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	<title>merveilleux &#8211; Alice de Castillon &#8211; Autrice</title>
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	<description>Courtes histoires à lire entre deux pauses</description>
	<lastBuildDate>Wed, 25 Mar 2026 19:12:31 +0000</lastBuildDate>
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	<title>merveilleux &#8211; Alice de Castillon &#8211; Autrice</title>
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		<title>L’atelier des brumes</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/latelier-des-brumes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 10:30:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[merveilleux]]></category>
		<category><![CDATA[poétique]]></category>
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					<description><![CDATA[— Ce sont ses cris. — Comme presque chaque matin. — Quand il n&#8217;est pas là. — Il n&#8217;est pas souvent là. — La voilà qui s&#8217;échappe. — Elle vient vers nous. *** Les yeux barbouillés de brouillard, Adriana dévala les quatre marches du perron. Il s&#8217;en fallut de peu qu&#8217;elle se prenne les bottines [&#8230;]]]></description>
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<p>— Ce sont ses cris.</p>



<p>— Comme presque chaque matin.</p>



<p>— Quand il n&rsquo;est pas là.</p>



<p>— Il n&rsquo;est pas souvent là.</p>



<p>— La voilà qui s&rsquo;échappe.</p>



<p>— Elle vient vers nous.</p>



<p class="has-text-align-center">***</p>



<p>Les yeux barbouillés de brouillard, Adriana dévala les quatre marches du perron. Il s&rsquo;en fallut de peu qu&rsquo;elle se prenne les bottines dans ses nombreux jupons blancs. Elle renifla, s&rsquo;essuya au revers de sa manche de satin rose, redressa le buste et courut loin, loin, tout au fond du jardin. Là où le gazon s&rsquo;entremêlait au sous-bois, là où la cascade se nichait, loin, loin de sa féroce gouvernante.</p>



<p>— Adriaaana&nbsp;! Où êtes-vous&nbsp;? Revenez, Mademoiselle, revenez tout de suite&nbsp;!</p>



<p>La petite fille calfeutra ses oreilles dans la paume de ses mains. Non, elle ne rentrerait pas. Tant que son père n&rsquo;annoncerait pas sa visite, tant qu’il ne viendrait pas la sauver, elle se cacherait. Mais où&nbsp;? Elle n&rsquo;osa pas s&rsquo;enfoncer entre les grands cèdres. Leurs branches, terminées par de longues griffes pointues, tournoyaient au-dessus de sa tête, frôlaient les rubans de ses anglaises lui arrachant des grelots étouffés.</p>



<p>— Mademoiselle&nbsp;! Revenez immédiatement. Je compte jusqu&rsquo;à trois&nbsp;!</p>



<p>Affolée, Adriana plongea entre deux topiaires. Sa gouvernante, qui était sortie à son tour, parcourait les allées du jardin d&rsquo;un pas très énervé. Sa voix tournait à l&rsquo;aigre. Si elle la retrouvait, elle aurait droit à la cravache ou au martinet puis elle serait jetée au cachot pendant deux jours et deux nuits. Au pain sec et à l’eau.</p>



<p>La petite fille se ratatina jusqu&rsquo;à ne former qu&rsquo;une boule de chiffons. Mais ses dents claquèrent sans qu&rsquo;elle puisse y remédier. Soudain, elle sentit sur sa joue droite une chaleur douce qui apaisa ses tensions. La même chose se produit sur sa joue gauche. Elle daigna entrouvrir les paupières et vit deux nébuleuses de formes indéfinies qui irradiaient d&rsquo;une lueur orangée. À cet instant, elle entendit à l&rsquo;intérieur même de son corps deux faibles voix qui chuchotaient&nbsp;:</p>



<p>— Ne t&rsquo;inquiète pas, nous sommes là pour t&rsquo;aider&nbsp;!</p>



<p>— Tu sembles déjà rassérénée, ta mâchoire ne crisse plus&nbsp;!</p>



<p>Elle n&rsquo;osa pas ouvrir la bouche de peur de dévoiler sa présence. Mais elle pensa très fort en elle-même&nbsp;:</p>



<p>— Mais, mais… qu’est-ce donc&nbsp;? Que, qui…</p>



<p>À sa grande stupéfaction, ils confessèrent dans le creux de son cœur&nbsp;:</p>



