<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>Alice de Castillon &#8211; Autrice</title>
	<atom:link href="https://alicedecastillon.com/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://alicedecastillon.com</link>
	<description>Courtes histoires à lire entre deux pauses</description>
	<lastBuildDate>Wed, 25 Mar 2026 19:15:04 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>
	hourly	</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>
	1	</sy:updateFrequency>
	<generator>https://wordpress.org/?v=6.9.4</generator>

<image>
	<url>https://alicedecastillon.com/wp-content/uploads/cropped-favicon-32x32.png</url>
	<title>Alice de Castillon &#8211; Autrice</title>
	<link>https://alicedecastillon.com</link>
	<width>32</width>
	<height>32</height>
</image> 
	<item>
		<title>L’auberge des templiers</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/lauberge-des-templiers/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 10:32:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
		<category><![CDATA[science-fiction]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://alicedecastillon.com/?p=441</guid>

					<description><![CDATA[Ses pas menus résonnent sur les dalles du sentier. Ils cliquettent, tantôt guillerets, tantôt inquiets. Où va-t-elle au juste&#160;? Dans le labo, à l&#8217;autre bout du parc, là où les lumières, coloris francs, brillent raides et glaciales. Un monde à l&#8217;opposé de l&#8217;auberge dont elle a fermé la porte d&#8217;une main pourtant certaine. Oui, il [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Ses pas menus résonnent sur les dalles du sentier. Ils cliquettent, tantôt guillerets, tantôt inquiets. Où va-t-elle au juste&nbsp;? Dans le labo, à l&rsquo;autre bout du parc, là où les lumières, coloris francs, brillent raides et glaciales. Un monde à l&rsquo;opposé de l&rsquo;auberge dont elle a fermé la porte d&rsquo;une main pourtant certaine. Oui, il le faut, elle a choisi. Cette cure detox, elle en a besoin. Elle en a rêvé ces derniers mois, étirés dans la poussière du quotidien, dans l&rsquo;ennui, le brouhaha des commérages, les entourloupes à tricoter, les manigances du petit chef et les revenchardises des collègues. Cette pause, elle l&rsquo;a méritée. Pas donnée pour autant. Les Templiers sont réputés. Elle n&rsquo;aurait pas confié son âme à n&rsquo;importe qui.</p>



<p>Ses pas ralentissent un tantinet, s&rsquo;arrêtent à côté de ce banc. Elle s&rsquo;y affale. La vieille ferme retapée, îlot de zénitude, terre d&rsquo;asile pour les égarés, clignote de milles flammes. Le tenancier voue un culte aux bougies. Purification de l&rsquo;air, apaisement des esprits, clame-t-il. Elle serait bien restée vautrée sur les pelisses devant l&rsquo;âtre, à boire du chocolat chaud et les yeux plissés à suivre les volutes des chandelles. L&rsquo;auberge est certes accueillante, mais elle n&rsquo;est pas là que pour ça. Ses genoux se tortillent, embarquent son bassin dans une torsion à quatre-vingt-dix degrés. Le banc craque sous ses fesses. Elle a rendez-vous dans l’immeuble moderne de cinq étages, à l&rsquo;autre bout du parc.</p>



<p>Un instant, elle croit y lire le mot «&nbsp;parking&nbsp;». Illusion fugace ou révélation&nbsp;? Le mirage se floute. En quelque sorte, c&rsquo;est bien cela&nbsp;: un garage pour les âmes en détresse. Une pause dans sa vie stressée. Oui, c&rsquo;est bien ce qu&rsquo;elle est venue chercher, trêve de tergiversation. Ses pas reprennent leur cours, rassérénés.</p>



<p>Un papillon orangé cavale d&rsquo;un buisson à l&rsquo;autre. Derrière lui suit une ombre qui la salue, automate au regard vide. Un patient, pense-t-elle. Elle en a déjà croisé quelques-uns depuis son arrivée ici. Ça fait un peu peur, au début. Mais l&rsquo;on sait à quoi s&rsquo;attendre. Et puis, le parc est sécurisé. Personne ne peut entrer ou s&rsquo;égarer à l&rsquo;extérieur. Que deviendraient ces gens lâchés dans la nature&nbsp;? Elle frissonne. Et si leur esprit ne leur était jamais rendu&nbsp;? Oh, elle a bien rencontré des ex-détoxés lors de ces séances organisées par les Templiers pour promouvoir leurs fameux séjours&nbsp;! Mais sont-ils tous revenus&nbsp;? Un frisson parcoure ses jambes, la fait trébucher. Elle s&rsquo;accroche à une souche, marque un temps d&rsquo;arrêt. Et que font-ils des âmes&nbsp;?</p>



<p>Elle réalise que dans l&rsquo;euphorie du moment, elle a signé le chèque sans vraiment s&rsquo;être posé toutes les questions. La présentation était léchée. Tout semblait clair. Des photos très travaillées du labo, des schémas, des explications à la pelle pour que l&rsquo;on oublie l&rsquo;essentiel. Et puis, cette belle maison dans son écrin de verdure, son salon convivial, la baie vitrée, les poutres blanchies à la chaux, les couettes douillettes, un hôtel boutique, dix chambres et un gérant aux petits oignons. Les corps séjourneront ici, leur essence de vie restera dans l&rsquo;un des tiroirs de l&rsquo;immeuble moderne juste en face. Au «&nbsp;parking&nbsp;». Une semaine ou dix jours sans penser, sans ressasser le passé, sans s&rsquo;angoisser sur l&rsquo;avenir. Les Templiers ont leur réputation pour eux, gardiens du temple depuis des siècles. Son temple à elle, dans quelques minutes.</p>



<p>Ses pas l&rsquo;entraînent, presque sans qu&rsquo;elle puisse les freiner. Elle quitte le petit bois et se retrouve en pleine lumière devant le laboratoire. Ses lignes droites rassurent. Pas de chichis, rien d&rsquo;inutile. La science au service de l&rsquo;Homme. La porte vitrée s&rsquo;ouvre sur un hall d&rsquo;une blancheur clinique. Elle s&rsquo;arrête. Que vont-ils faire de son âme&nbsp;? Stockée dans un coffre, bien au chaud dans ce bâtiment ultra-sécurisé, prétend la brochure. En vérité&nbsp;? Personne ne le sait vraiment. Personne en tout cas ne peut lui assurer qu&rsquo;elle ne sera pas perturbée, disséquée, utilisée, vilipendée, envoyée ailleurs le temps de sa cure, échangée lors de la réintégration dans son corps. Ou pire, perdue, vendue. Ne subsistera d&rsquo;elle qu&rsquo;une coquille vide condamnée à errer dans ce parc, dormir et manger comme un automate dans cette auberge de luxe.</p>



<p>— Madame Duchanel&nbsp;? Entrez donc nous vous attendons.</p>



<p>L&rsquo;hôtesse, sourire plastique scotché commercial, s&#8217;empare de son bras et la guide à l&rsquo;intérieur. Elle se redresse, ses pieds s&rsquo;affermissent. Oui, c&rsquo;est ce dont elle a besoin. Oublier son passé, ses soucis, ses ennuis.</p>



