme de leur ondulant tangage, au rythme des vagues, de la brise marine et des précieux mantras qu&rsquo;ils psalmodièrent avec de plus en plus de vibrations et d&rsquo;intensité. Leurs bras s&rsquo;enroulèrent autour l&rsquo;un de l&rsquo;autre. Leurs Énergies ne firent plus qu’une, appelant d’un cri déchirant cette nouvelle âme que Louise se prêtait à accueillir en son sein. Seuls au monde, plus rien n&rsquo;existait, que leurs fibres et leurs souffles unis pour atteindre enfin l’ici et maintenant.</p>
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		<title>La petite boutique de cendres</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/la-petite-boutique-de-cendres/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 09:33:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[drame]]></category>
		<category><![CDATA[poétique]]></category>
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					<description><![CDATA[Elle vit dans son trou, comme on vit dans une tombe. Personne ne vient la voir, ou si peu. Même le soleil ne luit plus dans sa boutique. Sur les étagères, des rouleaux de tissus sombres, d&#8217;une autre époque, de lourds velours, des gris, du brun, rien de chatoyant. Le silence a envahi l&#8217;espace, enrobant [&#8230;]]]></description>
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<p>Elle vit dans son trou, comme on vit dans une tombe. Personne ne vient la voir, ou si peu. Même le soleil ne luit plus dans sa boutique. Sur les étagères, des rouleaux de tissus sombres, d&rsquo;une autre époque, de lourds velours, des gris, du brun, rien de chatoyant. Le silence a envahi l&rsquo;espace, enrobant chaque grain de poussière d&rsquo;une cuirasse invisible. Une barrière contre les gens, le monde extérieur. Un coussin contre le vent qui pourrait s&rsquo;engouffrer emmenant un passant égaré.</p>



<p>Elle vit dans son trou, dans l’odeur de vieille cire, de cuir et du manque d’argent. De poussières surtout, particules de mémoire sans oubli.</p>



<p>Elle vit dans son trou et elle marmonne nuit et jour. Ses yeux, habitués aux couleurs sombres de sa palette d&rsquo;intérieur, ressortent comme deux grosses billes dans son visage bouffi par l&rsquo;inactivité. Et la maladie peut-être. On l&rsquo;appelle la vieille chouette. Les jeunes mères menacent leurs petits, s’ils ne sont pas sages. Mais elles sont les premières à en avoir peur.</p>



<p>Elles se seraient bien laissées tenter par un ruban ou un bouton, une dentelle parfois. C&rsquo;est si pratique d&rsquo;avoir une mercerie au village. Pourtant aucune d&rsquo;entre elles n&rsquo;a jamais osé franchir le seuil.</p>



<p>La vieille chouette se tient quelquefois dans la vitrine, derrière une pile de draps rongés par les mites. Rongée, elle aussi, de l’intérieur. Elle perce les passants de son regard de hibou, un regard fâché. Fâché avec la vie.</p>



<p>On prétend qu’elle vend des potions, des sortilèges, le soir venu quand les mères chantent des berceuses à leurs enfants et que seules les filles qui ont fauté se laissent aller à la retrouver. Mais personne ne le sait vraiment. On le dit, c&rsquo;est tout.</p>



<p>Mais elle ne vend rien. Elle ressasse le passé, ses fils morts à la guerre, tous les trois, son mari, mort de douleur. Elle est restée figée dans les cendres et n&rsquo;attend que son tour. Dans le silence de sa boutique.</p>
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		<title>Plus haut, là-haut</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/plus-haut-la-haut/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 05 Feb 2026 16:29:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[drame]]></category>
		<category><![CDATA[poétique]]></category>
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					<description><![CDATA[Cléo s’effondre sur le banc du square, le regard baigné de brume. Ses mains se joignent sur son ventre bombé. Son souffle court crispe le crépuscule. Une silhouette blanche s’élance sur la balançoire. La fillette prend son élan, tourne vers elle un visage grimaçant, tend ses jambes vers le ciel. Le froid s’écoule dans les [&#8230;]]]></description>
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<p class="has-base-font-size">Cléo s’effondre sur le banc du square, le regard baigné de brume. Ses mains se joignent sur son ventre bombé. Son souffle court crispe le crépuscule. Une silhouette blanche s’élance sur la balançoire. La fillette prend son élan, tourne vers elle un visage grimaçant, tend ses jambes vers le ciel. Le froid s’écoule dans les veines de Cléo. Le pendule de la balancelle, s’accélère, s’amplifie, sourdes aiguillades. Cléo se fige dans la vacuité nouvelle de son giron. Des cris éruptent autour d’elle, en elle.</p>



