<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>fantastique &#8211; Alice de Castillon &#8211; Autrice</title>
	<atom:link href="https://alicedecastillon.com/tag/fantastique/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://alicedecastillon.com</link>
	<description>Courtes histoires à lire entre deux pauses</description>
	<lastBuildDate>Wed, 25 Mar 2026 19:14:46 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>
	hourly	</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>
	1	</sy:updateFrequency>
	<generator>https://wordpress.org/?v=6.9.4</generator>

<image>
	<url>https://alicedecastillon.com/wp-content/uploads/cropped-favicon-32x32.png</url>
	<title>fantastique &#8211; Alice de Castillon &#8211; Autrice</title>
	<link>https://alicedecastillon.com</link>
	<width>32</width>
	<height>32</height>
</image> 
	<item>
		<title>L’auberge des templiers</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/lauberge-des-templiers/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 10:32:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
		<category><![CDATA[science-fiction]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://alicedecastillon.com/?p=441</guid>

					<description><![CDATA[Ses pas menus résonnent sur les dalles du sentier. Ils cliquettent, tantôt guillerets, tantôt inquiets. Où va-t-elle au juste&#160;? Dans le labo, à l&#8217;autre bout du parc, là où les lumières, coloris francs, brillent raides et glaciales. Un monde à l&#8217;opposé de l&#8217;auberge dont elle a fermé la porte d&#8217;une main pourtant certaine. Oui, il [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Ses pas menus résonnent sur les dalles du sentier. Ils cliquettent, tantôt guillerets, tantôt inquiets. Où va-t-elle au juste&nbsp;? Dans le labo, à l&rsquo;autre bout du parc, là où les lumières, coloris francs, brillent raides et glaciales. Un monde à l&rsquo;opposé de l&rsquo;auberge dont elle a fermé la porte d&rsquo;une main pourtant certaine. Oui, il le faut, elle a choisi. Cette cure detox, elle en a besoin. Elle en a rêvé ces derniers mois, étirés dans la poussière du quotidien, dans l&rsquo;ennui, le brouhaha des commérages, les entourloupes à tricoter, les manigances du petit chef et les revenchardises des collègues. Cette pause, elle l&rsquo;a méritée. Pas donnée pour autant. Les Templiers sont réputés. Elle n&rsquo;aurait pas confié son âme à n&rsquo;importe qui.</p>



<p>Ses pas ralentissent un tantinet, s&rsquo;arrêtent à côté de ce banc. Elle s&rsquo;y affale. La vieille ferme retapée, îlot de zénitude, terre d&rsquo;asile pour les égarés, clignote de milles flammes. Le tenancier voue un culte aux bougies. Purification de l&rsquo;air, apaisement des esprits, clame-t-il. Elle serait bien restée vautrée sur les pelisses devant l&rsquo;âtre, à boire du chocolat chaud et les yeux plissés à suivre les volutes des chandelles. L&rsquo;auberge est certes accueillante, mais elle n&rsquo;est pas là que pour ça. Ses genoux se tortillent, embarquent son bassin dans une torsion à quatre-vingt-dix degrés. Le banc craque sous ses fesses. Elle a rendez-vous dans l’immeuble moderne de cinq étages, à l&rsquo;autre bout du parc.</p>



<p>Un instant, elle croit y lire le mot «&nbsp;parking&nbsp;». Illusion fugace ou révélation&nbsp;? Le mirage se floute. En quelque sorte, c&rsquo;est bien cela&nbsp;: un garage pour les âmes en détresse. Une pause dans sa vie stressée. Oui, c&rsquo;est bien ce qu&rsquo;elle est venue chercher, trêve de tergiversation. Ses pas reprennent leur cours, rassérénés.</p>



