<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>introspectif &#8211; Alice de Castillon &#8211; Autrice</title>
	<atom:link href="https://alicedecastillon.com/tag/introspectif/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://alicedecastillon.com</link>
	<description>Courtes histoires à lire entre deux pauses</description>
	<lastBuildDate>Wed, 25 Mar 2026 19:15:48 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>
	hourly	</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>
	1	</sy:updateFrequency>
	<generator>https://wordpress.org/?v=6.9.4</generator>

<image>
	<url>https://alicedecastillon.com/wp-content/uploads/cropped-favicon-32x32.png</url>
	<title>introspectif &#8211; Alice de Castillon &#8211; Autrice</title>
	<link>https://alicedecastillon.com</link>
	<width>32</width>
	<height>32</height>
</image> 
	<item>
		<title>L’itinéraire de l’espace-temps</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/litineraire-de-lespace-temps/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 10:29:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[introspectif]]></category>
		<category><![CDATA[réaliste]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://alicedecastillon.com/?p=429</guid>

					<description><![CDATA[Je t&#8217;attends. Tu pars, mais je serai là, sur ce banc, à ne penser qu&#8217;à toi, mon cher mari. La ferme végète. Par manque d&#8217;hommes, de chevaux, tous au front à maîtriser l&#8217;ennemi. Mais le potager et le verger ne nous ont pas délaissés. Je peux nourrir le petit Paul et donner mon lait à [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Je t&rsquo;attends. Tu pars, mais je serai là, sur ce banc, à ne penser qu&rsquo;à toi, mon cher mari.</p>



<p>La ferme végète. Par manque d&rsquo;hommes, de chevaux, tous au front à maîtriser l&rsquo;ennemi.</p>



<p>Mais le potager et le verger ne nous ont pas délaissés.</p>



<p>Je peux nourrir le petit Paul et donner mon lait à notre Yvette qui ne connaît pas encore tes bras valeureux.</p>



<p>Le télégramme ment.</p>



<p>Porté disparu. Comment peut-on disparaître&nbsp;?</p>



<p>Je ne le crois pas. Il ment. Je t&rsquo;attends sur mon banc en te tricotant de solides chaussettes.</p>



<p>Yvette marche. Elle me suit à la vigne. Cet hiver, je taille seule les sarments.</p>



<p>Le régent dit que Paul est sage. Il m&rsquo;aide comme il peut le petit.</p>



<p>Les hommes sont revenus. L’orge et l&rsquo;épeautre ploient sous le mistral.</p>



<p>Je t&rsquo;attends, tu as dû être retenu.</p>



<p>En ton nom, je lance le signal des moissons. La récolte sera bonne.</p>



<p>On me conseille d&rsquo;acheter les terres du Père Milou. Dois-je accepter&nbsp;?</p>



<p>Mon courrier m&rsquo;a été retourné. Barré, tracé. La guerre est terminée à ce qu&rsquo;il paraît.</p>



<p>Le monsieur du remembrement me harcèle. Échanger un arpent contre un autre.</p>



<p>Il a bien fallu que je consente. Nos huit hectares sont désormais d&rsquo;un seul tenant.</p>



<p>Paul arrête l&rsquo;école. Il doit m&rsquo;aider à la ferme. Le chasselas ne paie plus aussi bien qu&rsquo;avant.</p>



<p>J&rsquo;ai à mes pieds le dernier panier de raisin. Il est pour toi, quand tu reviendras.</p>



<p>Car je t&rsquo;attends, sur mon banc. Je tricote des gilets pour nos saisonniers.</p>



<p>Les fonctionnaires de Paris nous ont donné des sous pour mettre des pommes. Adieu vigne et champs de blé&nbsp;!</p>



<p>Tu ne seras pas content quand tu verras ça.</p>



<p>Je n&rsquo;avais pas le choix, tu sais.</p>



<p>Yvette a trouvé une bonne place chez le notaire de Gordes. Elle y sera bien, je crois.</p>



<p>Les arbres sont robustes et croulent sous les fruits. La coopérative nous les achète un bon prix.</p>



<p>Paul a engagé deux salariés. Il désire retourner à l&rsquo;école, le soir après le labeur.</p>



<p>J&rsquo;ai peur. Pour la première fois, j&rsquo;ai peur. Et s&rsquo;il abandonnait la terre, lui aussi&nbsp;?</p>



<p>Il prétend que je pourrai me débrouiller toute seule. Avec nos aides. Qu&rsquo;il ne sera jamais très loin.</p>



<p>Je me réfugie souvent sur le banc et je t&rsquo;attends toujours.</p>



<p>Tu n&rsquo;es pas mort, tu n&rsquo;es que <em>disparu</em>. Tu reviendras, je le sais.</p>



<p>J&rsquo;ai troqué les gilets contre des brassières. Paul vient d&rsquo;avoir un bébé.</p>



<p>Sa femme est très jolie. Une fille de la ville, une fille bien.</p>



<p>La coopérative ne veut plus de nos <em>Golden</em>. On va devoir raser les charpentières et greffer des <em>Vauriasse</em>.</p>



<p>Ma hanche gauche m&rsquo;a lâchée. Le chirurgien m&rsquo;en a greffé une en plastique.</p>



<p>Le potager est à l&rsquo;abandon. Je ne peux plus me baisser comme avant.</p>



<p>Après les <em>Vauriasse</em>, nous avons dû mettre des <em>Pomme d’Adam</em>. Puis des <em>Reinette du Luberon</em>.</p>



<p>Et à nouveau des <em>Golden</em>.</p>



<p>Les prix dégringolent chaque année. Mais Paul pense qu&rsquo;il y a une solution.</p>



<p>C&rsquo;est qu&rsquo;il est devenu quelqu&rsquo;un le petit. Il est au conseil communal. Tu peux en être fier.</p>



<p>Il veut que je vende&nbsp;! Paul insiste pour que je m&rsquo;en dessaisisse <em>maintenant</em>.</p>



<p>Les terres, la maison. Mon banc&nbsp;!</p>



<p>C&rsquo;est impossible, lui ai-je dit. C&rsquo;est ici que tu m&rsquo;as demandé de t&rsquo;attendre. Alors je t&rsquo;attends.</p>



<p>Les pommes, ça ne paie plus.</p>



<p>La dernière récolte est dans une caisse, à mes pieds. À côté du raisin que je t&rsquo;ai gardé.</p>



<p>Yvette et son mari — un avocat — m&rsquo;encouragent eux aussi à liquider mes biens.</p>



<p>Je refuse.</p>



<p>Ils s&rsquo;obstinent tous. Se montrent de plus en plus pressant.</p>



<p>Il paraît que j&rsquo;ai trop tardé. Paul prétend que l&rsquo;État va m&rsquo;exproprier. Enfin, pas tout à fait.</p>



<p>Juste la ferme. La maison et le banc m&rsquo;appartiennent toujours.</p>



<p>Je regarde pousser autour de moi d’immenses entrepôts, puis des routes.</p>



<p>Une autoroute se déroule à l&rsquo;arrière.</p>



<p>Ikea m&rsquo;offre des centaines de milliers de Francs pour me racheter le peu qu&rsquo;il me reste.</p>



<p>Par charité, qu&rsquo;ils disent. Ils ne pourront rien faire de ce minuscule triangle d’herbes folles perdu dans l’entrelacs d’asphalte.</p>



<p>Je refuse. Je refuserai jusqu&rsquo;à ma mort. S&rsquo;ils veulent saisir mon logement, qu&rsquo;ils le prennent&nbsp;!</p>



<p>Mais le banc, jamais&nbsp;!</p>



<p>Ces émotions me fragilisent le cœur.</p>



<p>Je ne vois plus ni Paul, ni Yvette, ni mes petits-enfants. Ils sont fâchés.</p>



<p>Je m&rsquo;assieds sur le banc. Je ne tricote plus. L&rsquo;arthrite, tu sais.</p>



<p>La cagette de raisin et celle de pommes sont là, à mes pieds.</p>



<p>Ce soir, je t&rsquo;attends. Je n&rsquo;ai plus la force de lutter. Viens, s&rsquo;il te plaît, viens ce soir.</p>



<p>Ne m&rsquo;abandonne pas cette fois-ci&nbsp;!</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L’île de l&#8217;espace</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/lile-de-lespace/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 10:17:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[introspectif]]></category>
		<category><![CDATA[science-fiction]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://alicedecastillon.com/?p=405</guid>

					<description><![CDATA[Anaïs déploya ses petits bras trop maigres, prête à s&#8217;enfuir. Elle les agita, mimant l’envol d’un oiseau. Qu&#8217;attendaient-ils là-haut&#160;? Pour ne pas flétrir cette aura de zénitude qui l&#8217;enveloppait, elle glissa sur le faux sable devant l&#8217;hologramme de plage ensoleillée. Ses jambes, deux baguettes fragiles, la soutenaient dans une danse évanescente. Tout était grâce chez [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Anaïs déploya ses petits bras trop maigres, prête à s&rsquo;enfuir. Elle les agita, mimant l’envol d’un oiseau.</p>



