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	<title>animalier &#8211; Alice de Castillon &#8211; Autrice</title>
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	<description>Courtes histoires à lire entre deux pauses</description>
	<lastBuildDate>Wed, 25 Mar 2026 19:13:55 +0000</lastBuildDate>
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	<title>animalier &#8211; Alice de Castillon &#8211; Autrice</title>
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	<item>
		<title>L’île des cerveaux</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/lile-des-cerveaux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 10:27:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[animalier]]></category>
		<category><![CDATA[réaliste]]></category>
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					<description><![CDATA[Clic&#160;! Son œil de poétesse épingle les petits riens, les accrocs, les cicatrices, dans cette ville ruisselante de soleil. Personne dans les rues à part elle, la fille du Nord. Les Provençaux siestent derrière leurs persiennes, tandis qu&#8217;elle mitraille les façades, les embrasures, les gargouilles. Clic&#160;! Ses clichés capturent les trucs pas droits, pas nets, [&#8230;]]]></description>
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<p>Clic&nbsp;!</p>



<p>Son œil de poétesse épingle les petits riens, les accrocs, les cicatrices, dans cette ville ruisselante de soleil. Personne dans les rues à part elle, la fille du Nord. Les Provençaux siestent derrière leurs persiennes, tandis qu&rsquo;elle mitraille les façades, les embrasures, les gargouilles.</p>



<p>Clic&nbsp;!</p>



<p>Ses clichés capturent les trucs pas droits, pas nets, qui racontent des vies. Le torchon lâché dans de larges mouvements accompagnant un verbe un peu haut, ce torchon qui pendouille désormais trois étages plus bas sur une grille hérissée de piquants. Un volet rouge vif, si vaniteux au milieu de cette alignée de volets gris. Un rideau de dentelle à semi-mangé par un lierre exubérant.</p>



<p>Clic&nbsp;!</p>



<p>Un voilage violet gonflé par la légère brise s&rsquo;écarte. Une toute jeune fille se profile, apparition mystère dans cet espace-temps vidé de toute activité humaine. Pensive, elle arrose une plante d&rsquo;un vert intense si insolite sous ce ciel qui délave les couleurs. Des feuilles si épaisses qu&rsquo;on les devine gorgées d&rsquo;eau en prévision d&rsquo;un été encore plus aride que celui-ci. À côté du pot, un monstre de terre cuite.</p>



<p>Il est moche. Et il le sait. Une espèce de nain mal foutu, les oreilles pointues, la bouche toujours ouverte, langue pendante. Rien d’attractif, rien d’excitant. Mais il discerne des choses que même la photographe à la vue poétique perçante ne peut observer.</p>



<p>Il remarque l&rsquo;eau qui dégouline de la soucoupe et forme, à ses pieds, de minuscules rivières sur le rebord de la fenêtre. La pierre, surface inégale, apparaît et disparaît sous le fleuve qui grossit sous la cascade de l&rsquo;arrosoir. La chaleur zénithale sèche presque aussitôt certains lacs tandis que d&rsquo;autres persistent. Le nabot, le regard fixe, se régale de cette activité quotidienne qui apporte la vie sur la margelle. Le flot charrie des détritus, un reste d&rsquo;humus, des trésors. Une abeille se pose sur une de ces îles éphémères.</p>



<p>La matinée a été rude. La nourriture se fait rare en ces mois caniculaires. Les fleurs perdent leur éclat, se fanent. À peine écloses, qu&rsquo;elles se meurent. L&rsquo;abeille n&rsquo;a guère eu le temps de leur rendre visite qu&rsquo;elles s&rsquo;éclipsent. Elle vient de parcourir en tout sens plusieurs kilomètres pour un résultat fort médiocre. Ses pattes sont à peine chargées de pollen, son jabot est vide de nectar. Pourtant, elle se sent lourde. Si lourde. Elle s&rsquo;octroie une brève pause, juste un instant. Elle en profite pour pomper un peu d&rsquo;eau. Elle se trouve déjà si vieille. Peut-être même qu&rsquo;elle somnole, un court moment. Ses ailes frémissent sous la brise. Une fourmi s&rsquo;approche, tâte le terrain.</p>