<p>Un papillon orangé cavale d&rsquo;un buisson à l&rsquo;autre. Derrière lui suit une ombre qui la salue, automate au regard vide. Un patient, pense-t-elle. Elle en a déjà croisé quelques-uns depuis son arrivée ici. Ça fait un peu peur, au début. Mais l&rsquo;on sait à quoi s&rsquo;attendre. Et puis, le parc est sécurisé. Personne ne peut entrer ou s&rsquo;égarer à l&rsquo;extérieur. Que deviendraient ces gens lâchés dans la nature&nbsp;? Elle frissonne. Et si leur esprit ne leur était jamais rendu&nbsp;? Oh, elle a bien rencontré des ex-détoxés lors de ces séances organisées par les Templiers pour promouvoir leurs fameux séjours&nbsp;! Mais sont-ils tous revenus&nbsp;? Un frisson parcoure ses jambes, la fait trébucher. Elle s&rsquo;accroche à une souche, marque un temps d&rsquo;arrêt. Et que font-ils des âmes&nbsp;?</p>



<p>Elle réalise que dans l&rsquo;euphorie du moment, elle a signé le chèque sans vraiment s&rsquo;être posé toutes les questions. La présentation était léchée. Tout semblait clair. Des photos très travaillées du labo, des schémas, des explications à la pelle pour que l&rsquo;on oublie l&rsquo;essentiel. Et puis, cette belle maison dans son écrin de verdure, son salon convivial, la baie vitrée, les poutres blanchies à la chaux, les couettes douillettes, un hôtel boutique, dix chambres et un gérant aux petits oignons. Les corps séjourneront ici, leur essence de vie restera dans l&rsquo;un des tiroirs de l&rsquo;immeuble moderne juste en face. Au «&nbsp;parking&nbsp;». Une semaine ou dix jours sans penser, sans ressasser le passé, sans s&rsquo;angoisser sur l&rsquo;avenir. Les Templiers ont leur réputation pour eux, gardiens du temple depuis des siècles. Son temple à elle, dans quelques minutes.</p>



<p>Ses pas l&rsquo;entraînent, presque sans qu&rsquo;elle puisse les freiner. Elle quitte le petit bois et se retrouve en pleine lumière devant le laboratoire. Ses lignes droites rassurent. Pas de chichis, rien d&rsquo;inutile. La science au service de l&rsquo;Homme. La porte vitrée s&rsquo;ouvre sur un hall d&rsquo;une blancheur clinique. Elle s&rsquo;arrête. Que vont-ils faire de son âme&nbsp;? Stockée dans un coffre, bien au chaud dans ce bâtiment ultra-sécurisé, prétend la brochure. En vérité&nbsp;? Personne ne le sait vraiment. Personne en tout cas ne peut lui assurer qu&rsquo;elle ne sera pas perturbée, disséquée, utilisée, vilipendée, envoyée ailleurs le temps de sa cure, échangée lors de la réintégration dans son corps. Ou pire, perdue, vendue. Ne subsistera d&rsquo;elle qu&rsquo;une coquille vide condamnée à errer dans ce parc, dormir et manger comme un automate dans cette auberge de luxe.</p>



<p>— Madame Duchanel&nbsp;? Entrez donc nous vous attendons.</p>



<p>L&rsquo;hôtesse, sourire plastique scotché commercial, s&#8217;empare de son bras et la guide à l&rsquo;intérieur. Elle se redresse, ses pieds s&rsquo;affermissent. Oui, c&rsquo;est ce dont elle a besoin. Oublier son passé, ses soucis, ses ennuis.</p>



<p>Errer sans but, pour que ses angoisses ne reviennent plus jamais la hanter.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>La putain des disparus</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/la-putain-des-disparus/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 10:28:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[cynique]]></category>
		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://alicedecastillon.com/?p=427</guid>