<p>Qu&rsquo;attendaient-ils là-haut&nbsp;?</p>



<p>Pour ne pas flétrir cette aura de zénitude qui l&rsquo;enveloppait, elle glissa sur le faux sable devant l&rsquo;hologramme de plage ensoleillée. Ses jambes, deux baguettes fragiles, la soutenaient dans une danse évanescente. Tout était grâce chez Anaïs, même en cet instant ultime. Ses cheveux lisses, d&rsquo;un blond presque transparent lui avaient donné autrefois un air de madone enfantine. Avant qu&rsquo;elle ne les perde par poignées. En ce jour décisif, elle avait dissimulé son crâne dénudé sous un turban sophistiqué. Elle y avait accroché perles et diamants, rien que des choses précieuses. Sa silhouette longiligne et souple, son port de tête altier avaient fait d&rsquo;elle une icône de la mode, une égérie pour les marques de luxe. Avant que la santé ne l&rsquo;abandonne. Que le monde ne la déserte. Elle n’était plus que l’ombre de la resplendissante elle-même. Une fleur fanée avant l’âge. Une femme coupée de sa féminité, ses seins l’ayant trahie. Par deux fois.</p>



<p>Si dans l’ensemble le voyage organisé par l’agence <em>UnikTourSpace.com</em> avait été parfait en tout point, ce rivage fictif ne l’illusionnait guère. Quel ersatz de beauté par rapport à ce qui prévalait à l’extérieur&nbsp;! Vite, qu’ils fassent vite&nbsp;! La dame en noir n’attendrait pas. Le trajet avait été assez éprouvant. L’apesanteur subie dans la navette spatiale <em>Lynx Mark&nbsp;II</em> qui l’avait amené jusqu’ici avait bousculé ses traitements médicaux. Son corps n’était plus qu’un vaste cocktail chimique&nbsp;: corticoïdes, antalgiques, psychotropes, antispasmodiques&#8230; Car la mort l&rsquo;accompagnait depuis près de six ans déjà. Elle était devenue sa complice dans un rapport amour-haine&nbsp;: <em>je te veux, viens me chercher, je n’en peux plus&nbsp;! Va-t’en, laisse-moi encore vivre&nbsp;!</em> Jusqu’au jour où elle avait contacté cette agence spécialisée dans les vols suborbitaux pour ce voyage un peu particulier. Anaïs plongea les yeux dans les vagues frémissantes de l’hologramme. Un parfum d&#8217;embrun, quelques gouttelettes iodées lui frappèrent le visage. Sa vieille amie, maîtresse des ténèbres, en profita pour lui tendre la main. Anaïs y glissa la sienne. Elle était prête.</p>



<p>Qu&rsquo;attendaient-ils là-haut&nbsp;?</p>



<p>Le chuintement des pistons d&rsquo;ouverture du sas résonna dans l&rsquo;espace restreint de la capsule. Elle y entra, déterminée, la main toujours dans celle impalpable de la mort. Comme convenu, elle appuya sur l’énorme bouton bleu. La porte du sas se referma derrière elle et le système de gravitation artificielle s’arrêta. Anaïs déploya ses petits bras trop maigres, prête à s&rsquo;envoler. Elle plana un court instant dans la minuscule cabine. Puis tout se passa très vite. Une lumière se mit à clignoter quelque part sous elle. Elle avait dix secondes pour interrompre le processus si elle le désirait. Dix secondes pour crier STOP. Dix secondes infinitésimales pour revenir sur terre et mourir, déjà presque décomposée, sur un lit d’hôpital. Elle resta muette, serra encore plus fort la main de sa vieille ennemie. La porte extérieure de la capsule s&rsquo;ouvrit d&rsquo;un coup, la cabine se trouva soudain dépressurisée. Un puissant mécanisme la propulsa dans le vide intersidéral. Elle en perdit son turban qui flotta à ses côtés avec lenteur, long pan de tissu ondulant dans un au revoir.</p>



<p>Durant ses derniers instants, tournoyant dans le cosmos, Anaïs distingua la Station Spatiale Internationale qui l’avait hébergée. Elle devina le câble de liaison qui tractait le module multi-usage qu’elle venait de fuir, île éphémère accrochée dans l&rsquo;espace. Là-haut, dans la Station, ils devaient maintenant hisser le container afin de le récupérer. Mais tout cela n&rsquo;avait plus aucune espèce d&rsquo;importance. La petite bombe qu’elle portait fixée sur son corsage explosa au moment même où elle consommait son ultime souffle d’air. Les constellations accueillirent la supernova dans ce paradis qu&rsquo;était l&rsquo;univers infini, au cœur des particules de vie. Poussière, elle retourna en poussières d&rsquo;étoiles.</p>



<p>Tel avait été son plus cher désir.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Le rictus d&#8217;un volcan</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/le-rictus-dun-volcan/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 10:16:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[introspectif]]></category>
		<category><![CDATA[poétique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://alicedecastillon.com/?p=403</guid>

					<description><![CDATA[Une borie, tas de pierres amoncelées au fil du hasard, se dressait à deux pas du Petit Chaperon Rouge. Deux longues enjambées et elle pourrait trouver refuge dans cette rustique masure. Elle venait de parcourir mille lieues dans ce paysage quasi lunaire sous un soleil diffus qui écrasait l&#8217;air d&#8217;une lumière aveuglante. Elle aurait dû [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Une borie, tas de pierres amoncelées au fil du hasard, se dressait à deux pas du Petit Chaperon Rouge. Deux longues enjambées et elle pourrait trouver refuge dans cette rustique masure. Elle venait de parcourir mille lieues dans ce paysage quasi lunaire sous un soleil diffus qui écrasait l&rsquo;air d&rsquo;une lumière aveuglante. Elle aurait dû avoir très chaud, mais ce n&rsquo;était pas le cas. Les collines pelées d&rsquo;où s&rsquo;échappaient quelques touffes de thym et de sarriette serpentaient monotones, sans offrir la moindre ombre rafraîchissante. Elle ne transpirait pas, elle n&rsquo;avait pas soif, alors même qu&rsquo;elle courrait à perdre haleine pour se dérober au loup. Ce maudit canidé se tenait à sa droite, de l&rsquo;autre côté du ruisselet verni. Il serait sur elle en deux foulées.</p>



<p>L&rsquo;atmosphère confinée lui pesait sur ses mollets raidis. Surtout le gauche qui semblait bloqué en l’air, presque à l’horizontale. Son bras droit, tendu devant elle, la faisait souffrir aussi. Une envie de changement la prit soudain aux tripes. Cette vie si insipide, ce scénario si prévisible et surtout ce décor si imperturbable, elle n’en pouvait plus. En réponse magique à son désir, une gigantesque fleur bleue apparut sur sa gauche, au-delà des valons, au-delà de son univers. Elle n’était pas très douée en botanique. Était-ce une gentiane&nbsp;? Non, une digitale, peut-être&nbsp;? Aucune certitude. Le Petit Chaperon Rouge eut le loisir de l&rsquo;observer sous toutes les coutures. Le genre d&rsquo;horreur en papier mâché que sa grand-mère aurait pu avoir chez elle. Pas tout à fait la diversion espérée.</p>



<p>Elle jeta son regard sur le sommet tout pointu, à l&rsquo;arrière de la borie. Il la narguait depuis bien trop longtemps avec son sourire crispé de vieille femme édentée. Cette montagne, par exemple, ne pourrait-elle pas arrêter de crachoter de la neige sèche à intervalle régulier&nbsp;? Ça varierait un peu son ordinaire. Hélas, l&rsquo;éruption quotidienne n&rsquo;allait pas tarder. Le sol gronda, elle tremblota sur sa base et capta l&rsquo;œillade amusée du loup qui semblait dire&nbsp;: «&nbsp;Eh oui ma petite, tu ne perds rien pour attendre&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>Elle se retrouva quelques secondes la tête en bas et l&rsquo;estomac dans les gencives puis tout le paysage se redressa. Son ennemi, la langue toujours pendante, n&rsquo;avait pas bougé d&rsquo;un <em>iota</em>. Pourtant, cette fois-ci, aucun <em>crachoti</em> ne sortit du volcan. Un instant d&rsquo;hésitation et le Petit Chaperon Rouge se sentit ballottée de gauche à droite avec une fougue insoupçonnable. Elle faillit vomir, mais ne perdit pas pour autant sa pause d’éternelle fugitive.</p>



<p>Le calme revint. Le sol cessa de trembler. Elle glissa un œil vers son inséparable adversaire, figé à jamais à quelques centimètres d’elle. Rien ne viendrait perturber l’immobile scène.</p>



<p class="has-text-align-center">***</p>



<p>D’un triste soupir, le vieil homme reposa sa boule à neige à côté de sa nouvelle acquisition, une jacinthe fort bleue et fort artificielle. «&nbsp;Encore une de foutue&nbsp;!&nbsp;»</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Les fesses d&#8217;une modèle</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/les-fesses-dune-modele/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 09:59:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[introspectif]]></category>
		<category><![CDATA[violence]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://alicedecastillon.com/?p=380</guid>