<p>L&rsquo;affaire semble entendue. Le formicidé rebrousse chemin. Il suit le fil de coton bleu que le vent a promené dans ses bagages et qui forme un pont parfait entre l&rsquo;île où l&rsquo;abeille a échoué et la fissure sous la fenêtre où sa colonie s&rsquo;est établie. La fourmi, chef du renseignement, passe la main à sa collègue, la chef des opérations et une troupe se met en branle.</p>



<p>Sur place, les cerveaux de l’équipe organisent bien vite le démantèlement de l’<em>Apis mellifera</em>. La sécurité assure les lieux, repoussant les éventuels assauts d&rsquo;autres prédateurs. Les gros bras taillent à la hache le cadavre libérant le butin aussitôt transporté par les manutentionnaires. Les logisticiens trient, notent, classent, catégorisent les entrailles, les boules de pollens, les antennes.</p>



<p>Il ne faut guère plus de quelques secondes pour que la carcasse de l&rsquo;abeille disparaisse en mille morceaux dans le nid des fourmis, bien à l&rsquo;abri dans le creux du mur.</p>



<p>La margelle s&rsquo;assèche et le regard du petit monstre se perd à nouveau dans l&rsquo;abîme de l&rsquo;inoccupation. La jeune fille range son arrosoir et ajuste le voilage violet qui se regonfle sous la brise.</p>



<p>Et la photographe soupire, repart les yeux rêveurs vers d&rsquo;autres merveilles.</p>



<p>Clic&nbsp;!</p>
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			</item>
		<item>
		<title>L&#8217;endurance de l&#8217;assassin</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/lendurance-de-lassassin/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 10:17:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[animalier]]></category>
		<category><![CDATA[humour noir]]></category>
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					<description><![CDATA[Tic, tac, la vie file et le temps rétrécit. Dix poursuivants, ballet bourdonnant, la traquent, la frôlent, s&#8217;enroulent autour de ses reins. Juste aujourd&#8217;hui, une ou deux heures encore ou demain peut-être, si le soleil brille. Maya la jeune vierge, joue l&#8217;esquive, s’égaye et s&#8217;enfuit pour mieux les exciter. Sa fougue enflamme leurs ardeurs. L&#8217;un [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Tic, tac, la vie file et le temps rétrécit. Dix poursuivants, ballet bourdonnant, la traquent, la frôlent, s&rsquo;enroulent autour de ses reins. Juste aujourd&rsquo;hui, une ou deux heures encore ou demain peut-être, si le soleil brille. Maya la jeune vierge, joue l&rsquo;esquive, s’égaye et s&rsquo;enfuit pour mieux les exciter. Sa fougue enflamme leurs ardeurs. L&rsquo;un des chasseurs s&rsquo;agrippe à son buste et sans caresse ni regard, arrime son dard turgescent.</p>



<p>Incursion.</p>



<p>Fusion des corps en plein vol, ébullition des sangs. Un frémissement parcourt l&rsquo;échine du viril prétendant, essaime dans les entrailles de sa reine vibrante d&rsquo;émotion.</p>



<p>Extase.</p>



<p>Son membre gonflé de fierté explose sous la puissance de son désir. Son abdomen n’est que plaie béante.</p>



<p>Désintégration.</p>



<p>Tic, tac, la vie s&rsquo;écoule et pour lui, expire.</p>



<p>Gorgée de sucs et de plaisirs, Maya s&rsquo;élève vers d&rsquo;autres cieux, d&rsquo;autres rivages. Ses courtisans jamais n&rsquo;abandonnent. Un deuxième combattant, au bord de l&rsquo;ivresse la fourrage sans prévenance.</p>



<p>Incursion, extase et désintégration.</p>



<p>Tic, tac. Pour lui aussi, le temps suspend son vol.</p>



<p>Elle en redemande, Maya. Six, neuf, vingt. C’est son unique moment, à tout jamais précieux. Elle gobe, engloutit à tout va. Elle suce, aspire et assassine sans remords les preux chevaliers qui la prennent, aveuglés par leur feu, inconscients du sort auquel elle les promet. Sa destinée et celle de toute sa tribu dépendent de ces instants fragiles. Ces mâles, vaillants, mais insouciants impriment en elle la vigueur de la colonie.</p>



<p>Tic, tac, sans trêve et sans repos, Maya continue son œuvre méthodique, accueillant ses fiancés, recueillant leur semence dans une ultime seconde orgasmique, suppliciant au passage le malheureux pourvoyeur. Rudesse de l’échange, implacable fatalité&nbsp;: leur mort à eux contre la sienne&nbsp;; aucune alternative, elle ne saurait rentrer bredouille, ses compagnes l’occiraient sans état d’âme.</p>