					<description><![CDATA[Le traîneau glisse sans un souffle sur un voile cotonneux. À l&#8217;avant, si un équipage de quatre flamants opalins semble le tirer avec panache, aucune rêne ne les relie pourtant au carrosse. À l&#8217;arrière, une escorte de pélicans immaculés distribue des poussières d&#8217;étoiles. Un paon grandiose entraîne le cortège dans un silence pur, au rythme [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Le traîneau glisse sans un souffle sur un voile cotonneux. À l&rsquo;avant, si un équipage de quatre flamants opalins semble le tirer avec panache, aucune rêne ne les relie pourtant au carrosse. À l&rsquo;arrière, une escorte de pélicans immaculés distribue des poussières d&rsquo;étoiles. Un paon grandiose entraîne le cortège dans un silence pur, au rythme de ses délicates révérences. Il soulève sa traîne effilée et la déploie au-dessus de sa tête, révélant un camaïeu de blancs.</p>



<p>À leur arrivée dans la ville muette, des hordes d&rsquo;hommes et de femmes, jeunes ou vieux, s&rsquo;agglutinent sur leur passage. Poings levés, ils scandent sans un son des slogans fédérateurs. Leurs bouches tordues, prêtes à mordre pour obtenir leur dû, contrastent avec leurs yeux transis de vénération pour la pucelle alanguie sur les peaux de renard argenté qui recouvrent la luge. Son teint laiteux, piqueté de tâches de rousseurs pâles, intensifie le flamboyant de sa masse de cheveux qui ondule sur son sillage, gonflé par un puissant vent fantôme. Sa toison pubienne qui rougeoie dans l&rsquo;atmosphère blême et ses tétons rose vif lancent des invites visibles au loin&nbsp;: suivez-moi, je me donnerai à vous et ensemble, nous gagnerons&nbsp;!</p>



<p>De sa position élevée, elle surveille le mouvement de la foule qui sort par grappe de petites maisons carrées aux toits plats, enduites de chaux. Tous ses admirateurs, dissimulés sous de longues chemises de lin ou de chanvre naturel, gesticulent, s&rsquo;ébrouent sans discipline, prêts à tout pour ne pas manquer le convoi. Certains même perdent la vie, piétinés par leurs congénères par trop avides. Son air grave attise la populace. Son sexe ouvert aspire leurs possibles réflexions, questionnements, observations, et les noie dans son jus. Venez à moi, crie-t-elle par son attitude aguichante.</p>



<p>Ils se jettent alors sur elle, se font dévorer tout cru et disparaissent sans bruit dans un nuage de cendre blafarde qu&rsquo;elle abandonne dans sa foulée, sans un regard. La poudre se disperse, Vésuve bouillonnant, sur la veuve et l’orphelin, recouvre leurs mantilles noires.</p>



<p>Le traîneau glisse sans un souffle sur un voile cotonneux. Le paon blanc, majestueux, guide son attelage de ville en ville et absorbe sans un chuchotis, toujours et encore de nouveaux adeptes qui s’esquivent des petites maisons carrées chaulées de frais.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Le suaire de la chanoinesse</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/le-suaire-de-la-chanoinesse/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 05 Feb 2026 10:51:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
		<category><![CDATA[humour]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://alicedecastillon.com/?p=259</guid>

					<description><![CDATA[— Ladiez and gentlemen, diz way pleaz ! Oh bonne mère&#160;! Si un jour, on m&#8217;avait dit que le purgatoire c&#8217;était ça&#160;! Cela doit bien faire cinq cent ans et des brouettes que je hante nuit et jour cette cathédrale et en toute honnêteté, les quelques années précédentes ont été les plus difficiles. Cette guide-là [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>— Ladiez and gentlemen, diz way pleaz !</p>



