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	<title>drame &#8211; Alice de Castillon &#8211; Autrice</title>
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	<description>Courtes histoires à lire entre deux pauses</description>
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	<title>drame &#8211; Alice de Castillon &#8211; Autrice</title>
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		<title>Les vidéos de l’enfer</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/les-videos-de-lenfer/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 10:28:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[drame]]></category>
		<category><![CDATA[violence]]></category>
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					<description><![CDATA[— Tu me sembles épuisé. Ta journée ne t&#8217;a pas apporté toute la satisfaction espérée&#160;? — Tais-toi, j&#8217;ai pas envie d&#8217;en parler. — Je crois que si, bien au contraire. C&#8217;est non seulement la fatigue que je peux lire sur ton visage, mais aussi de la tristesse. Peut-être. Ou de la crainte, je n&#8217;arrive pas [&#8230;]]]></description>
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<p>— Tu me sembles épuisé. Ta journée ne t&rsquo;a pas apporté toute la satisfaction espérée&nbsp;?</p>



<p>— Tais-toi, j&rsquo;ai pas envie d&rsquo;en parler.</p>



<p>— Je crois que si, bien au contraire. C&rsquo;est non seulement la fatigue que je peux lire sur ton visage, mais aussi de la tristesse. Peut-être. Ou de la crainte, je n&rsquo;arrive pas toujours à décrypter tes expressions.</p>



<p>— De quoi j&rsquo;aurais peur, hein, crétin&nbsp;? Tout s&rsquo;est passé comme sur des roulettes. Merci. Et maintenant, dégage&nbsp;!</p>



<p>— Je sens bien que tu n&rsquo;es pas tranquille. C&rsquo;est la troisième bière que tu avales et vu le stock à tes pieds, ce n&rsquo;est pas la dernière.</p>



<p>— Peuh, tu vas pas me faire chier pour une bière, hein, connard&nbsp;?</p>



<p>— Ce qui me fait souci, c&rsquo;est la vodka juste à côté. Et ces pilules blanches, là.</p>



<p>— Simple précaution. Pour le cas où tu m&#8217;emmerderais, en fait. Donc, lâche-moi la grappe.</p>



<p>— Non, non, dans ces cas-là, il faut parler, extérioriser ses sentiments. Je ne t&rsquo;abandonnerai pas. Je suis ton meilleur ami, ne l&rsquo;oublie pas. Raconte-moi ce tournage. L&rsquo;actrice était belle&nbsp;?</p>



<p>— Bof, comme d&rsquo;hab. Tout en fard et artifices. À la fin, elles me dégoûtent. Toutes.</p>



<p>— Peut-être que l&rsquo;intrigue ne correspond pas à tes véritables désirs&nbsp;?</p>



<p>— Arrête de me baratiner&nbsp;! Tu me ressers toujours cette même rengaine. Le scénario est très bien. Je ne veux pas le modifier. C&rsquo;est un truc rodé. Je peux filmer sans l&rsquo;aide de personne et mes vidéos ont un certain succès.</p>



<p>— Oui, mais si c&rsquo;est pour être malheureux à chaque fois&nbsp;!</p>



<p>— Mais je suis HEU-REUX&nbsp;! Arrête, arrête, arrête&nbsp;!</p>



<p>— Très bien, je me tais. Désolé&nbsp;!</p>



<p>— &#8230;</p>



<p>— Mais si je puis me permettre, une simple petite variation pourrait changer ta vie. Et la mienne par la même occasion.</p>



<p>— Tu peux vraiment pas la boucler plus de deux secondes, hein&nbsp;?</p>



<p>— En fait, c&rsquo;est la fin qui pose problème. Tu l&rsquo;as dit toi-même. Tu pourrais donner une autre issue à ton histoire, ne penses-tu pas&nbsp;?</p>



<p>— Non. Et non. C&rsquo;est la chute qui pimente le tout&nbsp;! Tu comprends vraiment rien à rien, toi&nbsp;! Filmer un mec — moi — baiser une nana, n&rsquo;a rien d&rsquo;excitant. Le public attend autre chose&nbsp;!</p>



<p>— Mhmm, note que l&rsquo;approche de la fille sort déjà assez de l’ordinaire. Tu la plaques contre un mur, l&#8217;empêches de crier, lui soulèves les jupes et la prends avec violence. J&rsquo;aurais mon mot à dire là-dessus aussi, mais chaque chose en son temps. Parlons de cette chute, si tu veux bien.</p>



<p>— Mais non, je veux pas&nbsp;! Je veux pas, je veux pas&nbsp;! C&rsquo;est toi qui insistes sans arrêt. T&rsquo;es un stupide disque rayé, mec&nbsp;!</p>



<p>— Ne nous égarons pas. Tu prétends que le public attend autre chose qu&rsquo;une banale scène de sexe, c&rsquo;est bien ça&nbsp;?</p>



<p>— Ben ouais, quoi. Tu crois que les types qui m&rsquo;achètent mes vidéos s&rsquo;intéresseraient à des trucs soft. Non, mais tu rêves&nbsp;! Ils veulent du hard, du X dans toute sa splendeur.</p>



<p>— Mon ami, as-tu déjà pensé à te reconvertir&nbsp;? Travailler avec de vraies actrices, pas des filles que tu rafles dans la rue. Leur faire tourner de belles histoires, des&#8230;</p>



<p>— Ha ha ha&nbsp;! T&rsquo;es con, mec&nbsp;! Des films à l&rsquo;eau de rose, pendant que t&rsquo;y es, hein&nbsp;? Un truc bien sucré, bien chamallow. Non mais t&rsquo;as vu ma tête&nbsp;? Il me manque la moitié des dents, j&rsquo;ai déjà presque plus de cheveux. À vingt-quatre ans&nbsp;! J&rsquo;suis moche. J&rsquo;ai tout raté. J&rsquo;ai pas d&rsquo;autres choix pour survivre&nbsp;! Tu crois que je croupis dans ce taudis pour le plaisir&nbsp;? J&rsquo;ai. Pas. Le. Choix.</p>