<p>Le voile noir de la nuit se pose enfin sur l&rsquo;astre lumineux. Le présent s&rsquo;arrête. Fructueuse journée pour Maya qui, comblée, ne peut envisager une virée subsidiaire. Elle jette un dernier coup d&rsquo;œil nostalgique à l&rsquo;immensité du monde. Le sien s&rsquo;en trouvera désormais réduit aux quatre planches de bois de sa ruche, dans une obscurité permanente, et ce, pour son éternité.</p>



<p>Tic, tac, son sursis de liberté s&rsquo;achève ici. Un avenir de galérienne s&rsquo;entrouvre. Quatre ou cinq ans à produire à la chaîne, entre alvéoles de cires et réserves de miel, des œufs en multitude, enfants de ses partenaires du jour.</p>



<p>Adieu sémillantes sensations. Adieu félicité.</p>



<p>Rideau&nbsp;!</p>
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			</item>
		<item>
		<title>La mort des songes</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/la-mort-des-songes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 10:14:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[animalier]]></category>
		<category><![CDATA[drame]]></category>
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					<description><![CDATA[La pluie tombe d&#8217;une langueur monotone. J&#8217;avance au rythme de mon frère qui me précède d&#8217;un pas imperturbable. Les gouttes cabriolent à mes côtés, me percutent, dansent sur mon dos. J&#8217;avance puisque je dois le faire. C&#8217;est ainsi. Mon frère s&#8217;arrête, je m&#8217;arrête aussi. J&#8217;attends. Une flaque s&#8217;est formée à ma droite, des perles d&#8217;eau [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>La pluie tombe d&rsquo;une langueur monotone. J&rsquo;avance au rythme de mon frère qui me précède d&rsquo;un pas imperturbable. Les gouttes cabriolent à mes côtés, me percutent, dansent sur mon dos. J&rsquo;avance puisque je dois le faire. C&rsquo;est ainsi. Mon frère s&rsquo;arrête, je m&rsquo;arrête aussi. J&rsquo;attends. Une flaque s&rsquo;est formée à ma droite, des perles d&rsquo;eau rebondissent et heurte ma tête. J&rsquo;attends. Je n&rsquo;ai rien décidé, tout est organisé par l&rsquo;une de mes sœurs. Elle nous guide, nous amène vers notre destinée à tous.</p>



<p>Ce matin, réveillés à l&rsquo;aube, elle nous a annoncé que c&rsquo;était pour aujourd&rsquo;hui. Le grand exil. Nous avons quitté notre cocon douillet pour nous enfoncer sous la pluie. Nous marchons depuis, sans distraction, sans question. Puisque c&rsquo;est écrit.</p>



<p>Mon frère repart. Je le suis. Je ne sais où nous allons, mais la promesse d&rsquo;une vie nouvelle nous porte. J&rsquo;ai vu en songe ce paradis destiné&nbsp;: un ciel bleu d&rsquo;une profonde immensité, un espace sans limites pour voler de nos propres ailes, choisir notre voie à nous, s&rsquo;égailler parmi des êtres d&rsquo;une autre dimension. Ce rêve, nous l&rsquo;avons tous fait. C&rsquo;est ainsi que cela se passera. Personne ne nous l&rsquo;a dit, nous le savons, c&rsquo;est inscrit dans notre âme.</p>



<p>Les ombres s&rsquo;obscurcissent, le jour tire sur sa fin. Nous aurions déjà dû atteindre notre but, notre futur logis, avant la nuit. J&rsquo;ai l&rsquo;impression que nous avons tourné en rond. La flaque de tout à l&rsquo;heure est maintenant à ma gauche, plus large, plus sombre encore. Ma sœur s&rsquo;est-elle égarée&nbsp;? Elle ne nous dit rien, continue sa route avec constance. Mais une peur diffuse se répand parmi nous. Et si nous n&rsquo;y arrivions pas&nbsp;? Si la pluie avait modifié nos perceptions&nbsp;?</p>