<p>— Nous sommes des Lutins, éléments de la nature, des créatures <em>élémentaires</em>. Mais nous prêtons main-forte aussi aux Hommes&#8230;</p>



<p>— … et aux petites filles&nbsp;!</p>



<p>— Mais seulement si elles nous le demandent&nbsp;!</p>



<p>Ils gloussèrent malicieusement. Adriana les supplia alors de faire disparaître la gouvernante et d&rsquo;appeler son père afin qu&rsquo;il vienne la délivrer.</p>



<p>— Ho, ho, jeune demoiselle, nous ne sommes pas des magiciens, nous n&rsquo;avons pas de tels pouvoirs.</p>



<p>— Oui, mais nous pouvons contribuer à te dissoudre dans le paysage.</p>



<p>— Ah, mon frère, tu as raison, ça, nous pouvons le faire.</p>



<p>Ni une, ni deux, les Lutins s&rsquo;entretinrent avec les animaux du jardin qui amenèrent feuilles mortes, branchettes et brins d&rsquo;herbe. Ils sollicitèrent ensuite les Elfes qui soulevèrent une délicate brise balayant le butin jusqu&rsquo;à la camoufler de la tête aux pieds.</p>



<p>La fillette n&rsquo;osait plus respirer. Elle les remercia en silence puis enchérit&nbsp;:</p>



<p>— Peut-être vous serait-il possible de créer aussi une légère brume, quelque chose qui fasse perdre à ma gouvernante son sens de l’orientation&nbsp;?</p>



<p>— Nous, Lutins, nous n&rsquo;avons pas cette capacité. Mais les Sylphes oui&nbsp;! Nous allons de ce pas relayer ta demande.</p>



<p>La douce chaleur s&rsquo;éloigna de ses joues. Un sentiment de tristesse fugace pesa sur son âme. Elle espérait retrouver au plus vite ses nouveaux amis. Elle avait tant de questions&nbsp;!</p>



<p>À l&rsquo;évidence, les Sylphes mirent du cœur à l&rsquo;ouvrage. Ces entités de l’air tissèrent une trame complexe. Ils empruntèrent le souffle de la terre, les perles de rosée et les exhalaisons des insectes volants. Leurs corps énergétiques gonflèrent alors cette délicate dentelle qui déploya sa beauté.</p>



<p>La petite fille, qui avait tenté un œil hors de son bouclier végétal, contempla la vapeur d&rsquo;eau s&rsquo;élever du sol et gagner tout le jardin. Les premiers rayons du soleil s’entrechoquèrent sur les particules en suspension et irradièrent de toute part. La brume opalescente en devint aveuglante.</p>



<p>— Adriana&nbsp;! Revenez, on n&rsquo;y voit goutte&nbsp;! Vous risquez de vous tordre une cheville ou de vous briser les os. Revenez, vous dis-je&nbsp;!</p>



<p>Elle entendit sa gouvernante passer et repasser à plusieurs reprises à proximité du topiaire qui l&rsquo;abritait. Puis, elle distingua une irrésistible mélodie cristalline qui s&rsquo;égrenait au-dessus des rosiers. Elle ressentit le besoin impérieux de se lever et de suivre l’envoûtante musique. Mais la chaleur orangée ressurgit contre ses deux joues et elle perçut, à l&rsquo;intérieur de son être, la voix de l’un des Lutins&nbsp;:</p>



<p>— Ne bouge pas, petite, ce sont les Ondines qui attirent ta gouvernante vers l&rsquo;étang. Attends encore un peu.</p>



<p>Quelques secondes plus tard, un grand cri résonna dans la brume, suivi d’un plouf retentissant&nbsp;:</p>



<p>— Adria&#8230; glouglou&#8230; na&nbsp;! Au sec&#8230; glouglou&#8230; ours&nbsp;!</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
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		<item>
		<title>La compagne des mystères</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/la-compagne-des-mysteres/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 10:15:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[merveilleux]]></category>
		<category><![CDATA[poétique]]></category>
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					<description><![CDATA[La vieille patiente là, sur le pavé, rue Picpus, son étal à ses pieds. Comme chaque matin de chaque année depuis des lustres. Sur le tréteau de bois fatigué, trois boîtes de fer. De celles qui contenaient jadis les biscuits de grand-mères. Le dessus, couleur sépia portraiture des femmes voluptueuses, nues, très baroques sous leurs [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>La vieille patiente là, sur le pavé, rue Picpus, son étal à ses pieds. Comme chaque matin de chaque année depuis des lustres. Sur le tréteau de bois fatigué, trois boîtes de fer. De celles qui contenaient jadis les biscuits de grand-mères. Le dessus, couleur sépia portraiture des femmes voluptueuses, nues, très baroques sous leurs voiles de mousseline.</p>