<p>— Je pense surtout que tu arrives à un tournant de ta vie. La police est à tes trousses. Prends l&rsquo;argent que tu planques sous ton matelas et envole-toi pour l&rsquo;Espagne&nbsp;! Ou la côte dalmate. Il paraît que là-bas les filles sont jolies et ne demandent qu&rsquo;à jouer.</p>



<p>— Et&nbsp;? ça changera quoi&nbsp;? où que j&rsquo;aille, j&rsquo;aurais les flics sur le dos&nbsp;!</p>



<p>— Tu repars de zéro. Tu inventes un autre scénario. Tu vises un public différent, plus féminin peut-être. Inspire-toi de <em>Fifty Shades of Grey</em> par exemple. Implique tes actrices dans l&rsquo;écriture. Tu restes derrière la caméra, tu deviens réalisateur. Et vous vous rémunérez, toi et les comédiens, avec les publicités YouTube.</p>



<p>— Payer les actrices&nbsp;? T&rsquo;es pas bien toi&nbsp;? Pourquoi je les paierais si de toute façon je les zigouille à la fin de la séquence&nbsp;?</p>



<p>— (*soupir*) Mais c&rsquo;est le but&nbsp;! Tu leur laisses la vie désormais&nbsp;!</p>



<p>— Putain&nbsp;! Mais qui m&rsquo;a donné une conscience pareille&nbsp;!</p>
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		<item>
		<title>Le naufrage des rêves</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/le-naufrage-des-reves/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 10:18:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[drame]]></category>
		<category><![CDATA[violence]]></category>
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					<description><![CDATA[Son univers craquelle, un capharnaüm multicolore s’épand puis s’ébat dans sa tête. Il hurle, se déchire les tympans. Comment a-t-elle pu l’abandonner, seul, dans ce désert peuplé de loups hargneux&#160;? Des dragons venus d&#8217;outre-tombe le harcèlent, l&#8217;ensorcellent, l&#8217;agrippent de toute part. Des nuances de rouge, de gris s’entremêlent devant ses yeux. Les ombres l’embrochent. Il [&#8230;]]]></description>
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<p>Son univers craquelle, un capharnaüm multicolore s’épand puis s’ébat dans sa tête. Il hurle, se déchire les tympans. Comment a-t-elle pu l’abandonner, seul, dans ce désert peuplé de loups hargneux&nbsp;? Des dragons venus d&rsquo;outre-tombe le harcèlent, l&rsquo;ensorcellent, l&rsquo;agrippent de toute part. Des nuances de rouge, de gris s’entremêlent devant ses yeux. Les ombres l’embrochent. Il se débat, frappe au hasard, s&rsquo;arc-boute. La rage l’étrangle. Pourquoi lui a-t-elle retiré sa tendresse&nbsp;? Ses bras, la chaleur de son corps, tout lui manque. Il crie famine. Jouissance, où te terres-tu&nbsp;? L&rsquo;enfer opacifie toute lueur d&rsquo;espoir. Il ne voit que l&rsquo;horreur, ne mesure que son impuissance. Alors que, il y a peu, tout n&rsquo;était que douceur. Elle était sienne, rien qu’à lui, ses seins offerts, ruisselants d’ardeur, abondance d’amour. Ses caresses le transportaient au creux de songes ouatés. Puis, elle l&rsquo;a quitté, soudain, sans prévenir. Esseulé, il laisse s&rsquo;écouler la vie, noyant ses rêves dans son chagrin.</p>



<p>Il a dû s&rsquo;endormir, épuisé d&rsquo;avoir tant lutté. Il s&rsquo;étonne, ne la retrouve pas à ses côtés. Puis se souvient&nbsp;: elle est partie. Sans lui. Le bazar tournoie à nouveau dans sa tête. Un hurlement de désespoir se forme dans sa gorge puis s&rsquo;étouffe, s&rsquo;arrête. Il vient d&rsquo;entr&rsquo;apercevoir un visage dans le brouillard. Une femme. Serait-elle revenue&nbsp;? Il tente d&rsquo;ajuster sa vision, crispe le cou, puis se recouche, las. Ce n&rsquo;est pas elle. Celle-là, c&rsquo;est Marie, croit-il. La mère suprême, celle que l&rsquo;on peut implorer en toute circonstance. Il se concentre sur la statuette. Elle est belle. Presque aussi belle que celle qui ne veut plus de lui. Il lui sourit. En retour, Marie l&rsquo;enveloppe d’un parfum d’extase. Des mains de l’idole s’étirent de longues traînées d’une aveuglante lumière qui se répand dans son âme. Il se sent léger, repu d’amour. Une bienveillance mystique l’enrobe, bouclier universel contre la sauvagerie de ce monde. Entre eux, c&rsquo;est à la vie, à la mort. Plus rien ne les séparera. Même pas l&rsquo;autre, si elle décide de réapparaître.</p>



<p>— Dis donc chérie, viens voir, il est réveillé, mais il ne chouine pas pour une fois. Ça a marché ton truc&nbsp;!</p>



<p>— C’est le Dr Mazzo qui recommande cette technique&nbsp;: le laisser pleurer, tout seul, dix ou quinze minutes. Après, il a compris, il ne t’emmerde plus&nbsp;!</p>



<p>Mon ange, mon trésor, mon lapin, on a fait un gros dodo&nbsp;? Allez, viens dans les bras de maman&nbsp;! Smac, <em>elle le couvre de bisous</em>, oups&nbsp;! va falloir que je change ta couche&nbsp;!</p>