					<description><![CDATA[«&#160;Un&#160;!&#160;» La lumière fusa en mille petits éclats argentés, prismes de pacotille dans lesquels Pauline sombra. Perceptions intensifiées. Aveuglement. L’irradiation l’éclaboussa et sa raison se fendilla de toute part. Un fragment lui heurta le cœur&#160;: maman&#160;! pour retomber, déchu, dans le voile de neige cotonneux. «&#160;Deux&#160;!&#160;» Un éclair d&#8217;un ton nouveau illumina la scène. Elle [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>«&nbsp;Un&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>La lumière fusa en mille petits éclats argentés, prismes de pacotille dans lesquels Pauline sombra. Perceptions intensifiées. Aveuglement. L’irradiation l’éclaboussa et sa raison se fendilla de toute part. Un fragment lui heurta le cœur&nbsp;: <em>maman&nbsp;!</em> pour retomber, déchu, dans le voile de neige cotonneux.</p>



<p>«&nbsp;Deux&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>Un éclair d&rsquo;un ton nouveau illumina la scène. Elle vit des choses au loin, des reflets de ses rêves, minces espoirs qu&rsquo;elle aurait dû laisser perdre à jamais. La lumière opaline avait un jour scintillé dans ses yeux. Un jour ou était-ce une nuit&nbsp;? Si peu, en fait. À quoi bon s&rsquo;accrocher&nbsp;? La peinture s&rsquo;écailla. Tout redevint blanc.</p>



<p>«&nbsp;Trois&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>Jean, c&rsquo;était Jean qu&rsquo;elle avait entraperçu dans le dernier éclat de nacre. Se pouvait-il que Jean l&rsquo;aimât&nbsp;? Il lui avait souri, un jour, à la sortie de l&rsquo;internat, la seule fois où l&rsquo;on était venu la chercher. Mais il devait l&rsquo;avoir oublié aujourd&rsquo;hui. Parce qu’elle était de celles qu’on oublie. La pépite d&rsquo;argent retomba avec les autres sur le tapis de neige. <em>Adieu, Jean&nbsp;!</em></p>



<p>«&nbsp;Quatre&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>L’embrasement du tison repeignit l&rsquo;atmosphère en rouge vif. Les éclats de lumières devinrent incandescents. La colère remonta à la surface. L&rsquo;injustice, violente ou sournoise, officielle ou perverse emprisonnait son espace. Pauline sentit les barres de fer se resserrer autour d’elle, l&rsquo;écrasant, la réduisant en bouillie obéissante. <em>Ne discute pas, Pauline. Obéis&nbsp;! Tu n’as pas le choix. Obéis&nbsp;!</em></p>



<p>«&nbsp;Cinq&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>Les flammes léchaient son âme, retournant sa volonté, sa droiture en un amas malléable, doucereux. Elle était devenue sa propre honte. La brûlure se faisait de plus en plus intense. Mordante, même, attaquant son épine dorsale, son vrai moi. Sa peau tendre de petite fille rougeoyait dans l’opprobre. <em>Obéis et tais-toi&nbsp;!</em></p>



<p>«&nbsp;Six&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>Non&nbsp;! Elle n&rsquo;était pas lui. <em>Satan, va-t’en&nbsp;!</em> Pauline hurlait en secret, depuis de longs mois, depuis qu&rsquo;elle ne se reconnaissait plus. Ce n&rsquo;était pas sa nature. Elle n&rsquo;était pas de feu&nbsp;; elle était de silence. Elle ne savait pas trahir&nbsp;; elle était ange. Les coups, les menaces, les brimades avaient fait d’elle un être sournois, fielleux, vipère. Cela n’était pas elle. <em>Non&nbsp;!</em></p>



<p>«&nbsp;Sept&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>Un bourdonnement irascible accompagnait maintenant la forge. Comme un moustique coincé dans une oreille. Le pilonnage devenait lourd, presque lent. Le grésillement irrégulier, dans sa tonalité et son balancement. Elle l&rsquo;avait mérité. Elle n&rsquo;était plus rien, rien qu&rsquo;un ignoble vers de terre malfaisant. <em>Retourne donc là-dessous, tu n&rsquo;as rien fait de bon ici. Rien.</em></p>



<p>«&nbsp;Huit&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>Un sursaut la ressaisit alors qu&rsquo;elle se laissait choir. Pauline crut entrevoir l&rsquo;abbé ami dans l&rsquo;un des prismes de feu qui jaillissaient de l&rsquo;âtre. Il lui avait tendu la main un jour où son monde s&rsquo;était écroulé pour la première fois. Mais non, ce n&rsquo;était qu&rsquo;une illusion perdue. Un reflet déformé, une fausse réalité.</p>



<p>«&nbsp;Neuf&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>Aux étincelles, aux vrombissements du bourdon, vint s&rsquo;ajouter le soufre. Pauline s&rsquo;approchait de l&rsquo;enfer et cela lui importait peu. Elle avait déjà connu tout ce que le Malin avait en réserve ici-bas. Tout. Elle n&rsquo;était que victime, mais verrait-on la différence&nbsp;? Elle ne la voyait plus. Un brouillard rougeâtre et larmoyant emplit désormais son esprit.</p>



<p>«&nbsp;Et dix&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>La fin pour son bourreau, la fin pour elle peut-être. Elle l&rsquo;espérait, lui tendait les mains&nbsp;; offerte. Le brasier crépitant l&rsquo;avait enveloppé tout entier et plus un souffle ne semblait vouloir la déloger. Le bourdonnement avait cessé. Un silence de plomb étendit son manteau sur Pauline. Éteignoir.</p>



<p class="has-text-align-center">***</p>



<p>«&nbsp;Yvonne, Marcelle, allez aider votre camarade à se relever. Jetez-lui de l&rsquo;eau froide si nécessaire, ça lui éclaircira les idées&nbsp;».</p>



<p>«&nbsp;Mesdemoiselles, reprit l’institutrice très droite dans son sombre tablier marine, vous avez goûté, je l&rsquo;espère, la façon dont Pauline a subi sa punition. Pas un gémissement, pas une supplication. Prenez-en de la graine, jeunes filles&nbsp;! Mais reprenons, fit-elle en claquant sa règle sur le haut pupitre de bois qui trônait sur l&rsquo;estrade, allons, allons, page cent vingt-quatre&#8230;&nbsp;»</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Essence des lieux</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/essence-des-lieux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 09:33:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[introspectif]]></category>
		<category><![CDATA[thriller]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://alicedecastillon.com/?p=355</guid>

					<description><![CDATA[Mais quelle idée de choisir une nuit sans lune&#160;! Elle n&#8217;aurait jamais imaginé qu&#8217;il puisse faire si sombre. Pas une once de lumière ne balayait le vieux mas reclus au milieu des vignes. Ce n&#8217;était pourtant pas la première fois qu&#8217;elle dormait à la campagne. Mais c&#8217;était bien la première fois qu&#8217;il n&#8217;y avait aucun [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Mais quelle idée de choisir une nuit sans lune&nbsp;! Elle n&rsquo;aurait jamais imaginé qu&rsquo;il puisse faire si sombre. Pas une once de lumière ne balayait le vieux mas reclus au milieu des vignes. Ce n&rsquo;était pourtant pas la première fois qu&rsquo;elle dormait à la campagne. Mais c&rsquo;était bien la première fois qu&rsquo;il n&rsquo;y avait aucun éclairage nocturne. Rien&nbsp;! La première chose qu&rsquo;elle ferait installer serait un énorme spot de cinq cents watts dans le platane. Si elle achetait la maison&nbsp;! Elle correspondait certes à tous les critères qu&rsquo;elle s&rsquo;était fixés&nbsp;: à rénover de fond en comble selon ses goûts, isolée de voisins fureteurs et de chiens brailleurs, à trente minutes d&rsquo;Aix. Et le plus important, offrir une grande surface au rez-de-chaussée pour son atelier. Un espace qu&rsquo;elle garnirait d&rsquo;immenses baies vitrées pour y faire entrer la lumière de Provence. C&rsquo;était dans cette pièce, qui pour l&rsquo;instant ressemblait plus à une grange désaffectée qu&rsquo;à un atelier, qu&rsquo;elle était assise, entortillée dans son sac de couchage à même le sol en terre battue.</p>



<p>Elle frissonna. Les nuits d&rsquo;octobre étaient tout aussi humides ici qu&rsquo;à Paris. Elle aurait dû penser à prendre un radiateur au gaz. Ou de quoi faire un brasero. Ce qui aurait eu l&rsquo;avantage de faire fuir les mulots et les chauves-souris qu&rsquo;elle avait déjà croisés en nombre depuis le début de la soirée. Pour l&rsquo;instant, ils l&rsquo;avaient laissé tranquille, ne s&rsquo;occupant que de leurs petites affaires personnelles. Mais en serait-il ainsi, plus tard, lorsqu&rsquo;elle aurait succombé au sommeil malgré la vigilance qu&rsquo;elle voulait maintenir&nbsp;? Si cela s&rsquo;avérait vraiment trop difficile, elle pourrait toujours repartir, retrouver le lit douillet de sa chambre d&rsquo;hôtes. Mais non, elle était venue ici dans un but précis et n&rsquo;allait pas faillir à sa mission. Elle atteindrait l&rsquo;aube. Coûte que coûte.</p>