<p>Il l’épie, à l&rsquo;abri de son rideau de dentelle au crochet, assis sur son éternel fauteuil râpé. Comme chaque matin de chaque année depuis tout autant de lustres. Il estime tous les recoins de ses rides, les parcelles d&rsquo;expressions, petites touches de sa vie. Il pourrait décrire chacune de ses dix robes, aubergine, prune, bordeaux, informes choses qui lui couvrent jusqu’aux mollets. Ses deux paires de chaussures — peu servies — la promènent de son éventaire à l&rsquo;entrée de son immeuble, trois pas derrière elle. Trois noms en face des sonnettes. Il en a déduit qu&rsquo;elle s&rsquo;appelait Madame Martin. Il n&rsquo;en sait pas plus. N&rsquo;a jamais cherché à percer le mystère des trois coffrets.</p>



<p>Parfois, un badaud s&rsquo;arrête devant sa maigre camelote. La conversation s&rsquo;engage. Il ne peut que deviner ce qui se dit. Son ouïe le trahit depuis déjà fort longtemps. <em>Vous vendez quoi&nbsp;? Qu&rsquo;y a-t-il dans ses boîtes&nbsp;?</em> Il ne connaît pas les réponses. Jamais elle n&rsquo;a montré le contenu aux curieux. Elle tend la main, empoche quelques piécettes, soulève le couvercle en protégeant les côtés de ses doigts. Ne jamais en laisser entrevoir la teneur. Il la regarde marmonner aux biscuits, attendre une réaction invisible, reprendre son soliloque, attendre. Un ou deux instants plus tard, elle rabat avec fracas la chape et adressant à son acheteur un large sourire édenté, lui donne ce qui semble être une réplique satisfaisante puisqu&rsquo;il repart d&rsquo;un pas guilleret.</p>



<p>Il aurait aimé pour pouvoir descendre dans la rue, s&rsquo;arrêter devant l&rsquo;étal de Madame Martin, découvrir ses trésors. Ses boîtes sont devenues son obsession. Ses boîtes et leurs secrets qui rendent les gens heureux. Car il s’emmerde à mourir, sans distraction autre que les manigances de Madame Martin. Car il se tortille dans le vide de sa vie, cloué dans son fauteuil roulant, avec pour tout aide une infirmière grognon qui passe en coup de vent deux fois par jour.</p>



<p class="has-text-align-center">***</p>



<p>Madame Martin n&rsquo;est plus. Il ne l&rsquo;a pas vue pendant trois longs jours. Puis, des gens sont entrés dans son immeuble et en sont ressortis avec ses meubles. Des tas de vieux meubles de bois très foncé et tarabiscoté. Des coussins et des chats. Et les trois boîtes. Les gens ont embarqué le mobilier, les coussins et les chats, mais ont laissé les trois reliquaires sur le trottoir, à côté des poubelles. Dès que les déménageurs ont tourné le dos, il a interpellé une gamine qui rôdait, lui promettant perles et merveilles si elle lui remettait les coffrets.</p>



<p>Elles sont là, devant lui, alignées sur la table du salon. Sous le voile de la première femme peinte sur le couvercle, un nom&nbsp;: Amour. Dans les cheveux de la deuxième&nbsp;: Argent. Dans la main de la dernière&nbsp;: Santé. Il les caresse, se demande s&rsquo;il a le droit de les ouvrir, comme ça, sans sésame. Alors, il marmonne quelque chose d’opaque, juste ce qu’il faut d’occulte. Croit-il. Puis, sans plus tergiverser, il soulève avec précaution la première. Rien. Vide. Pas même une miette. Bouillonnant, il s’attaque aux deux autres. Rien. Vide. Le néant dans sa plénitude. La minote, pas tout à fait partie, à peine planquée dans l’embrasure, suggère que peut-être il devrait poser la question.</p>