<p>Errer sans but, pour que ses angoisses ne reviennent plus jamais la hanter.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Le suicide des centenaires</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/le-suicide-des-centenaires/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 10:32:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[sénescence]]></category>
		<category><![CDATA[social]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://alicedecastillon.com/?p=439</guid>

					<description><![CDATA[C&#8217;était Mathilde qui avait eu l&#8217;idée du jeu. Le premier qui voyait un chapeau à fleurs pinçait l&#8217;autre. Après de longues minutes désertiques, ils durent accepter l&#8217;évidence, de nos jours, plus personne ne portait ce genre de couvre-chef. Lucien suggéra alors les chaussures à bout pointu. Mais leur vue décadente à tous les deux rendit [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>C&rsquo;était Mathilde qui avait eu l&rsquo;idée du jeu. Le premier qui voyait un chapeau à fleurs pinçait l&rsquo;autre. Après de longues minutes désertiques, ils durent accepter l&rsquo;évidence, de nos jours, plus personne ne portait ce genre de couvre-chef. Lucien suggéra alors les chaussures à bout pointu. Mais leur vue décadente à tous les deux rendit le repérage athlétique. Ils se penchaient, mains en visière, ou se tordaient en tous sens, sans véritable succès. Plusieurs passants s&rsquo;inquiétèrent de leur état et Lucien dut les rassurer avec patience. Non, merci, tout allait bien, ils prenaient juste un peu le soleil. Bien sûr, il se rendait compte de l&rsquo;image étrange, voire inquiétante, qu&rsquo;ils projetaient&nbsp;: deux vieillards assis sur les premières marches du parvis, épouvantails à moineaux, moulin à vent rhumatisant.</p>



<p>Leur cas s&rsquo;aggrava lorsqu&rsquo;il proposa à sa dulcinée de troquer les godillots contre des vêtements bleus. C&rsquo;était à qui pinçait le plus vite&nbsp;! C&rsquo;était à croire que tous les hommes étaient repeints en marine. Quant aux femmes, elles rivalisaient d&rsquo;azur ou de turquoise sur de discrets myosotis ou de fines lignes serrées. Lucien riait à la joie de sa pétulante Mathilde. Mathilde pleurait d&rsquo;un rire éperdu, devant son joyeux Lucien. Ils avaient retrouvé, pour un instant, l&rsquo;insouciance de l&rsquo;enfance, où un rien vous emmène au septième ciel des petits bonheurs partagés. Les regards appuyés de quelques personnes trop bien pensantes enflammaient leurs éclats hystériques. Qu&rsquo;il était bon d’éparpiller les convenances aux quatre coins&nbsp;!</p>



<p>Mais le jeu ennuya vite Mathilde. Il l&rsquo;aida à se relever et main dans la main, chacun en appui sur une canne, ils s&rsquo;enfoncèrent dans la jungle urbaine. La foule évitait avec soin ce vaisseau qui laissait derrière lui un sillage d&rsquo;incrédulité. Car ils s&rsquo;étaient mis à chanter. Fort haut et fort cacophonique. Lucien bourdonnait tandis que Mathilde déraillait dans les aiguës. L&rsquo;un et l&rsquo;autre frappaient leur canne à contre-rythme de cette mélodie connue d&rsquo;eux seuls.</p>



<p>De temps à autre, son amoureuse interpellait un passant. La bouche collée au visage de l&rsquo;enquiquiné, elle lui postillonnait un&nbsp;: «&nbsp;Vous avez l&rsquo;heure s&rsquo;il vous plaît&nbsp;?&nbsp;» Son dentier chuintait et elle le repositionnait d&rsquo;un doigt énergique. Avant même que le pauvre éberlué ait eu le temps de lui répondre, Mathilde éclatait d&rsquo;un rire perçant. Lucien la tirait alors vers lui, imprimait un doux balancier à leurs deux mains jointes, tandis que son amoureuse chantonnait&nbsp;: «&nbsp;Il est l&rsquo;heure de faire des bêtises, rien que des bêtises, la la la&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>La devanture de <em>Häagen-Dazs</em> leur fit ralentir le pas. Il proposa à sa douce un petit plaisir arrosé de champagne. Mathilde, prise d&rsquo;un élan que seul son estomac pouvait lui procurer, s&rsquo;engouffra ventre à terre dans la boutique. Elle voulut goûter à tous les parfums avant de se décider. Lucien n&rsquo;eut guère le loisir d&rsquo;intervenir tant sa vitesse le surprit&nbsp;: elle avait léché déjà les glaces de trois clients attablés quand il arriva à sa hauteur. Il prit le parti d&rsquo;en rire avec elle — tout en lançant un regard désolé, accompagné d&rsquo;un billet de vingt euros, aux personnes lésées.</p>



<p>Après moult tergiversations, il réussit à asseoir Mathilde sur un banc devant la plus grande des tables. Le serveur revint avec trente-deux cornets à une boule, un cône pour chacun des arômes. «&nbsp;Parce que tous ensemble dans une immense coupe, ça se mélange et on ne peut pas bien les sentir&nbsp;», prétendait l&rsquo;ingénue. Il les positionna, bien alignés en rang d&rsquo;oignons, sur des supports en plastique pour qu&rsquo;elle puisse glisser avec allégresse de l&rsquo;un à l&rsquo;autre. Lucien lui en piquait un peu, lorsque la glace dégoulinait de partout. Mais surtout, il la regardait avec tout l&rsquo;amour du monde. Sa Mathilde, sa femme depuis si longtemps qu&rsquo;il avait oublié le compte exact des années passées en sa compagnie. Des années de bonheur, de joie et de tristesse aussi, bien sûr. Mais toujours dans une grande complicité et beaucoup de joyeusetés. Aujourd&rsquo;hui, il avait décidé que rien ne pourrait mettre un frein à leurs lubies. Tout était permis.</p>



<p>Mathilde se lassa de ses trente-deux glaces. Elle voulut rentrer à la maison, faire une petite sieste à l&rsquo;ombre de l&rsquo;immense platane. Alors, Lucien l&#8217;emmena au jardin municipal.</p>



<p>Elle ne le savait pas, mais ils n&rsquo;avaient plus de foyer. Depuis quelques mois, il vivait chez leur fils, dans un modeste appartement au cœur de la ville, tandis qu&rsquo;elle avait dû être placée dans une résidence médicalisée. Le platane communal ferait l&rsquo;affaire. Mathilde n&rsquo;y vit que du feu. Elle s&rsquo;étendit, bienheureuse, sur la couverture qu&rsquo;il avait pensé à apporter dans son sac à dos. Il en sortit aussi deux capsules rouges. «&nbsp;Regarde, Mathilde, je vais t’en déposer une sur la langue, ouvre bien grand, voilà&nbsp;! Et maintenant, ma chérie, croque à pleines dents. Je t&rsquo;aide un peu, mais c&rsquo;est que tu voulais, n&rsquo;est-ce pas&nbsp;? Tu me l&rsquo;avais dit, quand tu aurais perdu la boule, pas qu&rsquo;un peu, mais vraiment perdu la tête, que tu n&rsquo;avais pas envie de rester comme ça. Alors, je tiens ma promesse. Croque, Mathilde, croque et tout ça sera terminé. Nous nous retrouverons très vite, comme auparavant, amoureux, amoureux de la vie. Croque, Mathilde&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>Les sels de cyanure explosèrent dans son corps. Son estomac se vrilla, sa peau se colora en rose vibrant et sa tendre-aimée glissa ,dans un coma éternel.</p>