<p>D&rsquo;une impulsion aussi subite qu&rsquo;inconsciente, je décide de m&rsquo;écarter du chemin tracé par mon frère. Tant pis, j’assume le risque. Mon autre frère me suit. Nous dévions peu à peu de la route. Je trouve un sentier d&rsquo;herbe fraîche. Des gouttelettes s&rsquo;accrochent à mes poils, mais j&rsquo;avance, heureuse d&rsquo;avoir pris cette première initiative. D&rsquo;autres germeront peut-être. Le goût de la liberté m&rsquo;enivre. On nous avait promis le ciel, je convoite le grand large, le vent venu d&rsquo;outre monde. Rien n&rsquo;est plus impossible.</p>



<p>J&rsquo;avance, opiniâtre. Mon frère me suit. La pluie a cessé. Je ne veux pas m&rsquo;arrêter ici, je veux continuer, me jeter dans ce tournant, m&rsquo;engager sur cette route caillouteuse. Cette nouvelle sensation me procure un curieux tremblement dans les pattes. Je sens le sol vibrer, fort. Je m’immobilise, inquiète. Soudain, le noir absolu s&rsquo;abat sur moi. Plus rien. Je crois que tout est fini.</p>



<p class="has-text-align-center">***</p>



<p>La colonne de chenilles processionnaires conduite par son pasteur s’enfouit avec lenteur dans la terre meuble. Il manque douze individus à l’appel. Ils ne viendront jamais les rejoindre. La vie pour eux s’est arrêtée en cette mélancolique fin d’après-midi de printemps, étouffée dans son élan contemplatif par une lourde automobile.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Le voyage du poète</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/le-voyage-du-poete/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 10:10:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[animalier]]></category>
		<category><![CDATA[poétique]]></category>
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					<description><![CDATA[La pluie dansait dans son cou. Couchée dans le pré du père Marcel, Marguerite considérait la vie, l&#8217;œil dans le vague. Marguerite, Marguerite. Était-ce vraiment son nom&#160;? Elle aimait les mots, Marguerite. Et celui-là ne lui paraissait pas très soyeux. Cerise. Rouge et rond, doux et juteux&#160;; elle aurait tant désiré s&#8217;appeler ainsi. Une pâquerette [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>La pluie dansait dans son cou. Couchée dans le pré du père Marcel, Marguerite considérait la vie, l&rsquo;œil dans le vague. Marguerite, Marguerite. Était-ce vraiment son nom&nbsp;? Elle aimait les mots, Marguerite. Et celui-là ne lui paraissait pas très soyeux. Cerise. Rouge et rond, doux et juteux&nbsp;; elle aurait tant désiré s&rsquo;appeler ainsi. Une pâquerette lui glissa sur le nez, mais elle ne s&rsquo;en émut guère, tout occupée quelle était à ruminer. Sombres pensées du matin, de ce matin si différent des autres. Il y eut d’abord ce nouveau, un petit gars à la parole chantante. Elle avait réussi à capturer quelques sons qu&rsquo;elle savourait avec délice. <em>Parece mentira</em> et <em>esas cosas</em> étaient ses préférés. Mais Bobonne avait hurlé, comme d&rsquo;habitude, et le petit gars s&rsquo;était arrêté tout surpris. Pas sûr qu&rsquo;il survive longtemps, celui-là. Bobonne était féroce.</p>



<p>Marguerite secoua la tête, en fin de compte, la pâquerette la faisait loucher. Adriyeeeng avait terminé le travail du nouveau. En maugréant entre ses dents. Sous son apparence mal dégrossie, c&rsquo;était un doux et elle l&rsquo;aimait bien quand même. Peut-être même qu&rsquo;elle allait le regretter un jour. Il lui laissait le champ libre et lui tapotait l&rsquo;épaule quand elle tentait de reproduire ses mots qu&rsquo;elle chérissait tant. À son grand désespoir, le résultat n&rsquo;était pas à la hauteur.</p>



<p class="has-text-align-center"><em>Swept away fino in fondo unsere Zeit,</em><br><em>Irgendwie, me encanta.</em><br><em>I&rsquo;m floating… Regalami mi vida</em><br><em>Cada tarde in meinen Träumen !</em><br><em>Demented, am I ?</em></p>