<p>Les yeux dans ceux de Marie, il se laisse manipuler, indifférent.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>La mort des songes</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/la-mort-des-songes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 10:14:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[animalier]]></category>
		<category><![CDATA[drame]]></category>
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					<description><![CDATA[La pluie tombe d&#8217;une langueur monotone. J&#8217;avance au rythme de mon frère qui me précède d&#8217;un pas imperturbable. Les gouttes cabriolent à mes côtés, me percutent, dansent sur mon dos. J&#8217;avance puisque je dois le faire. C&#8217;est ainsi. Mon frère s&#8217;arrête, je m&#8217;arrête aussi. J&#8217;attends. Une flaque s&#8217;est formée à ma droite, des perles d&#8217;eau [&#8230;]]]></description>
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<p>La pluie tombe d&rsquo;une langueur monotone. J&rsquo;avance au rythme de mon frère qui me précède d&rsquo;un pas imperturbable. Les gouttes cabriolent à mes côtés, me percutent, dansent sur mon dos. J&rsquo;avance puisque je dois le faire. C&rsquo;est ainsi. Mon frère s&rsquo;arrête, je m&rsquo;arrête aussi. J&rsquo;attends. Une flaque s&rsquo;est formée à ma droite, des perles d&rsquo;eau rebondissent et heurte ma tête. J&rsquo;attends. Je n&rsquo;ai rien décidé, tout est organisé par l&rsquo;une de mes sœurs. Elle nous guide, nous amène vers notre destinée à tous.</p>



<p>Ce matin, réveillés à l&rsquo;aube, elle nous a annoncé que c&rsquo;était pour aujourd&rsquo;hui. Le grand exil. Nous avons quitté notre cocon douillet pour nous enfoncer sous la pluie. Nous marchons depuis, sans distraction, sans question. Puisque c&rsquo;est écrit.</p>



<p>Mon frère repart. Je le suis. Je ne sais où nous allons, mais la promesse d&rsquo;une vie nouvelle nous porte. J&rsquo;ai vu en songe ce paradis destiné&nbsp;: un ciel bleu d&rsquo;une profonde immensité, un espace sans limites pour voler de nos propres ailes, choisir notre voie à nous, s&rsquo;égailler parmi des êtres d&rsquo;une autre dimension. Ce rêve, nous l&rsquo;avons tous fait. C&rsquo;est ainsi que cela se passera. Personne ne nous l&rsquo;a dit, nous le savons, c&rsquo;est inscrit dans notre âme.</p>



<p>Les ombres s&rsquo;obscurcissent, le jour tire sur sa fin. Nous aurions déjà dû atteindre notre but, notre futur logis, avant la nuit. J&rsquo;ai l&rsquo;impression que nous avons tourné en rond. La flaque de tout à l&rsquo;heure est maintenant à ma gauche, plus large, plus sombre encore. Ma sœur s&rsquo;est-elle égarée&nbsp;? Elle ne nous dit rien, continue sa route avec constance. Mais une peur diffuse se répand parmi nous. Et si nous n&rsquo;y arrivions pas&nbsp;? Si la pluie avait modifié nos perceptions&nbsp;?</p>



<p>D&rsquo;une impulsion aussi subite qu&rsquo;inconsciente, je décide de m&rsquo;écarter du chemin tracé par mon frère. Tant pis, j’assume le risque. Mon autre frère me suit. Nous dévions peu à peu de la route. Je trouve un sentier d&rsquo;herbe fraîche. Des gouttelettes s&rsquo;accrochent à mes poils, mais j&rsquo;avance, heureuse d&rsquo;avoir pris cette première initiative. D&rsquo;autres germeront peut-être. Le goût de la liberté m&rsquo;enivre. On nous avait promis le ciel, je convoite le grand large, le vent venu d&rsquo;outre monde. Rien n&rsquo;est plus impossible.</p>



<p>J&rsquo;avance, opiniâtre. Mon frère me suit. La pluie a cessé. Je ne veux pas m&rsquo;arrêter ici, je veux continuer, me jeter dans ce tournant, m&rsquo;engager sur cette route caillouteuse. Cette nouvelle sensation me procure un curieux tremblement dans les pattes. Je sens le sol vibrer, fort. Je m’immobilise, inquiète. Soudain, le noir absolu s&rsquo;abat sur moi. Plus rien. Je crois que tout est fini.</p>



<p class="has-text-align-center">***</p>



<p>La colonne de chenilles processionnaires conduite par son pasteur s’enfouit avec lenteur dans la terre meuble. Il manque douze individus à l’appel. Ils ne viendront jamais les rejoindre. La vie pour eux s’est arrêtée en cette mélancolique fin d’après-midi de printemps, étouffée dans son élan contemplatif par une lourde automobile.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>La fabrique de Faust</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/la-fabrique-de-faust/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 10:04:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[drame]]></category>
		<category><![CDATA[théâtre]]></category>
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					<description><![CDATA[Pièce en 1 acte Le foyer des artistes, derrière la grande scène de l’Opéra de Paris. La pièce est nue, sauf quelques chaises çà et là. Six ou sept danseuses en tutu vont et viennent sur la scène, s’étirent, font des pauses, des mines. Au fond, côté jardin, trois hommes distingués, en habit noir et [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-center">Pièce en 1 acte</p>



<p>Le foyer des artistes, derrière la grande scène de l’Opéra de Paris. La pièce est nue, sauf quelques chaises çà et là. Six ou sept danseuses en tutu vont et viennent sur la scène, s’étirent, font des pauses, des mines. Au fond, côté jardin, trois hommes distingués, en habit noir et haut de forme les admirent ou les jugent.</p>



<p>Au premier plan, côté cour, une ballerine d’une vingtaine d’années, Éléonore Bersonval est avachie sur le sol, coude sur la cuisse et tête reposant dans la paume de sa main.</p>



<p>Au centre, de profil, une femme d’un certain âge, croulant sous les froufrous de ses manches gigot et de sa crinoline, assise sur un simple tabouret de bois, tient entre ses mains un gros livre. Debout à ses côtés, un petit rat tout timide, Marie-Perrette Favier, âgée d’à peine 16 ans, ainsi qu’un vieux monsieur, le marquis de Barbentane.</p>