<p>Quelle heure était-il&nbsp;? À peine une heure. Elle aurait du mal à tenir éveillé encore longtemps. Elle décida de faire le tour de la bâtisse.</p>



<p>De jour, ces lieux étaient paisibles, ressourçant, l&rsquo;atmosphère bienveillante. Cette maison était pour elle, elle en était convaincue. Elle s&rsquo;y était tout de suite sentie à l&rsquo;aise, à sa juste place. Pourtant, un petit quelque chose l&rsquo;avait retenue de signer sur-le-champ l&rsquo;offre d&rsquo;achat. Un détail, un ressenti qu&rsquo;elle avait du mal à expliquer et qu&rsquo;elle était venue confirmer cette nuit.</p>



<p>Comme tout mas provençal qui se respectait, des pièces basses de plafonds se succédaient en enfilade, selon l&rsquo;idée d&rsquo;un labyrinthe construit par un architecte en état d&rsquo;ébriété. Elle avait visité la maison plusieurs fois, de jour, avait même fait dessiner les plans des futurs aménagements. Malgré tout, là dans le noir avec pour seul éclairage une mini torche, elle avait du mal à se repérer. Ici, c&rsquo;était la cuisine. L&rsquo;odeur de vieille suie tenace imbibait les murs. En face, deux autres portes. Celle de gauche donnait sur le cellier puis sur une petite cour. Celle de droite menait à un dédale de chambres qui finissait en cul-de-sac. Elle décida de commencer par là.</p>



<p>Elle fit trois pas, au jugé, vers le centre de la salle. D&rsquo;un mouvement du poignet, elle balaya de sa lampe l&rsquo;ensemble de la pièce. Les parois étaient encore recouvertes par endroit d&rsquo;un papier peint de velours épais. La faible clarté de la torche ne permettait pas de voir tous les détails. Il lui semblait avoir entraperçu une tache bizarre sur le mur de gauche. Elle glissa ses doigts sur la surface&nbsp;: velours, pierre sèche, velours, la tache humide, quelque chose de gluant — une bestiole écrasée&nbsp;? Des fluides corporels mixés à un reste de carapace. Tournant la tête dans l’espoir de trouver quelque chose qui puisse servir de chiffon, son regard fut attiré par des gravats au fond de la pièce. Mais un bruit retint son attention. Une sorte de sifflement très doux provenait de la chambre voisine. Non, de la cuisine qu&rsquo;elle venait de quitter. Difficile d&rsquo;identifier l&rsquo;origine exacte. Le son semblait naître de partout et de nulle part, se déplaçait sans se mouvoir. Pourtant, le mistral ne soufflait pas cette nuit-là. Elle réprima un petit frisson. Ses sens lui jouaient des tours. Tout était explicable, il ne fallait pas qu&rsquo;elle ait la frousse au moindre bruit. Sinon, elle ne pourrait jamais habiter seule ici. Elle apprendrait, elle saurait donner des noms à chaque insecte. Chaque craquement. Chaque odeur. Elle apprendrait. Elle prit une profonde respiration, le temps de calmer ses nerfs et entra dans la pièce suivante.</p>



<p>L&rsquo;air sentait le renfermé, le moisi. La fenêtre n&rsquo;avait pas été ouverte depuis des lustres. Il faisait toujours aussi noir et sa torche n&rsquo;offrait qu&rsquo;une faible clarté juste devant elle. Elle s&rsquo;avança jusqu&rsquo;au mur et tâta le crépi mis mal par l&rsquo;humidité. Était-ce cet air vicié qui rendait l&rsquo;atmosphère plus pesante&nbsp;? Aucun son suspect. Sa respiration s&rsquo;était accélérée. L&rsquo;enduit suintait par endroit. Un truc collant, visqueux. Du sang frais&nbsp;? Son radar interne l&rsquo;avertit que quelque chose s&rsquo;approchait sans bruit. Ni même un souffle. Les poils de sa nuque se hérissèrent. Elle stoppa net. Une goutte de sueur perla le long de sa colonne vertébrale. La Chose semblait l’envelopper de sa présence. L’envahir de tous côtés. Sans bouger le bas du corps, elle tourna le faisceau lumineux de sa torche vers l&rsquo;arrière. Rien&nbsp;! Elle avait dû rêver. Elle entendit à nouveau le léger sifflement qui paraissait provenir de la chambre suivante. Voulait-elle à tout prix continuer&nbsp;?</p>



<p>La nuit était le moment idéal pour capter l’atmosphère du mas, découvrir ce qui se dégageait vraiment de ces vieux murs. Elle savait que le vécu des habitants précédents, tous depuis le premier, avait imprégné dans la pierre leurs souffrances, leurs joies, leurs doutes et leurs espérances. Elle pourrait rénover la maison, la réaménager, mais ne pourrait pas changer l&rsquo;essence même du lieu. Elle respira profondément et se dirigea vers la porte.</p>



<p>Cette pièce avait dû être une buanderie ou salle de bain, reconnaissable à son carrelage au sol et sur une partie des murs. Elle aurait pensé que la couleur claire du revêtement allait renvoyer un peu de lumière. Mais il y faisait tout aussi sombre que dans le reste de la bâtisse. À gauche, il devait y avoir une porte basse qui donnait accès à quelques marches conduisant à un réduit en contrebas. Un espace que l&rsquo;agent immobilier n&rsquo;avait su définir. En s&rsquo;engageant dans la buanderie, sa tête heurta une poutre. Elle lâcha sa lampe qui s&rsquo;éteignit en tombant sur le sol. Une grosse araignée, attirée par les cheveux pris dans sa toile lui dégoulina dans le cou. Elle hurla de frayeur. Puis de douleur. Et d&rsquo;angoisse à l’idée de se retrouver dans le noir le plus absolu. Elle se tortilla pour essayer de faire dégringoler la bestiole, tout en protégeant sa tête avec son bras. Elle heurta du pied la torche qui se fracassa contre le mur. Elle était à deux doigts de sangloter. Elle s&rsquo;assit sur le sol glacé et tenta de rassembler ses esprits. Il n&rsquo;y avait plus que le petit réduit à explorer, elle n’allait pas faire demi-tour maintenant&nbsp;? Elle prit son courage à deux mains et suivit du bout des doigts les faïences en bon état relatif. Cette buanderie lui avait paru plus modeste de jour. Sa main refroidissait à force d&rsquo;effleurer les carreaux glacés. Où était ce réduit&nbsp;? Elle n&rsquo;arrivait plus à retrouver l&rsquo;ouverture. Et ce mur qui n&rsquo;en finissait pas. Bizarre. Son cœur s&rsquo;accéléra. Comment était-ce possible&nbsp;? Il fallait continuer, au pire, elle reviendrait vers l’entrée. La pièce n&rsquo;exaltait aucune odeur de rance, mais il lui sembla que l&rsquo;atmosphère était tout aussi lourde que dans la chambre précédente. Peut-être plus pesante encore. Non, elle ne rêvait pas, la Chose était là aussi. Elle percevait, non pas son souffle, mais sa présence invisible. Une brise tourbillonna dans son cou. Elle trembla de tous ses membres. Elle se jeta à genoux. Il fallait qu’elle trouve l’ouverture du réduit, et vite. Elle en était certaine, cette minuscule pièce était le centre de la maison. Son sanctuaire.</p>



<p>Que ce carrelage pouvait être glaçant&nbsp;! Elle sentait le froid envahir ses deux bras. Et ses jambes aussi. L&rsquo;engourdissement ne tarderait pas à poindre. Elle n’avançait qu’avec difficulté, son cœur lançant de sourds battements dans ses tympans. Non, en fait, ce n’était pas ça. Le son grave et régulier semblait venir d’ailleurs. Et à nouveau cette brise, sur les mollets cette fois-ci. La Chose s’approchait. Elle tremblait de tout son être. Si elle arrivait à l’envelopper tout entière, c’en était fini d’elle.</p>



<p>Elle atteignit enfin l’ouverture, plus basse et plus étroite que dans son souvenir. Elle tenta de se relever, mais prise de vertiges, elle dut s’accrocher à l’encadrement qui paraissait être fait de pâte à modeler. Tout dansait dans sa tête. Les percussions avaient cessé leurs clameurs, mais un grésillement les avait remplacées. Elle avait dû se lever trop vite.</p>



<p>Pliée en deux elle descendit avec prudence les trois marches de béton effrité. La clarté du réduit la surprit. Un rayon de lune semblait percer le fenestron placé tout en haut du mur. Pourtant, dehors, tout à l&rsquo;heure, elle en était certaine, elle n&rsquo;avait pas vu l&rsquo;astre nocturne. Les parois de pierre dévoilaient tour à tour, au gré du faible rayonnement scintillant, des taches de couleur sombre, dessins fascinants que le temps avait produits. Elle fit avec lenteur le tour de la pièce avec la sensation de flotter dans un bain d’éther. Arrivée sous le soupirail, elle s&rsquo;arrêta et regarda le mur d&rsquo;en face. Le faisceau lumineux projetait un trait éphémère qui sous ses yeux ébahis forma un chat grimaçant, évanescent. Tout se déroula en l&rsquo;espace de quelques secondes, mais durant ce bref laps de temps, elle put ressentir une exaltation, une vibration si intense qu’elle se crut au paradis. Un sentiment de bien-être absolu et d’amour universel.</p>