<p>Lucien porta à son tour la seconde capsule à sa gorge, la broya et l’engloutit, les yeux tournés vers le ciel.</p>



<p>Pour rien au monde, il n&rsquo;aurait voulu manquer son entrée au paradis, main dans la main avec Mathilde.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Le vin des collections</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/le-vin-des-collections/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 10:31:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[absurde]]></category>
		<category><![CDATA[ironique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://alicedecastillon.com/?p=437</guid>

					<description><![CDATA[— Et arôme de pêche-coriandre pour celui-ci. Qu&#8217;en pensez-vous&#160;? — Je déteste la coriandre. Je cherche quelque chose de plus léger, plus fleuri. —Alors notre collection d&#8217;été devrait vous plaire. Elle nous a été inspirée par des imprimés champêtres. Sachez aussi que nous préparons déjà la version automnale, fragrance boisée et truffée. Albert, accoudé avec [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>— Et arôme de pêche-coriandre pour celui-ci. Qu&rsquo;en pensez-vous&nbsp;?</p>



<p>— Je déteste la coriandre. Je cherche quelque chose de plus léger, plus fleuri.</p>



<p>—Alors notre collection d&rsquo;été devrait vous plaire. Elle nous a été inspirée par des imprimés champêtres. Sachez aussi que nous préparons déjà la version automnale, fragrance boisée et truffée.</p>



<p>Albert, accoudé avec grâce à l&rsquo;un des présentoirs de cristal, sourit dans sa fine moustache lustrée. La scène est délicieuse et il s&rsquo;en repaît avec jouissance. Le vendeur fait miroiter le flacon regorgeant d’un liquide bordeaux devant les yeux de sa cliente, mi-bobo, mi-artiste. La boutique se la joue chic et tendance, haut de gamme avec nonchalance, sise en notable position dans ce centre commercial du Faubourg Saint-Honoré.</p>



<p>Mais Albert n&rsquo;est pas là pour ces vins concentrés et parfumés hors de prix. Il chasse la cougar encore fraîche et bien nantie. Pour l&rsquo;heure, mise à part la très parisienne pète-sec qui donne du fil à retordre au commerçant, il n&rsquo;y a guère de poissons dans la nasse. Juste un quadra, smartphone à bout de bras qui flashe un énorme QRcode à ses pieds et vers l&rsquo;entrée, une agente de sécurité ceinte d&rsquo;un gilet pare-balle fort peu seyant.</p>



<p>Au loin pourtant, dans la galerie, les yeux d&rsquo;Albert vrillent sur une belle blonde, les bras tout étirés par ses nombreux achats qui dodelinent sur ses chevilles. Elle semble se diriger vers <em>Vins</em> <em>Monogram</em>. Le jeune homme se redresse, lisse sa moustache, vérifier sa mèche faussement rebelle, ajuste le pli de son pantalon. Sa montre de luxe bien en évidence — un cadeau d&rsquo;une précédente conquête — il se tient prêt à harponner sa proie.</p>



<p>Soudain, un flash vert zèbre l&rsquo;espace. Albert, aveuglé par l&rsquo;intense lumière, retient un cri. Mazette&nbsp;! Un pan entier du magasin s&rsquo;écroule dans une herbe luisante. S&rsquo;il le pouvait, il fuirait à toutes jambes. Mais il reste là, coincé, toujours souriant, benêt pétrifié.</p>



<p>— Crisp&nbsp;!</p>



<p>Le vendeur et sa cliente viennent de disparaître à leur tour dans le pré. Une demi-vache trône désormais en son sein, mamelle rose gonflée de fierté.</p>



<p>Albert, les pieds statufiés dans l&rsquo;URL de <em>Vins</em> <em>Monogram</em>, ne réagit plus. Il sait qu&rsquo;il va se dissoudre dans quelques secondes, emporté dans un tourbillon de colle, remplacé d&rsquo;un coup de balai énergique par un pot de yaourt <em>Hel&amp;Vivre</em>.</p>



<p>L’afficheur se hâte, la pause café l’attend au bout de la rue. Il ne prête pas attention à l’ultime souhait d’Albert&nbsp;: renaître quelque part dans cette ville, sur l&rsquo;un des plus beaux emplacements publicitaires de la capitale.</p>



<p>— Crisp&nbsp;!</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>La tombe du temps</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/la-tombe-du-temps/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 10:31:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[poétique]]></category>
		<category><![CDATA[romance]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://alicedecastillon.com/?p=435</guid>

					<description><![CDATA[Mon buste contre ton torse, imberbe, fraise amidonnée, me caresse sous le froufrou des dentelles. Ton nez camus flaire l&#8217;affaire, pluie d&#8217;or et d&#8217;argent. Nos caissettes débordent. Jouissance entre tes longs doigts d&#8217;artiste. L&#8217;amour m&#8217;ensorcelle, mes robes tournoient, éclat opalescent. Nos reflets éclaboussent, ricochent. Abondance, magnétiques attraits, le monde à nos pieds. Puis sourires d&#8217;aisance, [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Mon buste contre ton torse, imberbe, fraise amidonnée, me caresse sous le froufrou des dentelles. Ton nez camus flaire l&rsquo;affaire, pluie d&rsquo;or et d&rsquo;argent. Nos caissettes débordent. Jouissance entre tes longs doigts d&rsquo;artiste. L&rsquo;amour m&rsquo;ensorcelle, mes robes tournoient, éclat opalescent. Nos reflets éclaboussent, ricochent. Abondance, magnétiques attraits, le monde à nos pieds.</p>



<p>Puis sourires d&rsquo;aisance, de bienséance, masque de fer dans des atours de velours. Chute démoniaque, perruque mitée, le vide s&rsquo;engouffre dans nos coffres. Force centrifuge, évacuation du monde. Disparition. Désillusions. Mais l&rsquo;amour, bouclier, rempart du mal et de la trahison nous drape, nous enserre. Nus sur des planches de bois disjointes, rien que nous deux. Boire à la vie, au renouveau. Des plaisirs de chairs et de rêves. Nos projets nous transportent, chevauchée débridée, confiance, fanfaronnade. Reconquête. Des braises, rebâtir notre monde.</p>



<p>Tourne, tourne mes jupes à froufrous, tourne dans le bal des ors. Le meilleur et le pire, puis à nouveau le meilleur. Deux, trois enfants, perpétuité de notre amour. Tristesse et mélancolie, la jalousie nous harcèle tour à tour, mais ne mord. Quelques cicatrices, vite effacées sous nos ardents baisers.</p>