<p>— Quelle question&nbsp;?</p>



<p>— J’sais pas. La vieille, elle posait toujours une question à la boîte.</p>



<p>— Et bien, vas-y, pose une question, toi&nbsp;!</p>



<p>La gosse se glisse vers la table et comme le faisait Madame Martin, place sa main sur les hanches d’Argent, prend un air inspiré et claironne&nbsp;: «&nbsp;Est-ce que maman va trouver bientôt un travail&nbsp;?&nbsp;». L’enfant redresse le couvercle et son regard semble se transfigurer. Il voit alors une lumière vive provenir de l’écrin. Il tente de piloter son fauteuil derrière la fillette, mais celle-ci referme le coffret d’un claquement sec.</p>



<p>— Eh, et moi&nbsp;! Je voulais guigner aussi&nbsp;!</p>



<p>— Tu n’as pas le droit, c’est réservé à celui qui pose la question.</p>



<p>— Comment le sais-tu&nbsp;?</p>



<p>— Ben, je sais pas. C’est juste normal, quoi. Tu poses une question, la boîte, elle te répond. T’as qu’à essayer avec une autre&nbsp;!</p>



<p>— Non, donne-moi celle-là&nbsp;!</p>



<p>Il s’en empare, grommelle vite fait «&nbsp;Est-ce que l’OM va gagner ce soir&nbsp;?&nbsp;» et louche dans l’ouverture. Rien. Toujours vide.</p>



<p>La gamine ricane un peu, récupère l’objet et réitère la demande. À nouveau, un reflet du soleil semble envahir la figure de la petite. Ses yeux zigzaguent, examinent le contenant, elle pousse même son petit doigt sur les bords, se gondole et referme le tout.</p>



<p>— Oui, ils vont gagner trois à deux.</p>



<p>— Mais qu’est-ce que tu vois là-dedans&nbsp;?</p>



<p>— La scène. Ce qui va se passer. Comme au cinéma, mais en vrai. J’ai vu les buteurs, les spectateurs hystériques dans les gradins. Le match, quoi. Mais en accéléré en fait.</p>



<p>— Et pourquoi moi je vois rien&nbsp;?</p>



<p>— J’sais pas. P’t’être parce que t’y crois pas. Quand tu ouvres, tu dois y croire. Être certain que tu vas voir quelque chose.</p>



<p>— Ah&nbsp;! Je vais essayer alors. Va-t’en, laisse-moi maintenant.</p>



<p>— J’pourrai revenir&nbsp;? Poser des questions aux trucs&nbsp;?</p>



<p>— Oui, tu peux.</p>



<p>— Dis, comment tu t’appelles&nbsp;?</p>



<p>— Henri. Et toi&nbsp;?</p>



<p>— Clara. Adessias Henri&nbsp;!</p>



<p>Il la regarde quitter la pièce en sautillant. Il sait que contrairement à Clara, il n’arrivera jamais à faire parler ces coffrets. Leurs trésors sont réservés à ceux qui ont gardé une imagination fertile. Ou aux saintes illuminées. Ou aux voyantes toquées.</p>