<p>***</p>



<p>— Bonne nouvelle Suzanne, le mas de la Treille a été vendu à la Parisienne de l&rsquo;autre jour, tu te rappelles, la peintre-sculptrice&nbsp;!</p>



<p>— Le mas de la Secte comme tu l&rsquo;avais surnommé&nbsp;? Ouah&nbsp;! enfin, depuis le temps qu&rsquo;il était dans nos fichiers. Les autres agents immobiliers seront aussi heureux de l&rsquo;apprendre. Tu lui as dit pour l&rsquo;ancien propriétaire&nbsp;?</p>



<p>— Sa folie tu veux dire&nbsp;?</p>



<p>— Oui, la sienne et celle de tous les autres&nbsp;!</p>



<p>— Non, elle ne m&rsquo;a rien demandé&nbsp;!</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>La fin du matin</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/la-fin-du-matin/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 09:31:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[drame]]></category>
		<category><![CDATA[introspectif]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://alicedecastillon.com/?p=353</guid>

					<description><![CDATA[Il y a celles, gracieuses et légères, devant qui la barrière s&#8217;ouvre, avant même qu&#8217;elles n&#8217;aient eu le temps de ralentir leur marche vers le bonheur. Il y a celles, posées, qui s&#8217;arrêtent un instant, le regard tourné vers l&#8217;espoir et devant qui l&#8217;avenir se prosterne. Il y a celles qui patientent, hésitent, reculent, reviennent, [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Il y a celles, gracieuses et légères, devant qui la barrière s&rsquo;ouvre, avant même qu&rsquo;elles n&rsquo;aient eu le temps de ralentir leur marche vers le bonheur. Il y a celles, posées, qui s&rsquo;arrêtent un instant, le regard tourné vers l&rsquo;espoir et devant qui l&rsquo;avenir se prosterne. Il y a celles qui patientent, hésitent, reculent, reviennent, supplient, insistent, mais qui finissent par accéder aux confins du sacré. Puis, il y a des Fleur, des Dalia ou des Rose qui ne franchiront jamais cette lice, vouées à la nuit infinie, désert sans étoiles.</p>



<p>Mais il y a aussi des Sonia et des Louise. De celles qui ont versé tant de larmes, mais qui ont eu foi en leur destinée, à qui un jour, c&rsquo;était certain, le ciel allait offrir ce cadeau tant désiré, qui mois après mois, ont vécu au rythme des pulsions de l&rsquo;attente, de fous espoirs, à la recherche d&rsquo;indices qui soulèveraient à jamais ce voile les maintenant dans leur non-état, de sursis encore, de déchirements devant l&rsquo;échec, de pleurs toujours. Un jour, un matin, alors que justement, cette fois-ci, elles n’en pouvaient plus d’espérer — tant de souffrance pour si peu de fortune — un matin, les dieux ont souri, la barrière s&rsquo;est ouverte et sans même faire un pas, sans vraiment réaliser, elles se sont sues enceintes.</p>



<p>Le soleil a alors lui, indéfiniment, jour et nuit&nbsp;; ce fut un matin immuable, un bonheur intense, une béatitude dont elles n&rsquo;avaient jamais imaginé l’étendue divine. Elles se retrouvaient enfin parmi celles qui portent la vie, une caste à part, vénérée de toujours par les Hommes. Un passage obligé, banal, si normal. Normalité qui rend suspectes toutes femmes qui refusent d&rsquo;accéder à cette félicité. Normalité qui défient celles qui n&rsquo;y arrivent pas malgré leurs criantes envies&nbsp;: «&nbsp;Tu n&rsquo;y crois pas assez&nbsp;!&nbsp;», «&nbsp;C’est la preuve que tu ne veux pas vraiment&nbsp;!&nbsp;», «&nbsp;Il n&rsquo;y a pas assez d&rsquo;amour dans votre couple&nbsp;!&nbsp;».</p>



<p>Les voilà donc femmes de plein droit, admises au rang de Mère, légitimée.</p>



<p>Ce matin s’est perpétué quelques jours, des semaines ou de longs mois. Elles bénissaient les déesses de la fertilité, Isis, Gaïa ou Inanna, caressant leurs ventres, berceau fragile de leurs espérances, composant un bébé joufflu, priant pour qu&rsquo;il naisse dans la sérénité, le voyant courir joyeusement vers son père, tomber, se relever, apprendre, se nourrir de sourires, le dévorant sous leurs baisers. Ce petit être avait envahi tout leur univers. Elles se promenaient, fières, leurs ventres protégés par leurs mains, souriant d’un air entendu à toutes les futures mères, s’émerveillant devant une brassière, tricotant de minuscules chaussons.</p>



<p>Et puis un jour ou une nuit, le matin se fut. La douleur les arracha à leurs chimères, les foudroyant sur place. Tout en elles refusait de croire que le soleil s&rsquo;était éteint à jamais. «&nbsp;Docteur, docteur, dites-moi, ce n&rsquo;est pas fini&nbsp;? dites-moi, le voyez-vous encore&nbsp;?&nbsp;» Mais le docteur ne vit rien, rien qu&rsquo;un ventre vide, une immensité désertique, le néant, la mort. À nouveau stérile.</p>



<p>Leur regard, jusque-là tourné vers le fruit de leurs entrailles, s&rsquo;éleva alors vers le ciel constellé d&rsquo;étoiles où la nuit luisait pour toujours et pour l&rsquo;éternité, à la recherche de leur petit ange, une lueur parmi tant d’autres dans le firmament des mères abandonnées des dieux.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>La peur des fous</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/la-peur-des-fous/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 05 Feb 2026 11:40:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[drame]]></category>
		<category><![CDATA[introspectif]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://alicedecastillon.com/?p=299</guid>

					<description><![CDATA[«&#160;Mrs&#160;Dalloway annonça qu&#8217;elle irait acheter les fleurs elle-même.&#160;»(1) La party de ce soir s&#8217;annonçait très réussie. Lucie s&#8217;était occupée de tout, comme d&#8217;habitude. D&#8217;un pas léger, Clarissa Dalloway s&#8217;avança en direction de St James&#8217;s Park. Tout Londres semblait s&#8217;être réveillé de bonne humeur. Le Mall froufroutait, comme à l&#8217;ordinaire, de robes, d&#8217;ombrelles et de dentelles, [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>«&nbsp;Mrs&nbsp;Dalloway annonça qu&rsquo;elle irait acheter les fleurs elle-même.&nbsp;»<sup>(1)</sup> La <em>party</em> de ce soir s&rsquo;annonçait très réussie. Lucie s&rsquo;était occupée de tout, comme d&rsquo;habitude. D&rsquo;un pas léger, Clarissa Dalloway s&rsquo;avança en direction de St James&rsquo;s Park. Tout Londres semblait s&rsquo;être réveillé de bonne humeur. Le Mall froufroutait, comme à l&rsquo;ordinaire, de robes, d&rsquo;ombrelles et de dentelles, de messieurs en chapeau-feutre et canne à pommeaux d&rsquo;ivoire&nbsp;; tiens, n&rsquo;était-ce pas Hugh Whitbread là-bas, ce bon vieux Hugh, souriant, toujours soumis, impassible, aux étranges langueurs de sa femme, d&rsquo;une tenue toujours irréprochable comme l&rsquo;exigeait son emploi à la Cour, l&rsquo;exigeait les conventions. Comme cette soirée, qu&rsquo;elle organisait pour Richard, afin qu&rsquo;il puisse avoir un mot discret avec une vieille barbe qui lui permettrait, peut-être, de faire avancer sa carrière au gouvernement&nbsp;; cette gentry parmi laquelle elle se devait d&rsquo;évoluer avec grâce et légèreté. Elle avait besoin de ces personnes-là, de cette société qui lui donnait l&rsquo;opportunité de dilapider son temps en déjeuners, dîners, soirées, <em>parties</em>, de parler de tout et de rien, d&rsquo;émousser son esprit, de se perdre en superficialité, l&#8217;empêchant ainsi de penser, d&rsquo;entendre la voix des oiseaux se mêler aux gémissements des voitures, pépiant ensemble en une dissonante harmonie, grossir, grossir jusqu&rsquo;aux hurlements assourdissants, strier son espace et emporter avec eux l&rsquo;essence même de son âme. L&rsquo;engloutir tout entière.</p>