<p>Parce qu&rsquo;avant le petit gars de ce matin, il y en eut tout un tas d&rsquo;autres. Des filles aussi, venus de tout l&rsquo;univers et au-delà. Chacun d&rsquo;entre eux apportait son lot de fantaisie que Marguerite s&#8217;empressait de tricoter. Mais son prénom, elle ne l&rsquo;aimait pas. Pas plus que Bobonne qui lui donnait du «&nbsp;La Grosse&nbsp;». Elle disait à Adriyeeeng&nbsp;: «&nbsp;Adriyeeeng, où est La Grosse&nbsp;?&nbsp;» ou «&nbsp;Adriyeeeng, La Grosse a encore fait une bêtise, fait quelque chose, Adriyeeeng&nbsp;!&nbsp;».</p>



<p>Cerise. Elle voulait s&rsquo;appeler Cerise désormais. Et rien ne l&rsquo;en empêcherait.</p>



<p>Les gouttes rebondissaient sur son cuir brun, ploc, s&rsquo;éclataient et s&rsquo;évanouissaient dans l&rsquo;herbe mouillée. Marguerite/Cerise se releva et décida de continuer son voyage en passant par les prés du Louis. Ce soir, elle irait s&rsquo;abriter dans sa forêt. Depuis si longtemps qu&rsquo;elle en mourrait d&rsquo;envie. La vie en plein air, à la rude, il n&rsquo;y avait que ça de vrai. Adriyeeeng viendrait peut-être à sa recherche. Elle ne savait pas si cela lui importait ou non qu&rsquo;elle ait déserté le campement. Par contre, Bobonne ne pourra rien dire. Elle ricana. Bien fait, cette horrrrriiiible bonne femme n&rsquo;avait eu que ce qu&rsquo;elle méritait.</p>



<p>Horrrrriiiible, voilà encore un mot que Cerise connaissait bien. Cette mégère le répétait sans cesse. Quand on lui avait enlevé son bébé, Cerise avait roulé le son dans sa gorge, craché dans sa couche, hurlé, <em>spaventevole</em>, <em>schrecklich</em>, <em>espantoso</em>, <em>frightful</em>. Comment cette garce avait-elle pu faire cela&nbsp;? Oh&nbsp;! ce n&rsquo;était pas elle qui était venue en personne lui prendre son nouveau-né. Mais dans la tête de Cerise aucun doute ne subsistait&nbsp;: les petites mains n&rsquo;avaient fait que suivre les horrrrriiiibles ordres de Bobonne. Même Adriyeeeng avait eu la larme à l&rsquo;œil. C&rsquo;était dire&nbsp;! Ce fut ce jour-là que Cerise — l&rsquo;éplorée Marguerite d&rsquo;alors — avait décidé de partir. À tout prix.</p>



<p>Elle ne put mettre son plan à exécution que ce matin, bien des jours après le douloureux événement. Adriyeeeng, qui s&rsquo;était retrouvé tout seul à faire le boulot à cause de cette maudite Bobonne — ses termes à lui — n&rsquo;avait pas crocheté correctement le portail. Cerise s&rsquo;était donc éparpillée dans le jardin, grappillant au passage tout ce qui la narguait auparavant. Quand elle avait vu la porte de la maison grande ouverte, elle s&rsquo;y était aventurée sans trop réfléchir. Ce n&rsquo;était pas dans son plan. Mais si Bobonne se trouvait à l&rsquo;intérieur, ce qui était fort probable, elle pourrait en profiter pour se venger.</p>



<p>Quelle joie, cette liberté retrouvée. Cerise contempla la vallée, gourmande de fraîcheur et d&rsquo;air pur. Un grain de sable vint cependant gâcher son plaisir. Ses mamelles gonflées à bloc, lourdes comme des bidons se balançaient entre ses jambes. À chaque pas, ça la brûlait. C&rsquo;était l&rsquo;heure de la traite et personne pour boire son lait. Et son petit qui ne reviendrait pas. Cerise, pour la première fois de la journée, ce demanda si elle avait pris la bonne décision. Mais le souvenir de son enfermement continuel, les cris de Bobonne, les tapes sur les fesses, tout cela reflua par baffes. Oh que oui, elle avait bien fait de tout plaquer. Non, elle ne regretterait rien. Elle hésita pourtant à mener plus avant dans la forêt. Elle était goulue d&rsquo;avoir tant brouté d&rsquo;herbe fraîche, un peu ballonnée aussi. Et pis, elle avait soif.</p>