<p>Avec quelque chose comme une pointe de regret, il balance les trois caissettes à la poubelle.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>La perle des maléfices</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/la-perle-des-malefices/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 09:55:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[merveilleux]]></category>
		<category><![CDATA[social]]></category>
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					<description><![CDATA[Elle l&#8217;observait par-delà les flammes, fermant un œil, puis l&#8217;autre, en le couvrant de sa main. Qu&#8217;il était beau son Aimable dans la lumière scintillante du brasier&#160;! La petite fille soupira d&#8217;aise. Elle pouvait passer des heures à le regarder, de loin, bien cachée derrière un muret de pierres, dans le creux des branches du [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Elle l&rsquo;observait par-delà les flammes, fermant un œil, puis l&rsquo;autre, en le couvrant de sa main. Qu&rsquo;il était beau son Aimable dans la lumière scintillante du brasier&nbsp;! La petite fille soupira d&rsquo;aise. Elle pouvait passer des heures à le regarder, de loin, bien cachée derrière un muret de pierres, dans le creux des branches du vieux saule, ou tapis sous un buisson de romarin. Qu&rsquo;il était fort et sa peau cuivrée luisait sous l&rsquo;effort des travaux agricoles&nbsp;! Ce soir, pourtant, elle n&rsquo;aimait pas trop ce qu&rsquo;elle voyait. Elle l&rsquo;avait vu prendre, en douce, la main de Fanette, une grosse fille de ferme un peu niaise. Joséphine trouvait qu&rsquo;elle riait beaucoup trop fort et bien trop souvent. Son corsage était toujours ouvert bien plus que les conventions l&rsquo;exigeaient, même pour une paysanne. Maintes fois, elle s’était fait réprimander par la femme du métayer, mais Fanette resserrait la corde de coton en gloussant et le caraco se rouvrait à la première occasion. Joséphine estimait que Fanette était encore plus bête qu&rsquo;une poule. Alors, quand tout à l’heure <em>son</em> Aimable s&rsquo;était approché de cette idiote, elle avait grimacé de dépit. Aimable attendrait quelques années qu&rsquo;elle soit en âge de se marier, cela avait toujours été évident pour Joséphine&nbsp;! Elle pourrait ainsi lui déclarer son amour, il prendrait sa main avec douceur et la baiserait avec dévotion. Il l&rsquo;enlèverait et la porterait comme un précieux trésor jusque chez monsieur le curé pour qu&rsquo;il bénisse leur union secrète. Car Joséphine, du haut de ses treize ans, était consciente que ses parents, de riches propriétaires terriens, ne la laisseraient pas épouser un valet de ferme&nbsp;! Mais qu&rsquo;importe. Joséphine était prête à tout pour son bel Aimable. Bien entendu, elle ne lui avait rien dit. Elle ne s&rsquo;était même pas aventurée à lui parler, au-delà d&rsquo;une timide salutation, un jour qu&rsquo;elle s&rsquo;était trouvée tout à fait par hasard sur son chemin.</p>



<p>En fermant un œil et en tournant un tout petit peu la tête, Joséphine pouvait faire abstraction de Fanette. Elle ne distinguait que son prince qui brillait derrière l&rsquo;immense feu de joie. En fermant l&rsquo;autre, elle voyait Fanette, le corsage encore plus délacé que d&rsquo;habitude, qui riait stupidement. Deux jeunes gens s&rsquo;étaient approchés du couple. Ils n&rsquo;allaient pas tarder à rejoindre les danseurs qui s&rsquo;étaient lancés dans une musette endiablée. Joséphine préférait rester ici avec les vieux du village et sa mamie.</p>



<p>Ce matin, peu avant l&rsquo;aube, elle était partie cueillir les sept plantes sacrées de la Saint-Jean. En ce jour de fête, les herbes recouvertes de rosées possédaient des pouvoirs encore plus puissants que d&rsquo;habitude. Elle confectionnerait des cataplasmes de millepertuis pour les jambes de sa grand-mère et un tonic à base d’achillée millefeuille. Mais, elle avait aussi récolté d&rsquo;autres plantes, des herbes secrètes dont personne ne parlait en public, en tout cas pas devant elle. Mais Joséphine écoutait sans vergogne aux portes et elle avait entendu la sage-femme conseiller sa tante, ainsi qu’une jeune servante qui ne s&rsquo;était pas très bien sentie pendant quelque mois.</p>



<p>La vieille Mélie connaissait aussi beaucoup de recettes pour soulager ou pour détruire. Elle était discrète, cette sorcière revêche, mais Joséphine savait y faire, la flattant pour qu’elle s’épanche. La petite fille accompagnait souvent Mélie dans ses errances à travers les prés. Elle avait réussi à lui extraire quelques secrets de potions et formules mystérieuses. D&rsquo;ailleurs, elle s&rsquo;apprêtait à en essayer une, en cette nuit sacrée. Les plantes, qu&rsquo;elle avait récoltées avec soin ce matin, séchaient en ce moment même au-dessus de son lit. Dès que le feu de la fête sera consumé et que les jeunes gens s&rsquo;amuseront à sauter par-dessus les flammes mourantes, elle demandera à l&rsquo;intendant de lui prendre un menu bout de braise qu&rsquo;elle déposera dans un pot avec ses plantes magiques. Ce soir, elle testera un nouveau sortilège mi-inspiré des savoirs de la vieille Mélie, mi-sorti tout droit de son imagination.</p>



<p>Joséphine partit se coucher bien avant que Fanette soit entraînée par Aimable et ses acolytes à l’extérieur du groupe, loin des lumières et des violons de la fête.</p>