<p>Ou comme acheter ses fleurs alors que Lucie aurait très bien pu s&rsquo;en occuper, mais les usages voulaient que la maîtresse de maison «&nbsp;fasse&nbsp;» les fleurs. Or, Mrs&nbsp;Dalloway n&rsquo;aimait pas «&nbsp;faire&nbsp;» les fleurs. Il lui faudrait choisir diverses variétés, former un bouquet original et soigné, marier les couleurs avec élégance. Mais comme à chaque fois, elle ne serait sensible qu&rsquo;à la beauté des pois de senteur. Puis, parmi cette luxuriante abondance végétale, d&rsquo;étranges efflorescences rouges sortiraient soudain de sa propre chair, de ses flancs, de son cou, pour se faner sur-le-champ au contact de son souffle. Leurs feuilles minuscules frémiraient, tinteraient et leur mélodie envahirait sa tête qui se consumerait cependant dans un embrasement douloureux. Comme à chaque fois. Elle chassa en hâte cette pénible idée (elle donnerait carte blanche au fleuriste), pour ne penser qu&rsquo;à des choses joyeuses, comme la venue de Peter Walsh à sa soirée.</p>



<p>Elle ne l&rsquo;avait plus revu depuis cinq ans ou peut-être même plus. Il était parti en Inde lorsqu&rsquo;elle lui avait préféré Richard Dalloway et depuis ne s&rsquo;étaient guère croisés lors de ses rares retours en Angleterre. Était-ce une chose joyeuse que de le retrouver&nbsp;? Peter était vivant, connecté par des millions de fibres aux arbres vivants de ce parc, aux feuilles vivantes. Il s&rsquo;étirait au rythme des saisons, bruissait sous la brise, rougissait sous le soleil, se renfermait à la première morsure de l&rsquo;hiver, tantôt recroquevillé sur lui-même comme une ramure asséchée, tantôt épanoui sous l&rsquo;excès de matière nutritive, vibrant, accroché à son tronc profondément enraciné. Inamovible. Alors qu&rsquo;elle-même craignait à tout instant de se perdre, de se laisser emporter par la superficialité de son monde qui l&rsquo;engloutissait peu à peu. Elle prit Broadway dans l&rsquo;espoir absurde de retrouver pied dans la réalité marchande de cette rue.</p>



<p>Elizabeth, son Elizabeth qui, à bientôt dix-huit ans, ne s&rsquo;intéressait ni aux gants, ni aux chapeaux auxquels elle préférait son chien et la campagne. Sa fille avait, somme toute, sans doute raison. Peut-on se cacher sans fin sous les apparences&nbsp;; comme le corset qui, proclamant un maintien distingué, cache un cœur en miette&nbsp;; comme la peau délicate de l&rsquo;agneau qui recouvre les tâches de vieillesse sur des mains que l&rsquo;on voudrait pouvoir cacher à soi-même&nbsp;? Clarissa s&rsquo;était évanouie sous le poids de Mrs&nbsp;Richard Dalloway, femme du monde au bras de son politicien de mari. Clarissa a-t-elle vraiment cessé d&rsquo;exister, se demandait-elle en lorgnant un miroir dans la vitrine d&rsquo;un antiquaire. Il lui faudrait revenir ici, une autre fois, ce vase-là serait ravissant sur la console de l&rsquo;entrée. Serait-il encore là dans quelques jours&nbsp;? L&rsquo;incertitude ne s&rsquo;accorde qu&rsquo;aux vivants. Ce vase, cette psyché, cette faïence, existeraient encore, si ce n&rsquo;est ici, là-bas, sous cette forme ou sous une autre, cassé, peut-être, par un domestique maladroit, tandis qu&rsquo;elle, Clarissa Dalloway, n&rsquo;avait qu&rsquo;une existence limitée.</p>



<p>En vérité, était-ce important après tout, se demanda-t-elle en poursuivant sur Victoria Street. Tout ce qui beau, la nature immuable sous son habit sans cesse renouvelé, le vent qui fait frémir les feuilles, caresse les joues rosies des jeunes filles, apportant des promesses impossibles à tenir. Tout ce qui est beau, qu&rsquo;elle aime avec passion, est ici et maintenant. Tout cela va continuer, sans elle. Devrait-elle en éprouver du ressentiment, ou de la consolation qu&rsquo;avec la mort tout serait terminé pour elle&nbsp;? Tous ces gens qui fuyaient tous dans la même direction, ont-ils conscience de la vacuité de la vie, de sa fulgurance dans la plénitude et l&rsquo;immobilisme de leur environnement&nbsp;?</p>



<p>Clarissa se laissa emporter par la vague humaine qui s&rsquo;engouffrait, par ondulations rythmiques, dans la gare de Victoria Station. Telle la marée qui inspire, expire, attire et rejette, mais aspire plus qu&rsquo;elle n&rsquo;expulse, grandissant au fil des heures, engloutissant avec voracité tout sur son passage, les hommes et les femmes se laissèrent prendre au jeu des conventions qui vous arrachent aux bonheurs simples pour vous attacher à vos obligations. Pour l&rsquo;un, rendre visite à une vieille tante. Pour l&rsquo;autre, s&#8217;embarquer à Portsmouth dans un rêve d&rsquo;avenir meilleur. Pour celle-ci, fuir la saison des bals de débutante qu&rsquo;elle n&rsquo;était plus. Pour celui-là, embrasser une dernière fois sa mère mourante. Et elle, Clarissa, à quel jeu se pliait-elle&nbsp;?</p>



<p>La gare offrait de nombreuses possibilités d&rsquo;évasion, aurait-elle le courage d&rsquo;opter pour l&rsquo;une d&rsquo;entre elles&nbsp;? Fuir ce quotidien, la carcasse de Mrs&nbsp;Dalloway pour retrouver l&rsquo;âme nue de Clarissa, cette jeune fille qui avait été aimée, qui avait aimé et qui, peut-être, avait fait le mauvais choix, un jour. La vie aurait été difficile avec Peter, elle en était consciente. Plus gaie, plus animée, plus aérienne, plus vivante, certes. Mais tout cela, c&rsquo;est fini. Impossible d&rsquo;infléchir le passé, de prendre une option puis l&rsquo;autre, de revenir en arrière, de contrôler le mouvement du temps. Il faut se lancer, sans s&rsquo;arrêter, écouter ce cœur qui balance d&rsquo;avant en arrière, de droite à gauche, qui hésite lui aussi, qui ondule entre les envies, la passion, la sagesse. La peur du vide n&rsquo;est rien en regard de la peur de perdre son âme. Faire un choix, au hasard, car le monde entier semble dire «&nbsp;c&rsquo;est fini&nbsp;», de plus en plus fort, le grondement du cœur reflue jusqu&rsquo;aux tempes et martèle «&nbsp;c&rsquo;est fini&nbsp;», «&nbsp;c&rsquo;est fini&nbsp;». La mer soupire avec Clarissa, emporte avec elle peines et renouveaux, nettoie, lisse le sable pour que d&rsquo;autres puissent y mettre à leur tour leurs empreintes.</p>



<p>À l&rsquo;arrivée du train en provenance de Brighton, au rythme de la marée, Clarissa Dalloway se laissa chavirer sur la voie.</p>



<p><sup>(1)</sup>« <em>Mrs Dalloway said she would buy the flowers herself.</em> » Virgina Woolf, <em>Mrs Dalloway, </em>Hogarth Press, 1925, p.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>La création des saisons</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/la-creation-des-saisons/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 05 Feb 2026 11:39:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[drame]]></category>
		<category><![CDATA[introspectif]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://alicedecastillon.com/?p=297</guid>

					<description><![CDATA[Saint-Rémy de Provence — Janvier 1894 Augustine serrait dans ses grosses mains rêches de paysanne la vieille corde de chanvre qui servait d&#8217;ordinaire à hisser les bottes de foin dans le grenier. Elle la tournait et retournait, comme pour en tester la solidité, alors qu&#8217;en réalité, elle testait son propre courage. Une voix douce lui [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong>Saint-Rémy de Provence — Janvier 1894</strong></p>



<p>Augustine serrait dans ses grosses mains rêches de paysanne la vieille corde de chanvre qui servait d&rsquo;ordinaire à hisser les bottes de foin dans le grenier. Elle la tournait et retournait, comme pour en tester la solidité, alors qu&rsquo;en réalité, elle testait son propre courage. Une voix douce lui intimait de se reprendre, de penser à son mari qui n&rsquo;allait pas tarder à rentrer, à ses enfants, surtout les trois derniers, trop petits pour être placés comme domestique, à Madeleine, quatre ans à peine et qui avait encore tant besoin d&rsquo;elle. Une autre voix plus grinçante lui susurrait mielleusement, qu’au contraire, c&rsquo;était penser à ses enfants que d&rsquo;abréger les souffrances de la famille. C&rsquo;était faire acte de charité. Augustine jeta un œil furtif sur le chaudron d&rsquo;eau chaude qui dansait au-dessus de l&rsquo;âtre, au rythme saccadé du mistral glacial qui s&rsquo;infiltrait par tous les interstices. Elle n&rsquo;avait pu y lancer que quelques carottes et trois topinambours, tout ce qu&rsquo;elle avait réussi à conserver jusqu&rsquo;à présent. Et Fernand qui était parti, comme chaque jour désormais, boire sa honte et les quelques sous qui leur restait. Si elle fixait cette corde au crochet où aurait dû se trouver le jambon de l&rsquo;hiver, si elle grimpait sur cette chaise de paille en piteux état, si&#8230; Augustine frissonna. Les enfants seraient alors placés dans des familles d&rsquo;accueil et avec un peu de chance ne seraient plus obligés de mendier ou de dormir le ventre creux. Mais c&rsquo;était péché et elle le savait. Pourtant, elle était prête à se damner pour l&rsquo;éternité si cela pouvait sauver ses petits.</p>