<p class="has-text-align-center">———</p>



<p>LE MARQUIS<br>Et vous me dites que cette jeune personne vient tout juste d’arriver à l’Opéra ?</p>



<p>LA VIEILLE<br>Oh que oui, et j’peux vous jurer (<em>elle crache par terre</em>) qu’elle est encore vierge !</p>



<p>ÉLÉONORE BERSONVAL (<em>marmonnant</em>)<br>Vierge ? D’où qu’elle sort cette p’tite mère-là, ne voit-elle pas que le maître de ballet est le premier à tester la marchandise ? (<em>plus haut</em>) Menteuse !</p>



<p>LE MARQUIS<br>Elle a de la prestance, de jolies chevilles. Mais, danse-t-elle avec grâce au moins ?</p>



<p>LA VIEILLE<br>Pour sûr ! (<em>s’adressant à Marie-Perrette</em>) Montre à monsieur c’que tu sais faire. Et souris un peu, fichtre ! (<em>La jeune fille exécute timidement quelques pas de danse</em>)</p>



<p>ÉLÉONORE BERSONVAL (<em>assez fort pour être entendu du marquis</em>)<br>Elle danse, oui, elle danse ! Mais comme elle danse mal. Elle n’aime pas ça et ça se voit. Tandis que moi, c’est ma raison de vivre. Regardez-moi ! (<em>Elle se lève et virevolte avec grâce autour du marquis qui lui jette de rapides coups d’œil. Puis elle retourne s’asseoir.</em>)</p>



<p>LE MARQUIS<br>Parlons peu, mais parlons bien. Combien en demandez-vous ?</p>



<p>LA VIEILLE (<em>elle note dans son livre de compte</em>)<br>Pour moi-même, la modique somme de 20 000 francs et pour elle, une rente mensuelle de 1 500 francs. Vous aurez l’obligeance, cher Marquis, de verser aussi à ses parents une petite pension de 100 francs par an.</p>



<p>LE MARQUIS<br>Si peu ; a-t-elle des tares ; que me cachez-vous ? Allons donc, je les veux saines et solides !</p>



<p>ÉLÉONORE BERSONVAL (<em>se levant et s’adressant au marquis</em>)<br>Une seule maîtresse ne vous suffit donc pas ; combien en voulez-vous ? Regardez, là, elles sont toutes à votre disposition, parées pour vous aguicher, ayant vendues leur âme au diable à la minute même où elles ont posé leurs petits pieds sur la scène de l’Opéra ! Celle-là c’est Mlle Dumont qui est sous la protection du marquis de Villeroy et voilà Mlle Coignard, maîtresse adulée — et couverte de diamants — du marquis d’Argenson. Vous voyez, c’est facile, servez-vous !</p>



<p>LA VIEILLE (<em>qui avait tenté en vain de s’interposer</em>)<br>Mais comme elle y va ! (<em>elle chasse Éléonore et attire le marquis près de son visage</em>) C’te petite (<em>pointant du doigt Marie-Perrette qui est devenue fort rouge</em>) est tout ce qu’il y a de plus fraîche. Sa jeunesse vous ragaillardira (<em>elle se gausse</em>), même s’il est vrai que vous aurez à lui apprendre les bonnes manières. C’est qu’c’est une paysanne, vous savez !</p>



<p>LE MARQUIS<br>Je la formerai. C’est entendu. Quant à cette demoiselle (<em>il montre Éléonore</em>), qui s’en occupe ?</p>



<p>LA VIEILLE<br>Personne. Elle est indépendante et miséreuse. De t’te façon, elle a perdu toute sa primeur. Voyez comme elle est aigrie. Ça fait bien trop longtemps qu’elle refuse mes services. Oubliez là ! J’peux vous proposer beaucoup mieux, regardez celle-ci ou celle-là (<em>elle se tourne vers les danseuses</em>) comme elles sont gracieuses !</p>



<p>LE MARQUIS<br>C’est elle qui m’intéresse. (<em>Puis s’adressant à Éléonore</em>). Mademoiselle, j’ai une proposition à vous faire : accepteriez-vous de venir vivre dans mon hôtel parisien et d’y danser pour moi et mes amis, en privé ?</p>



<p>ÉLÉONORE BERSONVAL<br>Pourquoi moi ; et pourquoi pas ces filles que la « mère » vous propose, hein ? Vous pensez pouvoir m’acheter un bon prix moi aussi ? Et bien, sachez que je ne suis pas à vendre !</p>



<p>LE MARQUIS<br>Soyez sans crainte, je vous propose un honnête contrat de travail. Nourrie et logée. J’apprécie votre attitude fière, Mademoiselle. Vous me plaisez beaucoup.</p>



<p>LA VIEILLE (<em>qui arrive tirant-poussant une autre danseuse</em>)<br>Celle-là, elle vous conviendrait pas, à tout hasard ? Allez, fais quelques grâces à monsieur le marquis ! (<em>Elle lève la jambe et la met sous le nez du vieil homme.</em>)</p>



<p>LE MARQUIS (<em>repoussant la jambe</em>)<br>Peut-être un autre jour, merci. Je cours chez mon notaire pour y faire préparer le contrat de votre petite (<em>et se tournant vers Éléonore</em>) ainsi que le vôtre, Mademoiselle.</p>



<p>ÉLÉONORE BERSONVAL<br>C’est que, j’ai pas encore pris ma décision.</p>



<p>LE MARQUIS<br>Et bien, décidez, décidez !</p>



<p>ÉLÉONORE BERSONVAL<br>Là, tout de suite ?</p>



<p>LE MARQUIS<br>C’est cela.</p>



<p>ÉLÉONORE BERSONVAL<br>Mais, je ne peux pas !</p>



<p>LE MARQUIS<br>Alors, tant pis pour vous. Au revoir Mademoi…</p>



<p>ÉLÉONORE BERSONVAL<br>Non, non ! attendez, j’accepte, c’est oui !</p>



<p>LE MARQUIS<br>C’est parfait. À tout à l’heure !</p>



<p><em>Il traverse la pièce et retrouve un ami au fond de la scène, tandis que la vieille s’enfuit avec son tabouret et son livre sous le bras. Marie-Perrette et Éléonore rejoignent, elles aussi, les coulisses.</em></p>