<p class="has-text-align-center">***</p>



<p>En ce lendemain de réjouissance, la maisonnée peinait à sortir d&rsquo;une doucereuse léthargie, au contraire de Joséphine qui, surexcitée, s&rsquo;était levée de bon matin. Elle avait couru à la ferme pour tenter d&rsquo;entr’apercevoir son amoureux. Il était bien là, avec les autres valets à se débarbouiller au puits, tout guilleret, lançant des clins d&rsquo;œil complice à ces compagnons de la veille. Il vit Joséphine a moitié cachée derrière un buisson et l&rsquo;interpella en riant&nbsp;: «&nbsp;Bonjour mam&rsquo;zelle, vous cherchez qu&rsquo;equ’chose&nbsp;?&nbsp;» Joséphine s&rsquo;enfuit, rouge de confusion. Il lui avait parlé&nbsp;! Il lui avait parlé&nbsp;! La potion magique avait fait effet&nbsp;! Enfin, en partie en tout cas. Elle se mit à la recherche de Fanette qui aurait dû quitter la ferme, pour autant bien sûr que son maléfice se soit avéré efficace. Elle ne la trouva ni à l&rsquo;écurie, ni à la cuisine, ni encore à la buanderie. Aurait-elle réussi&nbsp;? Par acquit de conscience, Joséphine courut jusqu&rsquo;à l&rsquo;orée du bois pour avoir une vue dominante sur l&rsquo;exploitation. Les poules, qui étaient revenues chercher le grain lancé par l&rsquo;une des servantes s&rsquo;en allaient vadrouiller à travers champs. Les chèvres s&rsquo;étaient rassemblées dans le pré tout au sud. La cour était momentanément vidée de tout occupant. Tous les domestiques devaient être attelés à leurs tâches matinales. Il ne restait plus qu&rsquo;à redescendre pour vérifier si Fanette n&rsquo;était pas retournée à l&rsquo;intérieur. Quand, soudain, elle crut entendre un rire bizarre, comme celui du geai des chênes. Elle se tourna vers la forêt d&rsquo;où venait le son et vit arriver celle-là même qu&rsquo;elle cherchait, tout échevelée, à moitié nue sous sa chemise déchirée, sa coiffe attachée sous son cou et pendant dans son dos. Elle courait, non pas en ligne droite, mais en faisant des tours sur elle-même, des bonds sur le côté, criant, hurlant, riant, Joséphine ne savait pas au juste. La petite fille, tremblante de peur à la vue de ce comportement démentiel, s&rsquo;enfuit en hâte rejoindre les siens.</p>



<p class="has-text-align-center">***</p>



<p><em>Quelques mois plus tard&#8230;</em></p>



<p>Depuis que Fanette était partie pour une «&nbsp;maison de santé&nbsp;» —&nbsp;comme on le chuchotait&nbsp;— Aimable s&rsquo;était comporté d’une manière un peu bizarre. Joséphine trouvait qu&rsquo;il était plus taciturne, qu&rsquo;il faisait moins la fête avec les autres valets. Lorsque Suzette, une petite bergère arrivée depuis peu, fit des <em>mines</em> devant Aimable et que celui-ci sembla avoir retrouvé sa gaîté, Joséphine estima qu&rsquo;il était temps de faire brûler à nouveau quelques herbes de la Saint-Jean qu&rsquo;elle avait conservée précieusement. Le sortilège avait si bien réussi la première fois, qu’elle n&rsquo;eut aucun doute&nbsp;: Suzette allait disparaître, elle aussi.</p>



<p>Et Suzette disparut en effet. On ne récupéra que sa robe déchirée accrochée à un bosquet. À la ferme, on conclut qu&rsquo;un loup l&rsquo;avait dévorée. Mais on murmurait d’ailleurs beaucoup et nombreux était ceux qui commençait à regarder Aimable et ses amis d&rsquo;un air bizarre. On l’aurait vu vagabonder avec ses deux comparses dans les collines où la jeune pastourelle faisait paître ses brebis.</p>



<p>Heureusement que Joséphine veillait au grain. La place dans le cœur de son amoureux était libre, pour le moment, et chaque jour qui passait l&rsquo;approchait de l’instant bienheureux où il viendrait lui pendre la main en lui soupirant des mots doux.</p>
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