<p class="has-text-align-center">***</p>



<p><strong>Saint-Rémy de Provence — Avril 1893</strong></p>



<p>Fernand regardait en alternance Augustine et son champ de cardères avec amour. Il serrait la main de sa belle sur son cœur et lui murmurait de douces espérances&nbsp;:</p>



<p>– Tu vois, Augustine, comme elles ont bien passé l&rsquo;hiver, nos plantations, presqu&rsquo;aucune de perdue. Des robustes, j&rsquo;te dis&nbsp;! C&rsquo;est qu&rsquo;les graines du Louis, c&rsquo;est d&rsquo;la Qua-Li-Té.</p>



<p>Il prononçait ce mot avec distinction comme pour faire ressortir la noblesse des graines du vieux fermier. C&rsquo;était la première fois qu&rsquo;il cultivait cette variété de chardon, il lui avait donc fallu acheter les semences auprès d&rsquo;un collègue et comme tout paysan qui se respecte, il savait combien le choix des plantes mères était crucial pour la bonne qualité du semis à venir.</p>



<p>– Ben oui, tu as eu raison d&rsquo;avoir fait confiance au Louis, les plants sont prometteurs. Et j&rsquo;ai eu tort de penser qu&rsquo;il essayait de t&rsquo;entortiller. Fernand, tu me pardonnes, hein&nbsp;?</p>



<p>Fernand pardonnait tout à sa belle Augustine, sa fierté, son trésor. Qu&rsquo;ils étaient heureux tous les dix, ils formaient la famille la plus joyeuse du village. La plus pauvre, mais la plus heureuse.</p>



<p>L&rsquo;année dernière, en voyant les autres paysans s&rsquo;enrichir grâce à la culture des <em>cardayro</em>, Fernand s&rsquo;était renseigné. On disait que la région était désormais la seule à produire ces chardons à foulon, indispensables à la confection de draps de qualité. Les fortunés marchands d&rsquo;Avignon revendaient les fleurs séchées aux filatures du nord, en Belgique, en Angleterre, et même en Russie&nbsp;! De quoi prospérer très vite et sans peine, lui avait-on promis.</p>



<p class="has-text-align-center">***</p>



<p><strong>Saint-Rémy de Provence — Juillet 1893</strong></p>



<p>Les plantes avaient grandi très vite sous les incessantes pluies printanières et les hampes florales atteignirent presque deux mètres. Pinsons et papillons venaient boire dans ces bars à ciel ouvert, offrant à Augustine et les enfants un spectacle enchanteur, sans cesse renouvelé.</p>



<p>Ces belles promesses avaient gonflé Fernand d&rsquo;orgueil et l&rsquo;avaient poussé à prendre des risques supplémentaires, sous le regard tendrement amoureux d&rsquo;une Augustine si fière de son mari. Il avait converti leurs derniers pâturages, avait vendu toutes leurs chèvres et emprunté le mulet du voisin pour défricher le pacage et semer encore et encore de prometteuses cardères.</p>



<p>En ce début juillet, les plantes n&rsquo;avaient pourtant pas bonne mine. Un violent mistral avait succédé aux pluies du début de l&rsquo;année. De mémoire d&rsquo;homme, on n&rsquo;avait jamais vu de vent si dévastateur&nbsp;: de nombreuses cannes s&rsquo;étaient couchées, leur pied mal assuré dans le sol gorgé d&rsquo;eau n&rsquo;avait pas résisté à la poussée démoniaque. Peut-être qu&rsquo;au printemps, il aurait dû prendre plus de soin pour protéger les plants, confiait-il à Augustine. Entre les labours, les nouveaux semis et le potager que sa femme, malgré les richesses promises, avait insisté pour conserver, Fernand n&rsquo;aurait pourtant guère pu en faire plus. Il était fourbu, courbé, vieilli avant l&rsquo;âge. Si le travail ne lui avait jamais fait peur, l&rsquo;angoisse d&rsquo;avoir tout misé sur le mauvais cheval lui rongeait les sangs et rendait ses nuits insomnieuses.</p>



<p class="has-text-align-center">***</p>



<p><strong>Saint-Rémy de Provence — Octobre 1893</strong></p>



<p>La Provence est un pays d&rsquo;extrêmes&nbsp;: violence dans le verbe, violence des paysages bouleversés par un climat soumis aux fantasmes des dieux, violence des hommes aussi, pris dans ces tourments excessifs. Après les pluies diluviennes et le mistral dévastateur vinrent les longs mois de sécheresse. Le soleil s&rsquo;était posé à la verticale de Saint-Rémy et ne s&rsquo;y délogea pas. En ce mois d&rsquo;octobre, il faisait encore très chaud et les orages d&rsquo;automne n&rsquo;arrivaient qu&rsquo;avec parcimonie.</p>



<p>Les <em>cardayro</em> de Fernand privées d&rsquo;eau ne s&rsquo;étaient pas complètement développées. Son Augustine avait eu raison de se méfier du vieux Louis qui leur avait cédé des graines médiocres, trop vite grandies, trop fragiles. Ajoutant à cela un manque de soin au printemps, son inexpérience et sa soif de couvrir sa belle de fanfreluches, les fleurs de Fernand n&rsquo;atteignirent pas le diamètre nécessaire pour être vendues un bon prix. Les marchands lui expliquèrent que tous les capitules devaient avoir le même diamètre, le plus gros possible, pour pouvoir être montés bout à bout, une fois séchés, sur de longues tiges d&rsquo;acier. Les draps de laine passaient alors sous un chapelet de cardères qui griffaient sans fin, avec douceur, le tissu pour le lainer, formant ainsi un duvet de feutre, doux, chaud et serré. Sur les marchés d&rsquo;Avignon et Cavaillon, les acheteurs étaient rois et Fernand ne put écouler son maigre stock.</p>



<p>L&rsquo;argent vint terriblement à manquer et l&rsquo;on dut vendre le cochon, trop malingre, à vil prix. Fernand loua alors ses bras aux plus offrants et Augustine tenta, tant bien que mal, de nourrir ses petits avec ce que le potager leur avait laissé récolter.</p>



<p>L&rsquo;hiver s&rsquo;avançait, lugubre.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>La boîte du peintre</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/la-boite-du-peintre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 05 Feb 2026 11:38:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[introspectif]]></category>
		<category><![CDATA[poétique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://alicedecastillon.com/?p=293</guid>

					<description><![CDATA[La bouche déversait un flot continu de grossièretés qui s&#8217;écoulaient sur le sol pour former une mélasse malodorante. Le peintre, genoux à terre, recevait cette boue verbeuse à pleines mains pour la sublimer sur son immense toile. Il ne dessinait que des bouches. Des bouches en mouvements qui vibraient sous les sons tirés d’une boîte [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>La bouche déversait un flot continu de grossièretés qui s&rsquo;écoulaient sur le sol pour former une mélasse malodorante. Le peintre, genoux à terre, recevait cette boue verbeuse à pleines mains pour la sublimer sur son immense toile. Il ne dessinait que des bouches. Des bouches en mouvements qui vibraient sous les sons tirés d’une boîte en carton. Des sons forcés sur les lèvres de ses modèles, des acteurs amateurs dispersés dans son atelier, au gré de ses humeurs, pour composer une symphonie dissonante.</p>



<p>Ces bouches, voluptueuses, pincées, fines, flétries, jeunes ou insignifiantes, il avait été les cueillir à la sortie d&rsquo;un match d&rsquo;improvisation. Elles étaient capables de palabrer sans perdre haleine sur la simple impulsion d&rsquo;une formule imagée.</p>



<p>Quand, dans l&rsquo;une de ses bouches, le flot se tarissait, il l&rsquo;invitait d&rsquo;un geste à reprendre un billet dans la boîte, porte ouverte sur les souvenirs. <img decoding="async" width="150" height="24" class="wp-image-312" style="width: 150px;" src="https://alicedecastillon.com/wp-content/uploads/Image1.png" alt="Clair de lune"> engendra des mots doux. Du sucre d&rsquo;orge se formait sur des lèvres câlines pour s&rsquo;écouler, langoureux. De concert, à l&rsquo;autre bout de la pièce, un rictus frémissant éructait un volcan de griefs, toute une vie d&rsquo;amertume, stimulé par l&rsquo;expression <img decoding="async" width="150" height="24" class="wp-image-311" style="width: 150px;" src="https://alicedecastillon.com/wp-content/uploads/Image2.png" alt="Vomi d'alcool">. Le peintre accrochait ces mouvements de lippes colorées, les transmutait pour les distiller sur son canevas. Sa recherche ne portait pas sur un vain esthétisme. Les bouches révélaient bien plus que des sentiments fugaces tels que le dégoût, le désir ou le doute. Elles étaient le miroir de l&rsquo;âme, l&rsquo;essence même de son humanité. Les mots émis façonnaient les bouches, leur imprimant une forme unique indissociable des fondements du cœur.</p>