<p>L’AMI<br>As-tu pu faire ton marché ?</p>



<p>LE MARQUIS<br>J’en ai trouvé deux. La première, presque vierge, servile et corvéable à merci paraît suffisamment solide pour tenir nos assauts répétés durant quelques années. La seconde est tout autre : plus de toute première fraîcheur, certes, c’est cependant une tigresse qui demande qu’à rugir. Elle assurera à elle seule le spectacle. Je la vois déjà, menottée à une cage en or, crachant, vociférant. Qu’en penses-tu ?</p>



<p>L’AMI<br>Je pense que feu Donatien Alphonse François de Sade n’aurait pas à rougir de ton inventivité !</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Les contours de l&#8217;aigle</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/les-contours-de-laigle/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 09:57:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[drame]]></category>
		<category><![CDATA[violence]]></category>
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					<description><![CDATA[Je suis morte. Anéantie, je n&#8217;existe plus. Mon corps est autre. Souillée. Le week-end avait pourtant commencé sous d&#8217;heureux auspices. Nous étions tous très beaux, nantis de soieries et dentelles. «&#160;Luxe, calme et volupté.&#160;» Nous étions jeunes, nous étions là pour nous amuser, boire et danser, voire plus si entente. Si entente. Le cadre, un [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Je suis morte. Anéantie, je n&rsquo;existe plus. Mon corps est autre. Souillée.</p>



<p>Le week-end avait pourtant commencé sous d&rsquo;heureux auspices.</p>



<p>Nous étions tous très beaux, nantis de soieries et dentelles. «&nbsp;Luxe, calme et volupté.&nbsp;» Nous étions jeunes, nous étions là pour nous amuser, boire et danser, voire plus si entente. Si entente.</p>



<p>Le cadre, un jeu Grandeur Nature dans les salons d&rsquo;un palais princier, où nous étions parés de nos atours de marquis et marquises très XVIII<sup>e</sup> siècle et de nos orgueils de jouvençeaux frivoles. Rien ne pouvait nous atteindre. Nous étions rois. Et cette prestance, cette supériorité, nous l&rsquo;avions entretenue dans nos chairs, dès notre arrivée, pris en charge par des costumiers et maquilleurs professionnels. Rien n&rsquo;avait été laissé au hasard. Ou si peu.</p>



<p>L&rsquo;orchestre, costumé lui aussi, nous fit virevolter au son des violons et les notes graves du violoncelle rythmèrent les battements de nos cœurs.</p>



<p>J&rsquo;étais venue avec quelques amies qui m&rsquo;avaient délaissée en hâte pour les bras de beaux ténébreux. De mon côté, je fus vite happée par un don Juan trop entreprenant, puis rapidement secourue par Henri, un sombre capitaine, les dents serrées par une puissante force intérieure. Il ne souriait pas, Henri. Il m&rsquo;enivrait, ses yeux noirs dans les miens cherchant à percer mon âme.</p>



<p>Il ne me lâcha plus de la soirée. Nous pirouettâmes de salon en salon, de menuet en gavotte, de bulles pétillantes en liqueurs sirupeuses, de lucidité en absence douillette. Il ne souriait toujours pas, Henri. La mâchoire crispée, ses yeux dans les miens, il m&rsquo;entraîna loin, très loin.</p>



<p>D&rsquo;autres couples se joignirent à nous dans ce boudoir rococo, croulant sous les fioritures et les coussins, bacchanale feutrée. Un violon s&rsquo;était détaché de l&rsquo;orchestre pour nous poursuivre de ses accords langoureux. Nos corps s&rsquo;enchevêtrèrent sur le sofa et nos corsages se délacèrent imperceptiblement.</p>



<p>Nous étions quatre ou cinq, des filles, des garçons, que sais-je. Et il y avait Henri, resté debout à mes côtés. Ma citadelle. Je déliai mes sens, ouvrant la cage, laissant s&rsquo;échapper caresses et baisers. La musique se fit de plus en plus envoûtante et nos étreintes de plus en plus pressantes. Je m’abandonnai, baignée dans cette sensualité débordante, ne sachant pas très bien jusqu&rsquo;où j&rsquo;accepterais que mes désirs m&#8217;emmènent. Le voile cotonneux s&rsquo;intensifia et je sombrai dans une léthargie embuée de vapeurs d’alcool.</p>



<p>Soudain, je sentis qu&rsquo;on m&rsquo;écartait les cuisses avec violence, refoulant mes nombreux jupons&nbsp;; impatience sauvage. Mon cœur remonta dans ma gorge, grognant sourd. Une silhouette ou deux, un contour, une ombre. Henri&nbsp;? Un nuage d&rsquo;orage tournoyait autour de moi, tel un aigle ceignant sa proie. Je hurlai «&nbsp;Non, non&nbsp;!&nbsp;» tentant de me démener, de repousser ces mains palpantes, ce torse pesant, mais mon corps, comme tétanisé, pris dans la ouate, ne pouvait fuir. J’ai crié, encore et encore, toute griserie évaporée. Mais personne ne vint me secourir. Je restais un long moment, là, sur ce luxueux divan, écrin incongru. Hagarde.</p>



<p>Je l&rsquo;avais bien cherché. Je m&rsquo;étais offerte, avais participé de mon plein gré à ces extravagances. Qui allait me croire&nbsp;? Qui oserait, ne serait-ce que nommer timidement ce que je venais de subir&nbsp;?</p>