<p class="has-base-font-size">Le petit corps sans vie s’est envolé, trop haut, trop tôt, vers le néant.</p>
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		<title>La boîte du peintre</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/la-boite-du-peintre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 05 Feb 2026 11:38:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[introspectif]]></category>
		<category><![CDATA[poétique]]></category>
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					<description><![CDATA[La bouche déversait un flot continu de grossièretés qui s&#8217;écoulaient sur le sol pour former une mélasse malodorante. Le peintre, genoux à terre, recevait cette boue verbeuse à pleines mains pour la sublimer sur son immense toile. Il ne dessinait que des bouches. Des bouches en mouvements qui vibraient sous les sons tirés d’une boîte [&#8230;]]]></description>
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<p>La bouche déversait un flot continu de grossièretés qui s&rsquo;écoulaient sur le sol pour former une mélasse malodorante. Le peintre, genoux à terre, recevait cette boue verbeuse à pleines mains pour la sublimer sur son immense toile. Il ne dessinait que des bouches. Des bouches en mouvements qui vibraient sous les sons tirés d’une boîte en carton. Des sons forcés sur les lèvres de ses modèles, des acteurs amateurs dispersés dans son atelier, au gré de ses humeurs, pour composer une symphonie dissonante.</p>



<p>Ces bouches, voluptueuses, pincées, fines, flétries, jeunes ou insignifiantes, il avait été les cueillir à la sortie d&rsquo;un match d&rsquo;improvisation. Elles étaient capables de palabrer sans perdre haleine sur la simple impulsion d&rsquo;une formule imagée.</p>



<p>Quand, dans l&rsquo;une de ses bouches, le flot se tarissait, il l&rsquo;invitait d&rsquo;un geste à reprendre un billet dans la boîte, porte ouverte sur les souvenirs. <img decoding="async" width="150" height="24" class="wp-image-312" style="width: 150px;" src="https://alicedecastillon.com/wp-content/uploads/Image1.png" alt="Clair de lune"> engendra des mots doux. Du sucre d&rsquo;orge se formait sur des lèvres câlines pour s&rsquo;écouler, langoureux. De concert, à l&rsquo;autre bout de la pièce, un rictus frémissant éructait un volcan de griefs, toute une vie d&rsquo;amertume, stimulé par l&rsquo;expression <img decoding="async" width="150" height="24" class="wp-image-311" style="width: 150px;" src="https://alicedecastillon.com/wp-content/uploads/Image2.png" alt="Vomi d'alcool">. Le peintre accrochait ces mouvements de lippes colorées, les transmutait pour les distiller sur son canevas. Sa recherche ne portait pas sur un vain esthétisme. Les bouches révélaient bien plus que des sentiments fugaces tels que le dégoût, le désir ou le doute. Elles étaient le miroir de l&rsquo;âme, l&rsquo;essence même de son humanité. Les mots émis façonnaient les bouches, leur imprimant une forme unique indissociable des fondements du cœur.</p>



<p>D&rsquo;autres lèvres crièrent ou murmurèrent des litanies que les billets, <img loading="lazy" decoding="async" width="150" height="24" class="wp-image-310" style="width: 150px;" src="https://alicedecastillon.com/wp-content/uploads/Image3.png" alt="Chatons joueurs">, <img loading="lazy" decoding="async" width="150" height="25" class="wp-image-309" style="width: 150px;" src="https://alicedecastillon.com/wp-content/uploads/Image4.png" alt="Craies Grinçantes"> ou <img loading="lazy" decoding="async" width="150" height="25" class="wp-image-308" style="width: 150px;" src="https://alicedecastillon.com/wp-content/uploads/Image5.png" alt="Encens d'église"> faisaient renaître dans leurs mémoires dans un tourbillon de souvenirs joyeux, tortueux ou écœurants. Des pépites, du sel de gemme, de la braise, autant d&rsquo;émotions qui s&rsquo;écoulaient des mouvements incessants de bouches rouge passion, rose bonbon ou marron tristesse. La cadence s&rsquo;accélérait, les réminiscences affluaient et l’artiste, pris dans cette tornade en perdit les sens.</p>



<p>Exalté, il se leva avec hâte et hurla un tonitruant : « STOOOOOOP ! ». Toutes les bouches s&rsquo;asséchèrent brutalement, statufiées sur leur dernier verbe. Il manquait l’essentiel, le combustible de la vie, ce qui faisait vibrer les hommes. Le peintre farfouilla alors dans la boîte et choisi l&rsquo;ultime mot, immortel, le seul digne d&rsquo;être conté : <img loading="lazy" decoding="async" width="150" height="25" class="wp-image-307" style="width: 150px;" src="https://alicedecastillon.com/wp-content/uploads/Image6.png" alt="Cri d'amour">. Il mit son smartphone devant ses lèvres et filma, pour la retranscrire plus tard sur la toile, la plus belle des déclarations.</p>
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