<p>Oh bonne mère&nbsp;! Si un jour, on m&rsquo;avait dit que le purgatoire c&rsquo;était ça&nbsp;! Cela doit bien faire cinq cent ans et des brouettes que je hante nuit et jour cette cathédrale et en toute honnêteté, les quelques années précédentes ont été les plus difficiles. Cette guide-là doit être à l&rsquo;évidence la dernière épreuve que Saint-Pierre m&rsquo;envoie avant de m&rsquo;ouvrir les portes du paradis. Ce n&rsquo;est guère possible autrement. Ou alors je suis victime d&rsquo;un ensorcellement et je suis en enfer. Non contente de parler ce qu&rsquo;elle croit être de l&rsquo;anglais (ce n&rsquo;est pas dur, personne ne la comprend), elle amène souvent des groupes bien bizarres. L&rsquo;autre jour (enfin, je dis l&rsquo;autre jour, mais c&rsquo;était peut-être il y a 30 ans, j&rsquo;ai perdu la notion du temps), elle vient avec une flopée de gamins, des gavroches impertinents, des titis irrespectueux du lieu. Ils ont couru dans tous les sens et, tels des zéphyrs, ont éteint tous les lampions de la chapelle Sainte-Eugénie. La guide s&rsquo;évertuait à les rassembler, mais sans une once d&rsquo;autorité, que pouvait-elle bien faire&nbsp;? Rien. Elle criait au sabotage et moi, je riais sous cape. Bien fait, pauvre cloche. C&rsquo;est vrai qu&rsquo;à l&rsquo;époque, elle était encore jeune et n&rsquo;avait pas beaucoup d&rsquo;expérience. Ceci dit, depuis ce temps, plus personne ne lui confie des enfants. Pour moi, le groupe idéal est constitué d&rsquo;intellectuels, historiens ou architectes, qui phosphorent si puissamment que la cathédrale semble briller de mille feux, comme au bon vieux temps, lorsque j&rsquo;étais chanoinesse ici. La guide n&rsquo;aime pas trop ces faux clercs qui se donnent des airs et qui la contredisent sans arrêt. Et en plus, ils sont radins avec son pourboire. Elle, elle préfère de loin les Japonais (ou les Chinois, qu&rsquo;en sais-je). Ils visitent ce lieu saint au pas de charge, laissent un généreux bakchich et ne lui posent pas de questions idiotes, comme ces vieux daubeurs qui raillent tant la religion que la longueur des jupes des filles (il y en a toujours au moins un dans chaque groupe — sauf chez les Japonais — ça doit encore un coup de Saint-Pierre pour m&rsquo;éprouver). Moi, avec les Japonais (ou les Chinois, ne chipotons pas), ce qui me hérisse, c&rsquo;est qu&rsquo;ils rentrent dans l&rsquo;église avec des sacs remplis de marchandises païennes. Un jour, j&rsquo;ai presque cru que mon cœur s&rsquo;était arrêté de battre pour la deuxième fois. Une touriste avait fait ses emplettes, devinez où&nbsp;? Dans un sex-shop (c&rsquo;était écrit en grand sur le cabas)&nbsp;! Il y avait même une sorte de vilebrequin qui dépassait. Je n&rsquo;ose pas imaginer l&rsquo;usage de cette chose, pouah&nbsp;!</p>



<p>— Diz iz ze magnifaïque linteau en mahogany made by Jean Goujon</p>



<p>*Craaaaac*</p>



<p>Ah, mince, le boulet de mon suaire m&rsquo;a échappé des mains. De toute façon, le bois était ronceux et cette pouffe de guide était déjà bien vieille. Bon débarras&nbsp;!</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>La tourmente de l’instantané</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/la-tourmente-de-linstantane/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 05 Feb 2026 10:48:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
		<category><![CDATA[surréaliste]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://alicedecastillon.com/?p=253</guid>