<p>Personne. Et moi, moins que tout autre.</p>



<p>Je m&rsquo;enfuis sans rien dire. Morte en moi-même. À tout jamais.</p>
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		<title>La déchéance des deuils</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/la-decheance-des-deuils/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 09:54:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[drame]]></category>
		<category><![CDATA[épistolaire]]></category>
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					<description><![CDATA[Paris, le 21 septembre 1897 Monsieur, Où trouvé-je la force de commencer cette lettre par un cérémonieux «&#160;Monsieur&#160;»&#160;? La fâcheuse quantité de papier froissé amoncelé au pied de ma chaise prouve qu&#8217;aucune formule n&#8217;a trouvé grâce à mes yeux. Si j&#8217;opte pour ce terme neutre, cela prouve ma volonté d&#8217;entrer en contact avec vous sur [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right">Paris, le 21 septembre 1897</p>



<p>Monsieur,</p>



<p>Où trouvé-je la force de commencer cette lettre par un cérémonieux «&nbsp;Monsieur&nbsp;»&nbsp;? La fâcheuse quantité de papier froissé amoncelé au pied de ma chaise prouve qu&rsquo;aucune formule n&rsquo;a trouvé grâce à mes yeux. Si j&rsquo;opte pour ce terme neutre, cela prouve ma volonté d&rsquo;entrer en contact avec vous sur une base civilisée à défaut d&rsquo;être cordiale. Je suis en droit d’en attendre autant de votre part. En l’absence de compassion, saurez-vous témoigner d&rsquo;un peu d’humanité&nbsp;?</p>



<p>Ces cinq longues années qui se sont écoulées depuis les «&nbsp;faits&nbsp;» vous ont, j’ose l’espérer, permis de prendre conscience du malheur que vous avez engendré et qu’avec l’aide de Dieu, vous avez entrepris de gravir le difficile sentier de la pénitence. Je viens vers vous aujourd&rsquo;hui avec l&rsquo;espoir que vous avez franchi suffisamment d&rsquo;étapes dans votre rédemption.</p>



<p>Vous comprendrez, je n’en doute point, que pour ma part, je ne peux vous pardonner. Tout le mal que vous avez fait à notre famille ne peut s&rsquo;effacer. Malgré la foi qui me porte, l’idée que Dieu puisse vous accorder son pardon me révulse. Monsieur le curé nous assure cependant que la miséricorde de Dieu est infinie. Pour autant, dit-il, que votre repentir soit sincère et que vous sachiez tendre la main à ceux que vous avez blessés.</p>



<p>Alors, je vous en conjure, faites-le&nbsp;! Néanmoins, n&rsquo;attendez pas d&rsquo;une mère qu&rsquo;elle pardonne au bourreau de son enfant, mais en faisant un pas dans notre direction, vous ferez preuve de charité chrétienne qui fera, j’en suis certaine, pencher la balance de la Justice Divine. Pensez à sauver votre âme tant qu’il est encore temps&nbsp;! N’oubliez pas que nous avons pu, grâce à nos relations, faire différer votre exécution pendant toutes ces années&nbsp;! Cependant, l’heure de votre châtiment approche, ne partez pas sans avoir accompli, ici bas, un acte de bienveillance.</p>



<p>Chaque jour, je revis invariablement le même cauchemar. Chaque jour, je ressens la même douleur vive, le couteau qui se tourne encore et encore dans la plaie d&rsquo;une mère anéantie. Cette blessure ne peut se refermer, entretenue par une colère en perpétuelle expansion. Ce que vous avez fait subir à ma fille, je ne veux pas le savoir, car je ne l&rsquo;imagine que trop bien. Au procès, Dieu Soit Loué, vous avez su être discret malgré les sollicitations du juge. Non, je ne viens pas vous demander des précisions. À vous de vivre avec ces réminiscences, si vous le pouvez. Mon cauchemar à moi est plus vibrant, car il est sans cesse renouvelé. Aux horreurs que mon esprit s&rsquo;obstine à inventer, s&rsquo;ajoute l&rsquo;incertitude sur le sort de mon enfant.</p>



<p>Pour une raison que j’ignore, vous vous obstinez depuis toutes ces années à garder le secret. C’est une telle incompréhension pour nous tous. Sachez, monsieur, que votre attitude non seulement vous conduira aux portes de l’enfer — car je ne saurai concevoir que Dieu puisse vous pardonner ce dernier affront — mais nous empêche, nous, sa famille, d’entamer notre processus de deuil.</p>



<p>Cinq ans que vous croupissez dans ce cachot insalubre sans avoir fourni aucun indice probant. Désormais j’ai besoin de réponses. Était-elle bien morte comme vous l&rsquo;avez soutenu à l’audience&nbsp;? N&rsquo;a-t-elle pas été vendue à d&rsquo;autres monstres&nbsp;? Les gendarmes nous ont certifié que vous l’aviez bel et bien tué. Mais pourquoi n&rsquo;avoir jamais fourni la moindre preuve quant à l’emplacement de son inhumation&nbsp;?</p>



<p>Mon âme de mère ne retrouvera la paix que lorsque je pourrai me recueillir sur sa tombe. Avec la certitude que tout est fini, qu&rsquo;elle ne souffre plus et qu&rsquo;elle est désormais au côté du Seigneur.</p>



<p>Monsieur, je ne m&rsquo;abaisserai pas à vous implorer, mais je fais appel à votre charité chrétienne&nbsp;: dites-nous où se trouve le corps de notre enfant.</p>