<p>Carrousel du temps, tâtonne, rejoint le fil du ruisseau paisible. Se perd dans le pré, s&rsquo;éclipse, s&rsquo;évanouit. Enterré à jamais les questions sans réponses, les heurts et les bonheurs. L&rsquo;amour est nous, pour l&rsquo;éternité et un jour. Sans folie, sans étincelles superficielles. Juste nous. Ton cœur contre mon cœur.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L’atelier des brumes</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/latelier-des-brumes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 10:30:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[merveilleux]]></category>
		<category><![CDATA[poétique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://alicedecastillon.com/?p=433</guid>

					<description><![CDATA[— Ce sont ses cris. — Comme presque chaque matin. — Quand il n&#8217;est pas là. — Il n&#8217;est pas souvent là. — La voilà qui s&#8217;échappe. — Elle vient vers nous. *** Les yeux barbouillés de brouillard, Adriana dévala les quatre marches du perron. Il s&#8217;en fallut de peu qu&#8217;elle se prenne les bottines [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>— Ce sont ses cris.</p>



<p>— Comme presque chaque matin.</p>



<p>— Quand il n&rsquo;est pas là.</p>



<p>— Il n&rsquo;est pas souvent là.</p>



<p>— La voilà qui s&rsquo;échappe.</p>



<p>— Elle vient vers nous.</p>



<p class="has-text-align-center">***</p>



<p>Les yeux barbouillés de brouillard, Adriana dévala les quatre marches du perron. Il s&rsquo;en fallut de peu qu&rsquo;elle se prenne les bottines dans ses nombreux jupons blancs. Elle renifla, s&rsquo;essuya au revers de sa manche de satin rose, redressa le buste et courut loin, loin, tout au fond du jardin. Là où le gazon s&rsquo;entremêlait au sous-bois, là où la cascade se nichait, loin, loin de sa féroce gouvernante.</p>



<p>— Adriaaana&nbsp;! Où êtes-vous&nbsp;? Revenez, Mademoiselle, revenez tout de suite&nbsp;!</p>



<p>La petite fille calfeutra ses oreilles dans la paume de ses mains. Non, elle ne rentrerait pas. Tant que son père n&rsquo;annoncerait pas sa visite, tant qu’il ne viendrait pas la sauver, elle se cacherait. Mais où&nbsp;? Elle n&rsquo;osa pas s&rsquo;enfoncer entre les grands cèdres. Leurs branches, terminées par de longues griffes pointues, tournoyaient au-dessus de sa tête, frôlaient les rubans de ses anglaises lui arrachant des grelots étouffés.</p>



<p>— Mademoiselle&nbsp;! Revenez immédiatement. Je compte jusqu&rsquo;à trois&nbsp;!</p>



<p>Affolée, Adriana plongea entre deux topiaires. Sa gouvernante, qui était sortie à son tour, parcourait les allées du jardin d&rsquo;un pas très énervé. Sa voix tournait à l&rsquo;aigre. Si elle la retrouvait, elle aurait droit à la cravache ou au martinet puis elle serait jetée au cachot pendant deux jours et deux nuits. Au pain sec et à l’eau.</p>



<p>La petite fille se ratatina jusqu&rsquo;à ne former qu&rsquo;une boule de chiffons. Mais ses dents claquèrent sans qu&rsquo;elle puisse y remédier. Soudain, elle sentit sur sa joue droite une chaleur douce qui apaisa ses tensions. La même chose se produit sur sa joue gauche. Elle daigna entrouvrir les paupières et vit deux nébuleuses de formes indéfinies qui irradiaient d&rsquo;une lueur orangée. À cet instant, elle entendit à l&rsquo;intérieur même de son corps deux faibles voix qui chuchotaient&nbsp;:</p>



<p>— Ne t&rsquo;inquiète pas, nous sommes là pour t&rsquo;aider&nbsp;!</p>



<p>— Tu sembles déjà rassérénée, ta mâchoire ne crisse plus&nbsp;!</p>



<p>Elle n&rsquo;osa pas ouvrir la bouche de peur de dévoiler sa présence. Mais elle pensa très fort en elle-même&nbsp;:</p>



<p>— Mais, mais… qu’est-ce donc&nbsp;? Que, qui…</p>



<p>À sa grande stupéfaction, ils confessèrent dans le creux de son cœur&nbsp;:</p>



<p>— Nous sommes des Lutins, éléments de la nature, des créatures <em>élémentaires</em>. Mais nous prêtons main-forte aussi aux Hommes&#8230;</p>



<p>— … et aux petites filles&nbsp;!</p>



<p>— Mais seulement si elles nous le demandent&nbsp;!</p>



<p>Ils gloussèrent malicieusement. Adriana les supplia alors de faire disparaître la gouvernante et d&rsquo;appeler son père afin qu&rsquo;il vienne la délivrer.</p>



<p>— Ho, ho, jeune demoiselle, nous ne sommes pas des magiciens, nous n&rsquo;avons pas de tels pouvoirs.</p>



<p>— Oui, mais nous pouvons contribuer à te dissoudre dans le paysage.</p>



<p>— Ah, mon frère, tu as raison, ça, nous pouvons le faire.</p>



<p>Ni une, ni deux, les Lutins s&rsquo;entretinrent avec les animaux du jardin qui amenèrent feuilles mortes, branchettes et brins d&rsquo;herbe. Ils sollicitèrent ensuite les Elfes qui soulevèrent une délicate brise balayant le butin jusqu&rsquo;à la camoufler de la tête aux pieds.</p>



<p>La fillette n&rsquo;osait plus respirer. Elle les remercia en silence puis enchérit&nbsp;:</p>



<p>— Peut-être vous serait-il possible de créer aussi une légère brume, quelque chose qui fasse perdre à ma gouvernante son sens de l’orientation&nbsp;?</p>



<p>— Nous, Lutins, nous n&rsquo;avons pas cette capacité. Mais les Sylphes oui&nbsp;! Nous allons de ce pas relayer ta demande.</p>



<p>La douce chaleur s&rsquo;éloigna de ses joues. Un sentiment de tristesse fugace pesa sur son âme. Elle espérait retrouver au plus vite ses nouveaux amis. Elle avait tant de questions&nbsp;!</p>



<p>À l&rsquo;évidence, les Sylphes mirent du cœur à l&rsquo;ouvrage. Ces entités de l’air tissèrent une trame complexe. Ils empruntèrent le souffle de la terre, les perles de rosée et les exhalaisons des insectes volants. Leurs corps énergétiques gonflèrent alors cette délicate dentelle qui déploya sa beauté.</p>



<p>La petite fille, qui avait tenté un œil hors de son bouclier végétal, contempla la vapeur d&rsquo;eau s&rsquo;élever du sol et gagner tout le jardin. Les premiers rayons du soleil s’entrechoquèrent sur les particules en suspension et irradièrent de toute part. La brume opalescente en devint aveuglante.</p>



<p>— Adriana&nbsp;! Revenez, on n&rsquo;y voit goutte&nbsp;! Vous risquez de vous tordre une cheville ou de vous briser les os. Revenez, vous dis-je&nbsp;!</p>