<p><em>Corazón</em>, <em>Küsse</em>, <em>love</em>. Ces mots, si doux, ils lui revinrent en mémoire. Elle s&rsquo;en gargarisa, juste pour le plaisir et un peu pour chasser la fièvre qui commençait à monter en elle. Elle se coucha. Horrrrriiiible, <em>furchtbar</em>. Elle ne regrettait rien, même si elle devait mourir là, maintenant. Dans un brouillard lointain, elle perçut comme un son, un «&nbsp;hoooo-la, Marguerite&nbsp;!&nbsp;». Elle se dit que quelqu&rsquo;un devait avoir perdu une fleur. Elle ferma les yeux. Bizarre comme cette voix ressemblait à s&rsquo;y méprendre à celle d&rsquo;Adriyeeeng. Cerise crut entendre des mots jolis, des chansons qui parlaient à son cœur. Elle devait déjà être à moitié partie dans le pays des songes ou celui des anges. Au loin, embuée d&rsquo;une aura mystique, elle perçut aussi «&nbsp;mammites&nbsp;», «&nbsp;fièvre&nbsp;». Puis un chuchotement, soudain très proche, juste là dans son oreille&nbsp;: «&nbsp;Marguerite, c’est toi qui as encorné Bobonne, hein&nbsp;? Merci, Marguerite, merci&nbsp;!&nbsp;» Elle n&rsquo;eut pas la force de répondre&nbsp;: «&nbsp;Cerise, pas Marguerite, Cerise&#8230;&nbsp;»</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Autobiographie du croque-mort</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/autobiographie-du-croque-mort/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 10:08:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[animalier]]></category>
		<category><![CDATA[humour noir]]></category>
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					<description><![CDATA[Aussi loin que je me souvienne, j&#8217;ai vécu dans l&#8217;ombre de lugubres boyaux souterrains. Nauséabonds. Je ne sus jamais pourquoi je fus le seul de ma famille à en souffrir. Jour et nuit, à en avoir la nausée. Mes frères et mes sœurs se prélassaient dans ce nirvana en décomposition tandis que je rampais en [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Aussi loin que je me souvienne, j&rsquo;ai vécu dans l&rsquo;ombre de lugubres boyaux souterrains. Nauséabonds. Je ne sus jamais pourquoi je fus le seul de ma famille à en souffrir. Jour et nuit, à en avoir la nausée. Mes frères et mes sœurs se prélassaient dans ce nirvana en décomposition tandis que je rampais en retenant mon souffle. C&rsquo;est dans ce magma organique en putréfaction que mes parents prirent leur pied. Souvent, longtemps. Bien vite, mon odorat surdéveloppé ne put supporter les effluves écœurants qui éructaient par saccades gazeuses, telles le Vésuve, des multiples pores de cette mélasse dans laquelle nous avions élu domicile. On aurait pu penser, à première vue, que l&rsquo;espace était suffisant pour que nous tous, cousins, oncles, grand-mères, puissions nous ébattre dans l&rsquo;aisance. C&rsquo;était sans compter la folie reproductrice de mes sœurs. Notre caverne se révéla trop vite exiguë et ma claustrophobie prit le dessus sur toutes mes considérations biologiques. Il fallait que je quitte le nid. Et vite&nbsp;!</p>



<p>Ces jours, vécus dans l&rsquo;horreur à laquelle ma naissance m&rsquo;avait conscrit me paraissent désormais une éternité. Pourquoi n&rsquo;ai-je pas fui plutôt&nbsp;? Englué dans mes habitudes&nbsp;; engoncé dans le carcan de la pression sociale&nbsp;; à moins que la peur ne me gouvernât&nbsp;? Puis soudain, je pris cette décision. Il n&rsquo;y eut aucun déclic palpable, aucun coup de tonnerre ne vint me frapper. Ce fut juste le bon moment, un éclair de lucidité mêlé d&rsquo;insouciance.</p>



<p>Je me faufilai donc entre les circonvolutions sanguines et les étoiles des neurones. Je ne comptai plus le nombre de fois où je me cognai contre les parois de ce crâne dont sa lisseté n&rsquo;octroyait aucun repère. Combien de fois passai-je et repassai-je devant cet insolite amas gélatineux&nbsp;? Je ne tins aucune statistique susceptible d&rsquo;éteindre ma motivation. Mais un jour, lorsque je crus avoir atteint le fond de ma résistance aux odeurs et à la promiscuité, je revis cette chose, ce mollusque étrange. Sous les assauts convergents de mes frères coléoptères et de quelques fourmis, le jour apparu enfin en transparence. Victoire&nbsp;! La sortie était enfin à ma portée. À moi les cieux purs et les grands espaces&nbsp;!</p>