<p>D&rsquo;autres lèvres crièrent ou murmurèrent des litanies que les billets, <img decoding="async" width="150" height="24" class="wp-image-310" style="width: 150px;" src="https://alicedecastillon.com/wp-content/uploads/Image3.png" alt="Chatons joueurs">, <img loading="lazy" decoding="async" width="150" height="25" class="wp-image-309" style="width: 150px;" src="https://alicedecastillon.com/wp-content/uploads/Image4.png" alt="Craies Grinçantes"> ou <img loading="lazy" decoding="async" width="150" height="25" class="wp-image-308" style="width: 150px;" src="https://alicedecastillon.com/wp-content/uploads/Image5.png" alt="Encens d'église"> faisaient renaître dans leurs mémoires dans un tourbillon de souvenirs joyeux, tortueux ou écœurants. Des pépites, du sel de gemme, de la braise, autant d&rsquo;émotions qui s&rsquo;écoulaient des mouvements incessants de bouches rouge passion, rose bonbon ou marron tristesse. La cadence s&rsquo;accélérait, les réminiscences affluaient et l’artiste, pris dans cette tornade en perdit les sens.</p>



<p>Exalté, il se leva avec hâte et hurla un tonitruant : « STOOOOOOP ! ». Toutes les bouches s&rsquo;asséchèrent brutalement, statufiées sur leur dernier verbe. Il manquait l’essentiel, le combustible de la vie, ce qui faisait vibrer les hommes. Le peintre farfouilla alors dans la boîte et choisi l&rsquo;ultime mot, immortel, le seul digne d&rsquo;être conté : <img loading="lazy" decoding="async" width="150" height="25" class="wp-image-307" style="width: 150px;" src="https://alicedecastillon.com/wp-content/uploads/Image6.png" alt="Cri d'amour">. Il mit son smartphone devant ses lèvres et filma, pour la retranscrire plus tard sur la toile, la plus belle des déclarations.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L&#8217;œuvre de l&#8217;emmerdeur</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/loeuvre-de-lemmerdeur/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 05 Feb 2026 11:35:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[absurde]]></category>
		<category><![CDATA[introspectif]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://alicedecastillon.com/?p=287</guid>

					<description><![CDATA[Salut ! Ne cherche pas plus loin, dans cette histoire, l’emmerdeur, c’est moi ! Depuis que je squatte ici, on dit de moi que je suis l’empêcheur de tourner en rond, le faiseur d’embrouilles, le grain de sable qui fait caler le moteur. Tout ça et bien plus ! Le propriétaire du bocal glauque dans lequel je vis [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Salut ! Ne cherche pas plus loin, dans cette histoire, l’emmerdeur, c’est moi ! Depuis que je squatte ici, on dit de moi que je suis l’empêcheur de tourner en rond, le faiseur d’embrouilles, le grain de sable qui fait caler le moteur. Tout ça et bien plus ! Le propriétaire du bocal glauque dans lequel je vis est devenu littéralement fou lorsque j’ai emménagé ici il y a de ça fort longtemps. D’ailleurs, le pauvre homme, il n’est pas près de me voir repartir. Enfin, pauvre, c’est un euphémisme. Grâce à moi, oui ! je le dis sans fard ni trompette, c’est grâce à moi qu’il est riche et célèbre. Enfin, moi et Stefan Simchowitz. Oui, c’est ça, le margoulin qui achète des œuvres de jeunes artistes illustrement inconnus pour les revendre à des oligarques incultes. Donc, d&rsquo;accord, c&rsquo;est lui qui a fait connaître mon uBulle au monde entier. Oui, uBulle, c’est le nom du propriétaire de mon petit chez moi cosy tout plein. C’est con comme nom ! Ceci dit, ce n’est pas son vrai nom, c’est son nom d’artiste ! Sont fous ces artistes, choisir un nom de poisson rouge. Remarque, parfois, il me fait penser à une carpe, le zigoto : des yeux globuleux complètement absents, un air niais, une bouche pâteuse. Tout pour plaire en somme. Ce nom, je ne crois pas qu’il l’ait véritablement choisi. Lorsqu’il a commencé à produire véritablement des « œuvres » (mes guillemets), il s’était mis en quête d’un pseudo créatif digne de l&rsquo;artiste qu’il rêvait d’être. Il avait d’abord pensé à « Watt ze Fück » et heureusement, je suis arrivé juste à temps pour semer la zizanie dans sa caboche. C&rsquo;est fou, je tombe toujours à pic ! D&rsquo;ailleurs, ses potes m&rsquo;adorent. Dès qu&rsquo;il y a une fête chez uBulle, je débarque. Oh, je sais me tenir, je n&rsquo;arrive pas le premier comme un provincial mal dégrossi. Généralement, j&rsquo;attends que la plus jolie demoiselle se pointe pour faire mon entrée en scène avec fracas. Je dois avouer quand même qu&rsquo;une fois sur deux ma présence la fait fuir. Ok, ok, je vais être honnête : neuf fois sur dix. Sauf si j&rsquo;arrive après quelques verres, là, va comprendre pourquoi, je suis mieux accueilli. Mais bon, c&rsquo;est dans ma nature, je n&rsquo;arrive pas à me tenir coi. Sauf avec les beaux-parents d&rsquo;uBulle. Une fois, une seule et unique fois, j&rsquo;ai tenté de montrer le bout de mon nez, mais le regard noir de beau-papa m&rsquo;a fossoyé aussi efficacement que l&rsquo;épée de Damoclès et le dédain de belle-maman fut ma pierre tombale. Tant pis pour eux, ils n&rsquo;auront donc jamais l&rsquo;énormissime chance de faire ma connaissance. À quoi je ressemble ? Et bien, imagine un petit pois qui sautille hasardeusement, se roule dans la cagade et qui l&rsquo;étale partout. C&rsquo;est moi tout craché ! D&rsquo;ailleurs, en parlant de rouler, c&rsquo;est comme ça que tout a commencé. Mon ami uBulle, alors futur artiste célèbre, travaillait avec application, la langue coincée à la commissure des lèvres, sur une de ses œuvres, un truc qui ressemblait vaguement à une suspension Ikea, hyper banale, branquignole, démodée, une lampe de merde quoi. La seule chose qui était sympa, c&rsquo;était le nom qu&rsquo;il avait choisi : Hektar ! Donc ça, je le lui laisse, c&rsquo;est sa découverte. Mais le reste ! Heureusement que, tel Zorro, je suis arrivéééééé. J&rsquo;ai commencé par rouler tous les meubles à l&rsquo;étage, vrrroum par ci, vrrrrroum par là. Ça faisait un boucan si infernal qu&rsquo;il s&rsquo;est pris une de ces migraines carabinées. Il s&rsquo;est donc couché avec un sac de petits pois congelés sur le crâne. (Quand je vous dis que les petits pois sont utiles !) Tranquillement, j&rsquo;ai arrêté de déménager et je suis descendu lui susurrer à l&rsquo;oreille quelques idées en vrac pour sa lampe : boutons de manchette, filet à papillons, lucioles, vers luisants, plumes de cul de poule, perles Swarovski… Son mal de tête s&rsquo;étant estompé, il s&rsquo;est remis au travail. Avec mon aide, cela va sans dire. Bouclé, le fil de pêche, c&rsquo;est plus joli ! Pas trop de boutons en zircon, ça fait <em>cheap</em> ! Seulement autour de l&rsquo;ampoule, les plumes ! Et surtout, surtout, juste une seule guirlande lumineuse, c&rsquo;est pas un sapin de Noël cette lampe, que dis-je, cette œuvre d&rsquo;art ! Évidemment, il a tenté de m&rsquo;envoyer bouler. « Mais tu m&#8217;emmerdes ! » éructait-il, furieux de voir ses idées sages se faire bousculer. Il avait peur, l&rsquo;andouille. Peur de passer pour un enfant mal embouché, gribouilleur à trois doigts crasseux, géniteur d&rsquo;un énième collier de nouilles. Peur de ne pas plaire. Peur de ne pas être aimé. Alors mes suggestions couillonnes, il les détestait. Il voulait être lui-même, me disait-il. Pfff ! mais l&rsquo;imbécile, lui-même, tout seul, il est inintéressant puissance dix. Après moult palabres, j&rsquo;ai réussi à lui faire entendre ma voix. Alors, il m&rsquo;a donné ma chance et m&rsquo;a laissé participer à son œuvre, que dis-je, notre œuvre ! Au final, Stefan Simchose, le marchand d&rsquo;art, a kiffé notre « Hektar » du tonnerre de dieu. Les oligarques aussi. Depuis, on travaille toujours ensemble. En fait, je ne le quitte presque plus, sauf en cas d&rsquo;alerte beaux-parents, bien sûr. Mais eux, on ne risque plus de les voir, car sa femme l&rsquo;a plaqué. Soi-disant qu&rsquo;elle ne supportait pas notre ménage à trois. Bon débarras ! On est bien tous les deux, uBulle et moi. Comment je m’appelle, au fait ? Oh, tout simplement : <em>le petit grain de folie</em>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
	</channel>
</rss>