<p>Elle entendit sa gouvernante passer et repasser à plusieurs reprises à proximité du topiaire qui l&rsquo;abritait. Puis, elle distingua une irrésistible mélodie cristalline qui s&rsquo;égrenait au-dessus des rosiers. Elle ressentit le besoin impérieux de se lever et de suivre l’envoûtante musique. Mais la chaleur orangée ressurgit contre ses deux joues et elle perçut, à l&rsquo;intérieur de son être, la voix de l’un des Lutins&nbsp;:</p>



<p>— Ne bouge pas, petite, ce sont les Ondines qui attirent ta gouvernante vers l&rsquo;étang. Attends encore un peu.</p>



<p>Quelques secondes plus tard, un grand cri résonna dans la brume, suivi d’un plouf retentissant&nbsp;:</p>



<p>— Adria&#8230; glouglou&#8230; na&nbsp;! Au sec&#8230; glouglou&#8230; ours&nbsp;!</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Le passage des lumières</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/le-passage-des-lumieres/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 10:30:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[absurde]]></category>
		<category><![CDATA[science-fiction]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://alicedecastillon.com/?p=431</guid>

					<description><![CDATA[Un dernier coup de reins, et son quota atteint, il pourrait enfin se reposer. Cinq minutes que Ssaxy s&#8217;échinait sans grande passion, l&#8217;œil vissé sur cette horrible suspension hétéroclite. Les fils métalliques vacillaient sous le souffle des participants. Ils vibraient sous leurs cris rauques, se trémoussaient sous la brise des va-et-vient lascifs, brillaient quand l&#8217;un [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Un dernier coup de reins, et son quota atteint, il pourrait enfin se reposer. Cinq minutes que Ssaxy s&rsquo;échinait sans grande passion, l&rsquo;œil vissé sur cette horrible suspension hétéroclite. Les fils métalliques vacillaient sous le souffle des participants. Ils vibraient sous leurs cris rauques, se trémoussaient sous la brise des va-et-vient lascifs, brillaient quand l&rsquo;un d&rsquo;entre eux parvenait à la jouissance.</p>



<p>Allez, il devait se motiver, l’issue approchait. Ssaxy reprit le contrôle de son corps, se concentra sur l&rsquo;image holographique qu&rsquo;il avait choisie pour cette session&nbsp;: une fille, jeune, filiforme, jambes interminables, buste menu et volumineuse crinière bouclée d&rsquo;un roux cuivré. Il resserra le rythme, s&rsquo;accrocha aux poignées de cuir, poignées d&rsquo;amour, se laissa envahir par ses fantasmes. Cela devenait de plus en plus difficile. Son temps était compté, il en était conscient. Quel serait son prochain job&nbsp;? Il rêvait d’un plan peinard, entre trombones et séminaires dans les lunes. Comme s&rsquo;il avait le pouvoir de décision&nbsp;! Veine chimère.</p>



<p>Il secoua la tête. Ne pas se disperser, sa verge se ramollirait et tout serait à recommencer. Pourtant, le vagin en élastomère silicone à réticulation était, paraissait-il, aussi doux, aussi chaud et humide que la version originale. Peut-être aurait-il dû sélectionner un autre hologramme&nbsp;? Mais son préféré — une brunette à lunette — ne semblait plus fonctionner. Il avait espéré qu&rsquo;un peu de changement l&rsquo;aurait lutiné. Malgré les pilules bleues qu&rsquo;on le forçait à avaler, il avait la forme en berne. Autour de lui, ses collègues avaient presque tous terminé. L&rsquo;on entendait que quelques bruyants soupirs, un cri ici ou là. La suspension, témoin de leur production, ne vibrait presque plus. Il devait se bouger les fesses s’il ne voulait pas finir bon dernier.</p>



<p>Il ferma les yeux, fit place nette dans sa tête. Toile blanche. Des éclairs bleutés zébrèrent sa vision. Un frisson électrique transperça son épine dorsale. Un halo d&rsquo;or d&rsquo;une brève intensité éclaboussa sa trame. Ses cuisses le brûlaient. Un astre rougeoyant emplit son torse, se dispersa autour de lui. La température grimpa d&rsquo;un degré. Ssaxy crispa les paupières. <em>Ça venait</em>. Plus rien ne pouvait le retenir. Il stoppa net, jouit de cet instant de plénitude, les muscles tendus en arc. Des vibrations sourdes remontèrent le long de ses jambes, de ses bras. Son cou pulsa, son bas ventre devint bois. Une dernière saillie, il buta contre le fond du réceptacle avec toute la puissance contenue en lui. Son corps, supernova, explosa en mille et une étincelles. Il ne put voir la suspension s&rsquo;éclairer comme Vega tant il était encore pris dans la tourmente. Mais il sut qu&rsquo;il avait accompli sa mission à la perfection.</p>



<p>Ssaxy reprit son souffle, ouvrit les yeux et contempla avec stupéfaction le compteur électrique&nbsp;: trois mega watt&nbsp;! Il venait de pulvériser le record absolu.</p>



<p>Ragaillardi, Ssaxy retourna à son <em>pod</em> un sourire extatique rivé sur ses lèvres. Il se glissa avec délice dans un bain chaud parfumé et rechargea ses batteries pour la session du lendemain. Comme toujours, il eut une pensée émue pour ses collègues qui s’échinaient à la Centrale à Énergie Sexuelle. Sans eux, la vie sur Dörving et ses deux lunes n’aurait vraiment rien d’enviable.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L’itinéraire de l’espace-temps</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/litineraire-de-lespace-temps/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 10:29:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[introspectif]]></category>
		<category><![CDATA[réaliste]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://alicedecastillon.com/?p=429</guid>

					<description><![CDATA[Je t&#8217;attends. Tu pars, mais je serai là, sur ce banc, à ne penser qu&#8217;à toi, mon cher mari. La ferme végète. Par manque d&#8217;hommes, de chevaux, tous au front à maîtriser l&#8217;ennemi. Mais le potager et le verger ne nous ont pas délaissés. Je peux nourrir le petit Paul et donner mon lait à [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Je t&rsquo;attends. Tu pars, mais je serai là, sur ce banc, à ne penser qu&rsquo;à toi, mon cher mari.</p>



<p>La ferme végète. Par manque d&rsquo;hommes, de chevaux, tous au front à maîtriser l&rsquo;ennemi.</p>



<p>Mais le potager et le verger ne nous ont pas délaissés.</p>



<p>Je peux nourrir le petit Paul et donner mon lait à notre Yvette qui ne connaît pas encore tes bras valeureux.</p>



<p>Le télégramme ment.</p>



<p>Porté disparu. Comment peut-on disparaître&nbsp;?</p>



<p>Je ne le crois pas. Il ment. Je t&rsquo;attends sur mon banc en te tricotant de solides chaussettes.</p>



<p>Yvette marche. Elle me suit à la vigne. Cet hiver, je taille seule les sarments.</p>



<p>Le régent dit que Paul est sage. Il m&rsquo;aide comme il peut le petit.</p>



<p>Les hommes sont revenus. L’orge et l&rsquo;épeautre ploient sous le mistral.</p>