<p>La traversée de ce qui restait de cet œil glutineux fut chose aisée. Ma première bouffée d&rsquo;air me fit hoqueter, peu habitué que j&rsquo;étais à cette quantité astronomique d&rsquo;oxygène. Mais j&rsquo;y pris plaisir et m&rsquo;aventurai au loin. J&rsquo;abandonnai le corps de ce pauvre homme, mon home, ma patrie, sans l&rsquo;ombre d&rsquo;un regret. Pourtant, bien vite, la faim me tenailla. Le parquet ciré ne m&rsquo;offrit aucune source de nourriture&nbsp;: ni cadavre, ni même un brin d&rsquo;herbe. C&rsquo;est alors que je découvris ce qui fit mon bonheur pour l&rsquo;éternité et bien plus.</p>



<p>Devant moi, une immense étagère de bois verni. Et dans chacune des alvéoles, des… choses empilées. Certes, à première vue, ces rectangles plus ou moins rigides, plus ou moins épais, décorés d&rsquo;une ribambelle de signes cabalistiques n&rsquo;offraient guère d&rsquo;intérêt. À quoi pouvaient-ils servir&nbsp;? L&rsquo;odeur et la texture de l&rsquo;un d&rsquo;entre eux relié de cuir m&rsquo;inspirèrent le respect. Je grignotai un petit bout et le trouvai fort à mon goût.</p>



<p>C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;au fil du temps, je laissai ma trace dans les pages de ce précieux livre, signant de mes excrétions mon passage sur cette terre.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Disparu</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/disparu/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 05 Feb 2026 16:29:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[animalier]]></category>
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					<description><![CDATA[Il s&#8217;est volatilisé dans un hurlement terrifiant. Le soleil printanier nous caressait de ses rayons paresseux et d&#8217;un coup, sans que la météo se mette au diapason, il était loin. Je tends le cou, scrute l’horizon, mes sens en éveil. Rien que de l&#8217;ordinaire. Au détour d&#8217;un bosquet, une longue striure de sang frais. Mes [&#8230;]]]></description>
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<p>Il s&rsquo;est volatilisé dans un hurlement terrifiant. Le soleil printanier nous caressait de ses rayons paresseux et d&rsquo;un coup, sans que la météo se mette au diapason, il était loin. Je tends le cou, scrute l’horizon, mes sens en éveil. Rien que de l&rsquo;ordinaire. Au détour d&rsquo;un bosquet, une longue striure de sang frais. Mes tripes se compactent. C&rsquo;est lui ! Je cours, affolée : « PJ, t&rsquo;es blessé ? PJ, où te caches-tu ? » La traînée se fait gouttes, éclaboussures d&rsquo;un peintre staccato. Dans les ronces, je ne retrouve que sa tête, crête rouge vif, yeux ouverts sur le néant. PJ, mon coq est mort.</p>
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		<title>Le matin d&#8217;une cigale</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/le-matin-dune-cigale/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 05 Feb 2026 10:50:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[animalier]]></category>
		<category><![CDATA[poétique]]></category>
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					<description><![CDATA[À l&#8217;heure de none, dans ce jardin provençal que rien ne distingue, où santolines et lavandes fusionnent en un écrin d&#8217;ocre et d&#8217;améthyste, le temps de la sieste s&#8217;étire imperceptiblement. Pourtant, sur l&#8217;une des longues tiges d&#8217;immortelles s&#8217;élançant vers l&#8217;azur, une nymphe souillée de terre se hisse avec courage et détermination. Elle s&#8217;accroche, glisse, tombe [&#8230;]]]></description>
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<p>À l&rsquo;heure de none, dans ce jardin provençal que rien ne distingue, où santolines et lavandes fusionnent en un écrin d&rsquo;ocre et d&rsquo;améthyste, le temps de la sieste s&rsquo;étire imperceptiblement. Pourtant, sur l&rsquo;une des longues tiges d&rsquo;immortelles s&rsquo;élançant vers l&rsquo;azur, une nymphe souillée de terre se hisse avec courage et détermination. Elle s&rsquo;accroche, glisse, tombe et dix fois, elle recommence. En l&rsquo;espace de deux heures, elle joue un terrible duel avec Chronos. Tout doit être terminé avant que son corps ne durcisse, avant que l&rsquo;astre du jour ne décline, avant qu&rsquo;un oiseau ne la choisisse pour festin. Enfin, bien arrimée à sa tige, elle semble à présent totalement immobile. Aurait-elle perdu avant même d&rsquo;avoir lutté&nbsp;? Silence. Puis dans un arrachement brutal, une déchirure apparaît sur son dos boursouflé. Inexorablement, Roxane, parfaite imago, s&rsquo;extrait avec panache de son exuvie désormais asséchée, superflue.</p>