<p>Par pitié, dites-le-nous&nbsp;!</p>



<p>Signée : Céleste Moutier-Laval</p>



<p>Destinataire&nbsp;: Marcel Bardet, Prison de la Grande Roquette, Paris.</p>
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		<title>La petite boutique de cendres</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/la-petite-boutique-de-cendres/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 09:33:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[drame]]></category>
		<category><![CDATA[poétique]]></category>
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					<description><![CDATA[Elle vit dans son trou, comme on vit dans une tombe. Personne ne vient la voir, ou si peu. Même le soleil ne luit plus dans sa boutique. Sur les étagères, des rouleaux de tissus sombres, d&#8217;une autre époque, de lourds velours, des gris, du brun, rien de chatoyant. Le silence a envahi l&#8217;espace, enrobant [&#8230;]]]></description>
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<p>Elle vit dans son trou, comme on vit dans une tombe. Personne ne vient la voir, ou si peu. Même le soleil ne luit plus dans sa boutique. Sur les étagères, des rouleaux de tissus sombres, d&rsquo;une autre époque, de lourds velours, des gris, du brun, rien de chatoyant. Le silence a envahi l&rsquo;espace, enrobant chaque grain de poussière d&rsquo;une cuirasse invisible. Une barrière contre les gens, le monde extérieur. Un coussin contre le vent qui pourrait s&rsquo;engouffrer emmenant un passant égaré.</p>



<p>Elle vit dans son trou, dans l’odeur de vieille cire, de cuir et du manque d’argent. De poussières surtout, particules de mémoire sans oubli.</p>



<p>Elle vit dans son trou et elle marmonne nuit et jour. Ses yeux, habitués aux couleurs sombres de sa palette d&rsquo;intérieur, ressortent comme deux grosses billes dans son visage bouffi par l&rsquo;inactivité. Et la maladie peut-être. On l&rsquo;appelle la vieille chouette. Les jeunes mères menacent leurs petits, s’ils ne sont pas sages. Mais elles sont les premières à en avoir peur.</p>



<p>Elles se seraient bien laissées tenter par un ruban ou un bouton, une dentelle parfois. C&rsquo;est si pratique d&rsquo;avoir une mercerie au village. Pourtant aucune d&rsquo;entre elles n&rsquo;a jamais osé franchir le seuil.</p>



<p>La vieille chouette se tient quelquefois dans la vitrine, derrière une pile de draps rongés par les mites. Rongée, elle aussi, de l’intérieur. Elle perce les passants de son regard de hibou, un regard fâché. Fâché avec la vie.</p>



<p>On prétend qu’elle vend des potions, des sortilèges, le soir venu quand les mères chantent des berceuses à leurs enfants et que seules les filles qui ont fauté se laissent aller à la retrouver. Mais personne ne le sait vraiment. On le dit, c&rsquo;est tout.</p>



<p>Mais elle ne vend rien. Elle ressasse le passé, ses fils morts à la guerre, tous les trois, son mari, mort de douleur. Elle est restée figée dans les cendres et n&rsquo;attend que son tour. Dans le silence de sa boutique.</p>
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		<title>La fin du matin</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/la-fin-du-matin/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 09:31:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[drame]]></category>
		<category><![CDATA[introspectif]]></category>
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					<description><![CDATA[Il y a celles, gracieuses et légères, devant qui la barrière s&#8217;ouvre, avant même qu&#8217;elles n&#8217;aient eu le temps de ralentir leur marche vers le bonheur. Il y a celles, posées, qui s&#8217;arrêtent un instant, le regard tourné vers l&#8217;espoir et devant qui l&#8217;avenir se prosterne. Il y a celles qui patientent, hésitent, reculent, reviennent, [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Il y a celles, gracieuses et légères, devant qui la barrière s&rsquo;ouvre, avant même qu&rsquo;elles n&rsquo;aient eu le temps de ralentir leur marche vers le bonheur. Il y a celles, posées, qui s&rsquo;arrêtent un instant, le regard tourné vers l&rsquo;espoir et devant qui l&rsquo;avenir se prosterne. Il y a celles qui patientent, hésitent, reculent, reviennent, supplient, insistent, mais qui finissent par accéder aux confins du sacré. Puis, il y a des Fleur, des Dalia ou des Rose qui ne franchiront jamais cette lice, vouées à la nuit infinie, désert sans étoiles.</p>



<p>Mais il y a aussi des Sonia et des Louise. De celles qui ont versé tant de larmes, mais qui ont eu foi en leur destinée, à qui un jour, c&rsquo;était certain, le ciel allait offrir ce cadeau tant désiré, qui mois après mois, ont vécu au rythme des pulsions de l&rsquo;attente, de fous espoirs, à la recherche d&rsquo;indices qui soulèveraient à jamais ce voile les maintenant dans leur non-état, de sursis encore, de déchirements devant l&rsquo;échec, de pleurs toujours. Un jour, un matin, alors que justement, cette fois-ci, elles n’en pouvaient plus d’espérer — tant de souffrance pour si peu de fortune — un matin, les dieux ont souri, la barrière s&rsquo;est ouverte et sans même faire un pas, sans vraiment réaliser, elles se sont sues enceintes.</p>



<p>Le soleil a alors lui, indéfiniment, jour et nuit&nbsp;; ce fut un matin immuable, un bonheur intense, une béatitude dont elles n&rsquo;avaient jamais imaginé l’étendue divine. Elles se retrouvaient enfin parmi celles qui portent la vie, une caste à part, vénérée de toujours par les Hommes. Un passage obligé, banal, si normal. Normalité qui rend suspectes toutes femmes qui refusent d&rsquo;accéder à cette félicité. Normalité qui défient celles qui n&rsquo;y arrivent pas malgré leurs criantes envies&nbsp;: «&nbsp;Tu n&rsquo;y crois pas assez&nbsp;!&nbsp;», «&nbsp;C’est la preuve que tu ne veux pas vraiment&nbsp;!&nbsp;», «&nbsp;Il n&rsquo;y a pas assez d&rsquo;amour dans votre couple&nbsp;!&nbsp;».</p>



<p>Les voilà donc femmes de plein droit, admises au rang de Mère, légitimée.</p>



<p>Ce matin s’est perpétué quelques jours, des semaines ou de longs mois. Elles bénissaient les déesses de la fertilité, Isis, Gaïa ou Inanna, caressant leurs ventres, berceau fragile de leurs espérances, composant un bébé joufflu, priant pour qu&rsquo;il naisse dans la sérénité, le voyant courir joyeusement vers son père, tomber, se relever, apprendre, se nourrir de sourires, le dévorant sous leurs baisers. Ce petit être avait envahi tout leur univers. Elles se promenaient, fières, leurs ventres protégés par leurs mains, souriant d’un air entendu à toutes les futures mères, s’émerveillant devant une brassière, tricotant de minuscules chaussons.</p>