<p>Je t&rsquo;attends, tu as dû être retenu.</p>



<p>En ton nom, je lance le signal des moissons. La récolte sera bonne.</p>



<p>On me conseille d&rsquo;acheter les terres du Père Milou. Dois-je accepter&nbsp;?</p>



<p>Mon courrier m&rsquo;a été retourné. Barré, tracé. La guerre est terminée à ce qu&rsquo;il paraît.</p>



<p>Le monsieur du remembrement me harcèle. Échanger un arpent contre un autre.</p>



<p>Il a bien fallu que je consente. Nos huit hectares sont désormais d&rsquo;un seul tenant.</p>



<p>Paul arrête l&rsquo;école. Il doit m&rsquo;aider à la ferme. Le chasselas ne paie plus aussi bien qu&rsquo;avant.</p>



<p>J&rsquo;ai à mes pieds le dernier panier de raisin. Il est pour toi, quand tu reviendras.</p>



<p>Car je t&rsquo;attends, sur mon banc. Je tricote des gilets pour nos saisonniers.</p>



<p>Les fonctionnaires de Paris nous ont donné des sous pour mettre des pommes. Adieu vigne et champs de blé&nbsp;!</p>



<p>Tu ne seras pas content quand tu verras ça.</p>



<p>Je n&rsquo;avais pas le choix, tu sais.</p>



<p>Yvette a trouvé une bonne place chez le notaire de Gordes. Elle y sera bien, je crois.</p>



<p>Les arbres sont robustes et croulent sous les fruits. La coopérative nous les achète un bon prix.</p>



<p>Paul a engagé deux salariés. Il désire retourner à l&rsquo;école, le soir après le labeur.</p>



<p>J&rsquo;ai peur. Pour la première fois, j&rsquo;ai peur. Et s&rsquo;il abandonnait la terre, lui aussi&nbsp;?</p>



<p>Il prétend que je pourrai me débrouiller toute seule. Avec nos aides. Qu&rsquo;il ne sera jamais très loin.</p>



<p>Je me réfugie souvent sur le banc et je t&rsquo;attends toujours.</p>



<p>Tu n&rsquo;es pas mort, tu n&rsquo;es que <em>disparu</em>. Tu reviendras, je le sais.</p>



<p>J&rsquo;ai troqué les gilets contre des brassières. Paul vient d&rsquo;avoir un bébé.</p>



<p>Sa femme est très jolie. Une fille de la ville, une fille bien.</p>



<p>La coopérative ne veut plus de nos <em>Golden</em>. On va devoir raser les charpentières et greffer des <em>Vauriasse</em>.</p>



<p>Ma hanche gauche m&rsquo;a lâchée. Le chirurgien m&rsquo;en a greffé une en plastique.</p>



<p>Le potager est à l&rsquo;abandon. Je ne peux plus me baisser comme avant.</p>



<p>Après les <em>Vauriasse</em>, nous avons dû mettre des <em>Pomme d’Adam</em>. Puis des <em>Reinette du Luberon</em>.</p>



<p>Et à nouveau des <em>Golden</em>.</p>



<p>Les prix dégringolent chaque année. Mais Paul pense qu&rsquo;il y a une solution.</p>



<p>C&rsquo;est qu&rsquo;il est devenu quelqu&rsquo;un le petit. Il est au conseil communal. Tu peux en être fier.</p>



<p>Il veut que je vende&nbsp;! Paul insiste pour que je m&rsquo;en dessaisisse <em>maintenant</em>.</p>



<p>Les terres, la maison. Mon banc&nbsp;!</p>



<p>C&rsquo;est impossible, lui ai-je dit. C&rsquo;est ici que tu m&rsquo;as demandé de t&rsquo;attendre. Alors je t&rsquo;attends.</p>



<p>Les pommes, ça ne paie plus.</p>



<p>La dernière récolte est dans une caisse, à mes pieds. À côté du raisin que je t&rsquo;ai gardé.</p>



<p>Yvette et son mari — un avocat — m&rsquo;encouragent eux aussi à liquider mes biens.</p>



<p>Je refuse.</p>



<p>Ils s&rsquo;obstinent tous. Se montrent de plus en plus pressant.</p>



<p>Il paraît que j&rsquo;ai trop tardé. Paul prétend que l&rsquo;État va m&rsquo;exproprier. Enfin, pas tout à fait.</p>



<p>Juste la ferme. La maison et le banc m&rsquo;appartiennent toujours.</p>



<p>Je regarde pousser autour de moi d’immenses entrepôts, puis des routes.</p>



<p>Une autoroute se déroule à l&rsquo;arrière.</p>



<p>Ikea m&rsquo;offre des centaines de milliers de Francs pour me racheter le peu qu&rsquo;il me reste.</p>



<p>Par charité, qu&rsquo;ils disent. Ils ne pourront rien faire de ce minuscule triangle d’herbes folles perdu dans l’entrelacs d’asphalte.</p>



<p>Je refuse. Je refuserai jusqu&rsquo;à ma mort. S&rsquo;ils veulent saisir mon logement, qu&rsquo;ils le prennent&nbsp;!</p>



<p>Mais le banc, jamais&nbsp;!</p>



<p>Ces émotions me fragilisent le cœur.</p>



<p>Je ne vois plus ni Paul, ni Yvette, ni mes petits-enfants. Ils sont fâchés.</p>



<p>Je m&rsquo;assieds sur le banc. Je ne tricote plus. L&rsquo;arthrite, tu sais.</p>



<p>La cagette de raisin et celle de pommes sont là, à mes pieds.</p>



<p>Ce soir, je t&rsquo;attends. Je n&rsquo;ai plus la force de lutter. Viens, s&rsquo;il te plaît, viens ce soir.</p>



<p>Ne m&rsquo;abandonne pas cette fois-ci&nbsp;!</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>La putain des disparus</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/la-putain-des-disparus/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 10:28:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[cynique]]></category>
		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://alicedecastillon.com/?p=427</guid>

					<description><![CDATA[Le traîneau glisse sans un souffle sur un voile cotonneux. À l&#8217;avant, si un équipage de quatre flamants opalins semble le tirer avec panache, aucune rêne ne les relie pourtant au carrosse. À l&#8217;arrière, une escorte de pélicans immaculés distribue des poussières d&#8217;étoiles. Un paon grandiose entraîne le cortège dans un silence pur, au rythme [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Le traîneau glisse sans un souffle sur un voile cotonneux. À l&rsquo;avant, si un équipage de quatre flamants opalins semble le tirer avec panache, aucune rêne ne les relie pourtant au carrosse. À l&rsquo;arrière, une escorte de pélicans immaculés distribue des poussières d&rsquo;étoiles. Un paon grandiose entraîne le cortège dans un silence pur, au rythme de ses délicates révérences. Il soulève sa traîne effilée et la déploie au-dessus de sa tête, révélant un camaïeu de blancs.</p>