<p>Elle lève le nez et entrevoit une vie de délice dans un ciel d&rsquo;un bleu intense. Son ressenti s&rsquo;exprime au-delà du visible. Toutes les promesses de la belle saison, chaleur et plaisirs, effacent les souvenirs déjà lointains des sombres années passées sous terre. Après une rapide toilette au soleil, ses ailes de fines dentelles méticuleusement séchées, Roxane s&rsquo;envole vers l&rsquo;un de ses nombreux prétendants qui stridulent avec allégresse dans la canopée.</p>



<p>Une cigale est née, pour ne profiter que l&rsquo;espace d&rsquo;un court été d&rsquo;une vie de bohème puis mourir avec les fleurs quand meurent les jours.</p>
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		<title>Le dernier voyage</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/le-dernier-voyage/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 05 Feb 2026 10:50:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[animalier]]></category>
		<category><![CDATA[tragique]]></category>
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					<description><![CDATA[Un pas, puis un autre, encore et encore, Mathilde tirait le cadavre de Solange, l&#8217;une de ses consœurs, avec courage et détermination sur ce terrain fort malaisé, encombré de pierres de toutes sortes, et même quelques montagnes, dont le Kilimandjaro à n&#8217;en point douter. Mais Mathilde était herculéenne et surtout, elle se sentait redevable envers [&#8230;]]]></description>
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<p>Un pas, puis un autre, encore et encore, Mathilde tirait le cadavre de Solange, l&rsquo;une de ses consœurs, avec courage et détermination sur ce terrain fort malaisé, encombré de pierres de toutes sortes, et même quelques montagnes, dont le Kilimandjaro à n&rsquo;en point douter. Mais Mathilde était herculéenne et surtout, elle se sentait redevable envers cette pauvre fille. La moindre des choses était de la ramener à la maison pour l&rsquo;enterrer avec dignité. Le voyage avait commencé sur un sol sableux, grandiose et terrible à la fois, une étendue immense dotée d&rsquo;un pouvoir assoupissant qui avait étouffé leur vigilance habituelle. Un Gros Porc vermillant arriva comme une furie et dévasta tout sur son passage. Mathilde fut éjectée dans les airs, mais Solange perdit la vie en essayant, tant bien que mal, de propulser Mathilde hors des griffes de ce démon malfaisant. C&rsquo;est ainsi que Mathilde traversa déserts de sable, déserts de caillasse, forêts de hautes tiges foliacées, tout en contournant moult obstacles telle cette mare qui se prolongeait à perte de vue, poussant ou tirant Solange qui égarait une patte à chaque cahot. Mathilde était presque arrivée <em>at home</em> quand soudain, apparut dans le ciel un gigantesque oiseau de proie vert à pois rouges, comme atteint d&rsquo;un chloasma gravidique — stade ultime — qui se mit à planer erratiquement au-dessus de Mathilde et de son fardeau.</p>



<p>«&nbsp;Dis donc, chéri, tu veux pas qu&rsquo;on se débarrasse de cette vieille poterie, elle est moche et elle m&rsquo;enquiquine là&nbsp;? D&rsquo;ailleurs, on vient de prévoir une session de brocantage avec les copines&nbsp;!&nbsp;» glapit la jardinière, une femme d&rsquo;un âge très moyen, fort peu avenante, équipée de ridicules gants horticoles et qui mâchouillait du chewing-gum avec de larges mouvements de diduction, telle une grosse vache ruminante. «&nbsp;Et amène l&rsquo;insecticide, y&rsquo;a une énorme fourmilière là-dessous&nbsp;!&nbsp;»</p>
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