					<description><![CDATA[Le train glissa en silence dans la lumière diffuse du mitan, abandonnant Cathy sur le quai désert. Décontenancée par l’absence de signalétique, elle farfouilla dans son sac et en ressortit la précieuse photographie. C’était bien ici, elle ne s&#8217;était pas trompée&#160;: le même village étincelait en face d&#8217;elle, sur la colline. Rassérénée, elle entreprit de [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Le train glissa en silence dans la lumière diffuse du mitan, abandonnant Cathy sur le quai désert. Décontenancée par l’absence de signalétique, elle farfouilla dans son sac et en ressortit la précieuse photographie. C’était bien ici, elle ne s&rsquo;était pas trompée&nbsp;: le même village étincelait en face d&rsquo;elle, sur la colline. Rassérénée, elle entreprit de gravir d’un bon pas la faible côte.</p>



<p>Il avait été convenu que son fils vienne la chercher à son arrivée. Elle haussa les épaules. Ils ne tarderaient pas à se croiser sur cet unique chemin. À moins qu&rsquo;Aline, la mégère qu&rsquo;il avait épousée une dizaine d&rsquo;années plus tôt ne fasse barrage&nbsp;? Cathy chassa bien vite ce nuage noir. Rien ne devait assombrir leurs retrouvailles. Elle repensa à l&rsquo;indicible joie lorsqu&rsquo;elle reçut, il y a quelques jours, cette invitation à déjeuner tous ensemble dans le restaurant réputé de ce petit coin de paradis. Une main tendue signée Aline. La photo était jointe à sa lettre. Cathy était extatique&nbsp;: elle allait enfin serrer sur son giron ses trois petits enfants. Tant de câlins perdus, quel gâchis. Oh, comme elle avait pu haïr celle qui avait ravi le cœur de son fiston et lui avait interdit, malgré ses efforts répétés, l&rsquo;accès à leur maison. Quels divins instants en perspective&nbsp;!</p>



<p>Tout à sa félicité, Cathy se retrouva plus vite que prévu à l&rsquo;entrée du village. Elle s&rsquo;arrêta une minute pour souffler. Personne à l’horizon. Pas même un véhicule ou un piéton. Un coup d&rsquo;œil rapide sur la place la rassura. Les terrasses étaient dressées et les boutiques à touristes débordaient de souvenirs. Soudain, elle réalisa que le silence régnait en maître&nbsp;: aucun chant d&rsquo;oiseaux ou claquement de talons sur le pavé, aucun miaulement. Le cœur battant, elle fit le tour des rares rues. Vides&nbsp;!</p>



<p>De retour au centre, elle s&rsquo;aperçut que les chaises du restaurant avaient été déplacées, comme si des clients transparents s&rsquo;étaient attablés. Peut-être n’était-ce pas le bon village&nbsp;? Elle repêcha dans son sac le fameux cliché. Elle dut s&rsquo;asseoir tant ses jambes flageolaient&nbsp;: la photo ne dépeignait plus la bourgade vue de la route d&rsquo;accès, mais l’esplanade où elle se trouvait. Elle tourna la tête vers la droite, l&rsquo;image parut se décaler un peu. Cathy pivota sec. L&rsquo;image suivit sa trajectoire.</p>



<p>D’un geste frénétique, elle déchira l&rsquo;épreuve démoniaque et l’envoya valser aux quatre vents. Dans un état d’intense panique, elle s&#8217;empara d&rsquo;une bicyclette adossée à un mur. Vite, quitter ses lieux maudits, attraper le train et retrouver la civilisation. Mais une voix d&rsquo;outre-tombe interrompit son mouvement&nbsp;: «&nbsp;Bienvenue dans le royaume des Êtres Invisibles&nbsp;! Tu t’es laissé guidé par la photo, tu resteras ici pour l’éternité. Aucun retour possible dans l&rsquo;autre monde. Ne cherche pas la gare, elle n&rsquo;existe plus. Installe-toi dans la maison que t’indiquera le cliché et jouis enfin du silence et de la solitude&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>Un long hurlement se propagea dans l&rsquo;azur sans nuages&nbsp;: «&nbsp;Aliiiiiiiiiiine&nbsp;!&nbsp;»</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
	</channel>
</rss>