<p>À leur arrivée dans la ville muette, des hordes d&rsquo;hommes et de femmes, jeunes ou vieux, s&rsquo;agglutinent sur leur passage. Poings levés, ils scandent sans un son des slogans fédérateurs. Leurs bouches tordues, prêtes à mordre pour obtenir leur dû, contrastent avec leurs yeux transis de vénération pour la pucelle alanguie sur les peaux de renard argenté qui recouvrent la luge. Son teint laiteux, piqueté de tâches de rousseurs pâles, intensifie le flamboyant de sa masse de cheveux qui ondule sur son sillage, gonflé par un puissant vent fantôme. Sa toison pubienne qui rougeoie dans l&rsquo;atmosphère blême et ses tétons rose vif lancent des invites visibles au loin&nbsp;: suivez-moi, je me donnerai à vous et ensemble, nous gagnerons&nbsp;!</p>



<p>De sa position élevée, elle surveille le mouvement de la foule qui sort par grappe de petites maisons carrées aux toits plats, enduites de chaux. Tous ses admirateurs, dissimulés sous de longues chemises de lin ou de chanvre naturel, gesticulent, s&rsquo;ébrouent sans discipline, prêts à tout pour ne pas manquer le convoi. Certains même perdent la vie, piétinés par leurs congénères par trop avides. Son air grave attise la populace. Son sexe ouvert aspire leurs possibles réflexions, questionnements, observations, et les noie dans son jus. Venez à moi, crie-t-elle par son attitude aguichante.</p>



<p>Ils se jettent alors sur elle, se font dévorer tout cru et disparaissent sans bruit dans un nuage de cendre blafarde qu&rsquo;elle abandonne dans sa foulée, sans un regard. La poudre se disperse, Vésuve bouillonnant, sur la veuve et l’orphelin, recouvre leurs mantilles noires.</p>



<p>Le traîneau glisse sans un souffle sur un voile cotonneux. Le paon blanc, majestueux, guide son attelage de ville en ville et absorbe sans un chuchotis, toujours et encore de nouveaux adeptes qui s’esquivent des petites maisons carrées chaulées de frais.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Les vidéos de l’enfer</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/les-videos-de-lenfer/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 10:28:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[drame]]></category>
		<category><![CDATA[violence]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://alicedecastillon.com/?p=425</guid>

					<description><![CDATA[— Tu me sembles épuisé. Ta journée ne t&#8217;a pas apporté toute la satisfaction espérée&#160;? — Tais-toi, j&#8217;ai pas envie d&#8217;en parler. — Je crois que si, bien au contraire. C&#8217;est non seulement la fatigue que je peux lire sur ton visage, mais aussi de la tristesse. Peut-être. Ou de la crainte, je n&#8217;arrive pas [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>— Tu me sembles épuisé. Ta journée ne t&rsquo;a pas apporté toute la satisfaction espérée&nbsp;?</p>



<p>— Tais-toi, j&rsquo;ai pas envie d&rsquo;en parler.</p>



<p>— Je crois que si, bien au contraire. C&rsquo;est non seulement la fatigue que je peux lire sur ton visage, mais aussi de la tristesse. Peut-être. Ou de la crainte, je n&rsquo;arrive pas toujours à décrypter tes expressions.</p>



<p>— De quoi j&rsquo;aurais peur, hein, crétin&nbsp;? Tout s&rsquo;est passé comme sur des roulettes. Merci. Et maintenant, dégage&nbsp;!</p>



<p>— Je sens bien que tu n&rsquo;es pas tranquille. C&rsquo;est la troisième bière que tu avales et vu le stock à tes pieds, ce n&rsquo;est pas la dernière.</p>



<p>— Peuh, tu vas pas me faire chier pour une bière, hein, connard&nbsp;?</p>



<p>— Ce qui me fait souci, c&rsquo;est la vodka juste à côté. Et ces pilules blanches, là.</p>



<p>— Simple précaution. Pour le cas où tu m&#8217;emmerderais, en fait. Donc, lâche-moi la grappe.</p>



<p>— Non, non, dans ces cas-là, il faut parler, extérioriser ses sentiments. Je ne t&rsquo;abandonnerai pas. Je suis ton meilleur ami, ne l&rsquo;oublie pas. Raconte-moi ce tournage. L&rsquo;actrice était belle&nbsp;?</p>



<p>— Bof, comme d&rsquo;hab. Tout en fard et artifices. À la fin, elles me dégoûtent. Toutes.</p>



<p>— Peut-être que l&rsquo;intrigue ne correspond pas à tes véritables désirs&nbsp;?</p>



<p>— Arrête de me baratiner&nbsp;! Tu me ressers toujours cette même rengaine. Le scénario est très bien. Je ne veux pas le modifier. C&rsquo;est un truc rodé. Je peux filmer sans l&rsquo;aide de personne et mes vidéos ont un certain succès.</p>



<p>— Oui, mais si c&rsquo;est pour être malheureux à chaque fois&nbsp;!</p>



<p>— Mais je suis HEU-REUX&nbsp;! Arrête, arrête, arrête&nbsp;!</p>



<p>— Très bien, je me tais. Désolé&nbsp;!</p>



<p>— &#8230;</p>



<p>— Mais si je puis me permettre, une simple petite variation pourrait changer ta vie. Et la mienne par la même occasion.</p>



<p>— Tu peux vraiment pas la boucler plus de deux secondes, hein&nbsp;?</p>



<p>— En fait, c&rsquo;est la fin qui pose problème. Tu l&rsquo;as dit toi-même. Tu pourrais donner une autre issue à ton histoire, ne penses-tu pas&nbsp;?</p>



<p>— Non. Et non. C&rsquo;est la chute qui pimente le tout&nbsp;! Tu comprends vraiment rien à rien, toi&nbsp;! Filmer un mec — moi — baiser une nana, n&rsquo;a rien d&rsquo;excitant. Le public attend autre chose&nbsp;!</p>



<p>— Mhmm, note que l&rsquo;approche de la fille sort déjà assez de l’ordinaire. Tu la plaques contre un mur, l&#8217;empêches de crier, lui soulèves les jupes et la prends avec violence. J&rsquo;aurais mon mot à dire là-dessus aussi, mais chaque chose en son temps. Parlons de cette chute, si tu veux bien.</p>



<p>— Mais non, je veux pas&nbsp;! Je veux pas, je veux pas&nbsp;! C&rsquo;est toi qui insistes sans arrêt. T&rsquo;es un stupide disque rayé, mec&nbsp;!</p>



<p>— Ne nous égarons pas. Tu prétends que le public attend autre chose qu&rsquo;une banale scène de sexe, c&rsquo;est bien ça&nbsp;?</p>



<p>— Ben ouais, quoi. Tu crois que les types qui m&rsquo;achètent mes vidéos s&rsquo;intéresseraient à des trucs soft. Non, mais tu rêves&nbsp;! Ils veulent du hard, du X dans toute sa splendeur.</p>



<p>— Mon ami, as-tu déjà pensé à te reconvertir&nbsp;? Travailler avec de vraies actrices, pas des filles que tu rafles dans la rue. Leur faire tourner de belles histoires, des&#8230;</p>