<p>Et puis un jour ou une nuit, le matin se fut. La douleur les arracha à leurs chimères, les foudroyant sur place. Tout en elles refusait de croire que le soleil s&rsquo;était éteint à jamais. «&nbsp;Docteur, docteur, dites-moi, ce n&rsquo;est pas fini&nbsp;? dites-moi, le voyez-vous encore&nbsp;?&nbsp;» Mais le docteur ne vit rien, rien qu&rsquo;un ventre vide, une immensité désertique, le néant, la mort. À nouveau stérile.</p>



<p>Leur regard, jusque-là tourné vers le fruit de leurs entrailles, s&rsquo;éleva alors vers le ciel constellé d&rsquo;étoiles où la nuit luisait pour toujours et pour l&rsquo;éternité, à la recherche de leur petit ange, une lueur parmi tant d’autres dans le firmament des mères abandonnées des dieux.</p>
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		<title>Autopsie des morts</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/autopsie-des-morts/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 09:29:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[drame]]></category>
		<category><![CDATA[réaliste]]></category>
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					<description><![CDATA[Ils meurent par centaines, par milliers, crucifiés sur les barbelés de nos murs anti-invasions, échoués sur nos plages, largués par des pirogues de fortune, asphyxiés par les gaz d’échappement sous le plancher d’un train routier. Ils meurent par poignées, par grappes, sous les balles que nous avons fabriquées, avec l’argent que nous avons donné à [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Ils meurent par centaines, par milliers, crucifiés sur les barbelés de nos murs anti-invasions, échoués sur nos plages, largués par des pirogues de fortune, asphyxiés par les gaz d’échappement sous le plancher d’un train routier. Ils meurent par poignées, par grappes, sous les balles que nous avons fabriquées, avec l’argent que nous avons donné à leurs ennemis en échange de quelques litres de pétrole. Ils meurent aussi parce que nous avons exacerbé la haine de l’un envers l’autre, asséché leurs lacs et leurs plaines à force de culture pour nos jolies cheminées au <em>bio</em>éthanol ou nos bouquets de fleurs hors saison. Ils meurent parce qu’épuisés, anéantis, ils sont forcés de quitter leur famille, leur patrie, tout ce qu’ils ont aimé, leurs rêves de ciel bleu. Que dévoilera l’autopsie&nbsp;? que nous avons été égoïstes, que nous avons détourné la tête, que nous nous sommes gargarisés de bons sentiments&nbsp;? Derrière le <em>Nous</em>, se cache le <em>Tu</em> qui camoufle le <em>Je</em>.</p>



<p>Nous les accusons de nous envahir, de venir voler notre or, notre travail, alors, nous fermons nos frontières, ne gardons que quelques minuscules trous de souris accessibles aux plus téméraires, au plus chanceux&nbsp;: féroce sélection naturelle.</p>



<p>Hier, le drame a éclaté au grand jour, un bébé est mort, d’autres aussi, peut-être, sûrement&nbsp;; intervenons, réagissons&nbsp;! Alors, nous <em>tweetons</em>, partageons les photos de l’horreur, mais que dira le légiste&nbsp;? Il est mort, ils sont morts, parce que nous n’avons rien fait. Je n’ai rien fait. Mais le <em>Je</em> se cache derrière le <em>Ils</em>.</p>



<p>Hier aussi, <em>I had a dream</em>. Toutes les rues menant à Rome ou à Byzance étaient parsemées de pétales de roses d’un blanc pur. De prolifiques rosiers fleuris embellissaient les bas côtés d’où sortaient des rires de bambins, des panneaux «&nbsp;Bienvenue chez moi&nbsp;», un chemin conduisant à chaque maisonnée où un feu et des sourires accueillaient le voyageur.</p>



<p>Mais le <em>Je</em> se cache derrière le <em>Tu</em>. Accueille, toi&nbsp;! parce que moi je ne peux pas, tu vois, mon logement est trop petit, je n’ai pas le temps, je travaille trop et mes enfants, je ne peux pas les laisser jouer avec les leurs, tu imagines, ils ont des poux, ils sont sales, mal élevés, ne parlent pas français. Et ma femme, elle risque même de se faire violer, ma maison cambriolée. Non, tu comprends, moi je ne peux pas. Mais toi, tu peux, vas-y, toi&nbsp;!</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Plus haut, là-haut</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/plus-haut-la-haut/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 05 Feb 2026 16:29:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[drame]]></category>
		<category><![CDATA[poétique]]></category>
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					<description><![CDATA[Cléo s’effondre sur le banc du square, le regard baigné de brume. Ses mains se joignent sur son ventre bombé. Son souffle court crispe le crépuscule. Une silhouette blanche s’élance sur la balançoire. La fillette prend son élan, tourne vers elle un visage grimaçant, tend ses jambes vers le ciel. Le froid s’écoule dans les [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-base-font-size">Cléo s’effondre sur le banc du square, le regard baigné de brume. Ses mains se joignent sur son ventre bombé. Son souffle court crispe le crépuscule. Une silhouette blanche s’élance sur la balançoire. La fillette prend son élan, tourne vers elle un visage grimaçant, tend ses jambes vers le ciel. Le froid s’écoule dans les veines de Cléo. Le pendule de la balancelle, s’accélère, s’amplifie, sourdes aiguillades. Cléo se fige dans la vacuité nouvelle de son giron. Des cris éruptent autour d’elle, en elle.</p>



<p class="has-base-font-size">Le petit corps sans vie s’est envolé, trop haut, trop tôt, vers le néant.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
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	</channel>
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