<p>— Ha ha ha&nbsp;! T&rsquo;es con, mec&nbsp;! Des films à l&rsquo;eau de rose, pendant que t&rsquo;y es, hein&nbsp;? Un truc bien sucré, bien chamallow. Non mais t&rsquo;as vu ma tête&nbsp;? Il me manque la moitié des dents, j&rsquo;ai déjà presque plus de cheveux. À vingt-quatre ans&nbsp;! J&rsquo;suis moche. J&rsquo;ai tout raté. J&rsquo;ai pas d&rsquo;autres choix pour survivre&nbsp;! Tu crois que je croupis dans ce taudis pour le plaisir&nbsp;? J&rsquo;ai. Pas. Le. Choix.</p>



<p>— Je pense surtout que tu arrives à un tournant de ta vie. La police est à tes trousses. Prends l&rsquo;argent que tu planques sous ton matelas et envole-toi pour l&rsquo;Espagne&nbsp;! Ou la côte dalmate. Il paraît que là-bas les filles sont jolies et ne demandent qu&rsquo;à jouer.</p>



<p>— Et&nbsp;? ça changera quoi&nbsp;? où que j&rsquo;aille, j&rsquo;aurais les flics sur le dos&nbsp;!</p>



<p>— Tu repars de zéro. Tu inventes un autre scénario. Tu vises un public différent, plus féminin peut-être. Inspire-toi de <em>Fifty Shades of Grey</em> par exemple. Implique tes actrices dans l&rsquo;écriture. Tu restes derrière la caméra, tu deviens réalisateur. Et vous vous rémunérez, toi et les comédiens, avec les publicités YouTube.</p>



<p>— Payer les actrices&nbsp;? T&rsquo;es pas bien toi&nbsp;? Pourquoi je les paierais si de toute façon je les zigouille à la fin de la séquence&nbsp;?</p>



<p>— (*soupir*) Mais c&rsquo;est le but&nbsp;! Tu leur laisses la vie désormais&nbsp;!</p>



<p>— Putain&nbsp;! Mais qui m&rsquo;a donné une conscience pareille&nbsp;!</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L’île des cerveaux</title>
		<link>https://alicedecastillon.com/lile-des-cerveaux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice de Castillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 10:27:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courtes nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[animalier]]></category>
		<category><![CDATA[réaliste]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://alicedecastillon.com/?p=423</guid>

					<description><![CDATA[Clic&#160;! Son œil de poétesse épingle les petits riens, les accrocs, les cicatrices, dans cette ville ruisselante de soleil. Personne dans les rues à part elle, la fille du Nord. Les Provençaux siestent derrière leurs persiennes, tandis qu&#8217;elle mitraille les façades, les embrasures, les gargouilles. Clic&#160;! Ses clichés capturent les trucs pas droits, pas nets, [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Clic&nbsp;!</p>



<p>Son œil de poétesse épingle les petits riens, les accrocs, les cicatrices, dans cette ville ruisselante de soleil. Personne dans les rues à part elle, la fille du Nord. Les Provençaux siestent derrière leurs persiennes, tandis qu&rsquo;elle mitraille les façades, les embrasures, les gargouilles.</p>



<p>Clic&nbsp;!</p>



<p>Ses clichés capturent les trucs pas droits, pas nets, qui racontent des vies. Le torchon lâché dans de larges mouvements accompagnant un verbe un peu haut, ce torchon qui pendouille désormais trois étages plus bas sur une grille hérissée de piquants. Un volet rouge vif, si vaniteux au milieu de cette alignée de volets gris. Un rideau de dentelle à semi-mangé par un lierre exubérant.</p>



<p>Clic&nbsp;!</p>



<p>Un voilage violet gonflé par la légère brise s&rsquo;écarte. Une toute jeune fille se profile, apparition mystère dans cet espace-temps vidé de toute activité humaine. Pensive, elle arrose une plante d&rsquo;un vert intense si insolite sous ce ciel qui délave les couleurs. Des feuilles si épaisses qu&rsquo;on les devine gorgées d&rsquo;eau en prévision d&rsquo;un été encore plus aride que celui-ci. À côté du pot, un monstre de terre cuite.</p>



<p>Il est moche. Et il le sait. Une espèce de nain mal foutu, les oreilles pointues, la bouche toujours ouverte, langue pendante. Rien d’attractif, rien d’excitant. Mais il discerne des choses que même la photographe à la vue poétique perçante ne peut observer.</p>



<p>Il remarque l&rsquo;eau qui dégouline de la soucoupe et forme, à ses pieds, de minuscules rivières sur le rebord de la fenêtre. La pierre, surface inégale, apparaît et disparaît sous le fleuve qui grossit sous la cascade de l&rsquo;arrosoir. La chaleur zénithale sèche presque aussitôt certains lacs tandis que d&rsquo;autres persistent. Le nabot, le regard fixe, se régale de cette activité quotidienne qui apporte la vie sur la margelle. Le flot charrie des détritus, un reste d&rsquo;humus, des trésors. Une abeille se pose sur une de ces îles éphémères.</p>



<p>La matinée a été rude. La nourriture se fait rare en ces mois caniculaires. Les fleurs perdent leur éclat, se fanent. À peine écloses, qu&rsquo;elles se meurent. L&rsquo;abeille n&rsquo;a guère eu le temps de leur rendre visite qu&rsquo;elles s&rsquo;éclipsent. Elle vient de parcourir en tout sens plusieurs kilomètres pour un résultat fort médiocre. Ses pattes sont à peine chargées de pollen, son jabot est vide de nectar. Pourtant, elle se sent lourde. Si lourde. Elle s&rsquo;octroie une brève pause, juste un instant. Elle en profite pour pomper un peu d&rsquo;eau. Elle se trouve déjà si vieille. Peut-être même qu&rsquo;elle somnole, un court moment. Ses ailes frémissent sous la brise. Une fourmi s&rsquo;approche, tâte le terrain.</p>



<p>L&rsquo;affaire semble entendue. Le formicidé rebrousse chemin. Il suit le fil de coton bleu que le vent a promené dans ses bagages et qui forme un pont parfait entre l&rsquo;île où l&rsquo;abeille a échoué et la fissure sous la fenêtre où sa colonie s&rsquo;est établie. La fourmi, chef du renseignement, passe la main à sa collègue, la chef des opérations et une troupe se met en branle.</p>



<p>Sur place, les cerveaux de l’équipe organisent bien vite le démantèlement de l’<em>Apis mellifera</em>. La sécurité assure les lieux, repoussant les éventuels assauts d&rsquo;autres prédateurs. Les gros bras taillent à la hache le cadavre libérant le butin aussitôt transporté par les manutentionnaires. Les logisticiens trient, notent, classent, catégorisent les entrailles, les boules de pollens, les antennes.</p>



<p>Il ne faut guère plus de quelques secondes pour que la carcasse de l&rsquo;abeille disparaisse en mille morceaux dans le nid des fourmis, bien à l&rsquo;abri dans le creux du mur.</p>



<p>La margelle s&rsquo;assèche et le regard du petit monstre se perd à nouveau dans l&rsquo;abîme de l&rsquo;inoccupation. La jeune fille range son arrosoir et ajuste le voilage violet qui se regonfle sous la brise.</p>



<p>Et la photographe soupire, repart les yeux rêveurs vers d&rsquo;autres merveilles.</p>



<p>Clic&nbsp;!</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
	</channel>
</rss>
